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L’esthétique du propre : dénonciation via #SaccageParis

#SaccageParis est un mouvement qui prend naissance le 21 mars 2021 suite au tweet du propriétaire “Paname Propre” – dont l’identité reste anonyme – sur l’entretien de la capitale. Quelques jours après, cet hashtag prend une véritable ampleur et mobilise une communauté dénonçant les dysfonctionnements et la mauvaise gestion de la ville de Paris.

La dénonciation passe principalement par des clichés pris par les internautes dans tous les recoins de Paris, qui sont ensuite posté sur les réseaux sociaux. Voici un exemple du compte Instagram Saccage Paris (Figure 1) :

Figure 1 : Instagram de Saccage Paris, 2022

Dans une Interview tenue par le journal 20 minutes, le créateur de l’hashtag saccage Paris reviens sur ce mouvement de dénonciation et explique ce qui l’a poussé à créer ce dernier. Il dit : “Pendant le confinement, en février 2021, je me suis beaucoup promenée dans Paris. J’ai commencé à éprouver un sentiment de malaise en marchant dans les rues de la ville. Elles étaient sales, les monuments historiques détériorés, la capitale n’est plus entretenue. Je me suis demandé comment faire changer les choses et, finalement, je me suis tourné vers Twitter. J’ai décidé de publier des photos et vidéos de ce que je voyais pour faire pression sur la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui est responsable de la gestion de la ville.”

Tenue pour responsable des problèmes récurrents et anomalies de la ville, nous pouvons nous interroger sur la manière dont les politiques de propreté sont dirigés par les acteurs des politiques municipales. Les revendications sur l’incapacité des politiques municipales à entretenir une certaine esthétique de la ville nous poussent à nous demander ce qu’est-ce qu’une ville propre ? La beauté de Paris, se révèlent-elles uniquement et avant tout par sa propreté ? La propreté, passerait-elle par l’absence de graffiti par exemple ?

C’est dans cet objectif que l’article scientifique de Jérôme Denis et David Pontille (2018) « L’effacement des graffitis à Paris : Un agencement de maintenance urbaine In : Les objets composés : Agencements, dispositifs, assemblages » nous invitent à porter une réflexion sur la notion de l’agencement du service travaillant dans l’effacement de graffitis de la ville et comprendre comment cette maintenance articule les dimensions matérielles et langagières de la ville.

L’article traitant des effacements des graffitis à Paris, nous voyons qu’un certain nombre de méthodes sont mobilisées afin de maintenir la propreté urbaine. La maintenance urbaine se traduit par la lutte contre les inscriptions indésirables, les nuisances visuelles et la souillure portant atteinte à l’environnement d’une part, et à la qualité de vie des communautés locales ainsi que des citadins. Les moyens mise en place afin de maintenir l’ordre sont les interventions quotidiennes sans cesse répétées, il s’agirait donc d’une activité systématique ayant pour but d’engager des équipes dédiées aux services de la propreté, mais également avec la participation de prestataire extérieur par le signalement de citadin, agent municipal, employés spécialisés ou équipe d’intervention.

Le lien entre maintenance et propreté urbaine est étroitement lié, cette maintenance est impossible à réaliser sans outils de propreté tels que les chiffons, les balais, solvants, eaux, etc. Ces gestes répétitifs sont accompagnés par les appareils numériques tels que la photographie des murs permettant d’inspecter l’activité des prestaires, mais également par le choix du traitement des matériaux afin d’adopter une technique d’effacement adéquate.

Néanmoins, nous ne pouvons ignorer toute la complexité de la maintenance urbaine. L’organisation de la maintenance à l’échelle d’une ville implique à la fois la lutte contre la criminalité ainsi que celle de la politique culturelle. Tout l’enjeu repose sur l’identification des auteurs, sans celle-ci la distinction entre œuvre autorisés et graffiti a effacé encourage un désordre considéré comme inévitable et constitutif. De plus, les opérateurs sont confrontés à un véritable défi : celle de la remise à neuf des murs impliquant un choix des techniques et des produits que des ajustements corporels garantissant la réussite des interventions. Nous voyons donc que malgré ces gestes invisibles, répétitifs et continues, la mise en œuvre de ces opérations ne garantissent pas une réussite.

C’est ainsi que la ville de Paris agence une forme spécifique de maintenance, mais il existe un désordre considéré comme inévitable et constitutif de la réalité urbaine qui finalement reflète les caractéristiques d’une ville.


Denis J., Pontille D. (2018), « L’effacement des graffitis à Paris. Un agencement de maintenance urbaine », dans Dodier N. et A. Stavrianakis (dir.), Agencements, dispositifs, assemblages, Paris, Éditions de l’EHESS (Raisons Pratiques), pp. 41-74.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
daphneypaul (18 octobre 2022). L’esthétique du propre : dénonciation via #SaccageParis. Comment voit-on la ville ? Consulté le 14 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/v7qp


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