Une crise naturelle touche le Niger : en été 2020, ce pays était en effet frappé par une série d’inondations ayant occasionné d’énormes dégâts matériels et souvent avec de pertes en vies humaines. Ainsi, plusieurs villes nigériennes tentent aujourd’hui de se reconstruire afin d’éclipser les traces laissées par les inondations (conséquences socio-économiques, technologiques et humaines). La ville de Niamey est la ville la plus touchée : plusieurs bâtiments effondrés, des pertes considérables du matériel informatique, des personnes déplacées qui se comptent par centaine, des routes entièrement détruites par l’eau. Les dégâts sont énormes. Horabanda, quartier qui enregistre le plus de sinistrés, est le quartier sur la rive droite qui longe le fleuve Niger de l’entrée à la sortie de la ville de Niamey.
Ces inondations dont la ville de Niamey fait face, de manière récurrente, depuis 2010, résultent en effet de l’accélération de l’urbanisation incontrôlée. Cela décrédibilise souvent son image de la ville la « plus moderne » du Niger. Pour remédier à ce fléau, le gouvernement nigérien a mis en place, depuis 2011, le projet « Niamey Nyala », un programme d’aménagement de la capitale dont l’objectif est de changer l’image de la ville, permettre à la ville de Niamey de hisser parmi les villes modernes africaines, créer des conditions à l’émergence des smart-cities. Cependant, malgré ce projet prometteur, selon une étude, menée à l’université de Niamey plusieurs points stratégiques de la ville (infrastructures scolaires, maternité, sociétés nationales d’électricité etc.) de la ville seraient entièrement inondés en cas des inondations fortes. Et, les inondations récentes ont confirmé cela. De telles pertes mettent en doute la continuité ou l’avancement ou même l’efficacité du projet Nyala, projet qui vise à faire de Niamey une ville ultramoderne en matière d’infrastructures, mais aussi et surtout en matière sociale et technologique (smart city).
Mon sujet porte particulièrement sur l’impact de ces inondations sur le développement du numérique dans ville de Niamey. Par numérique j’entends l’usage des outils technologiques (télécommunications, applications, parking connecté, signalétiques, internet etc.) et informatiques pour le bon fonctionnement de la ville. Je vais essayer de démontrer en quoi ces inondations freinent le développement ou le déploiement du numérique dans la ville de Niamey ou l’accès au numérique. L’objectif sera aussi de montrer comment une crise naturelle telle que l’inondation freine l’avancement du projet visant à faire de Niamey une ville connecté. Autrement, Peut-on faire le lien entre l’échec de l’avancée technologique de la ville de Niamey et les séries d’inondations qui frappent tous les ans ? Mon sujet ne consiste bien évidemment pas à apporter des solutions permettant de lutter contre ces inondations mais plutôt de montrer les impacts technologiques et urbains de ce phénomène. Bref, les inondations sont-elles un des facteurs (sinon le principal facteur) qui feignent l’acheminement de Niamey vers la ville intelligente ?
Présentation de la ville
La ville de Niamey se situe dans la partie Sud-ouest du Niger. C’est la capitale administrative du Niger et compte plus de 1 million 300 mille d’habitants (2011). Elle est subdivisée en cinq communes coupées en deux par le fleuve Niger, ce qui a façonné l’étalement urbain. La rive gauche abrite les quatre communes. Quant à la commune 5, elle se trouve sur la rive gauche. Niamey a connu des croissances démographique et spatiale rapides au cours de ces dernières années.

Méthodologie et Observations
Dans le cadre de cette enquête : l’impact des inondations sur le déploiement du numérique dans la ville de Niamey, j’ai d’abord mené une recherche documentaire afin d’analyser les documents traitants du même sujet. Sur la base de ces recherches, j’ai identifié des travaux antérieurs réalisés en relation avec le thème de mon sujet dans sa globalité : les inondations à Niamey. Cependant, étant étudiant en communication, je me suis juste focalisé sur leur aspect littéraire, qui m’intéresse le plus, afin de m’éclaircir sur mon sujet. Mon vécu au Niger m’a permis de comprendre certaines thématiques (connaissance de la ville) même en étant à distance mais j’ai tout de même essayé de m’adapter au contexte actuel tout en gardant mon rôle d’étudiant chercheur. Certes au début mon côté subjectif a failli prendre de l’avant, à travers le jugement de valeurs sur certaines situations mais j’ai dû me ressaisir.
Toujours dans le cadre de mes recherches et de la construction de mon corpus, j’ai contacté un étudiant nigérien, à l’université de Versailles, qui à réaliser un mémoire en 2019 sur « la prévention des inondations et le renforcement de la résilience climatique des habitants vulnérables à Niamey ». À travers nos échanges, il m’a expliqué explicitement les causes de ces inondations ; les différents types d’inondations ; ce que la population perd en période d’inondation. Nos échanges étaient certes très intéressants mais je n’ai pas eu d’informations concrètes de sa part quant à leur impact sur le numérique. Pour lui, il faut voir les inondations comme un facteur qui détruit la ville : destruction de la ville. Aussi, les habitations qui se trouvent dans ces zones inondables ne sont pas du tout propices à la connectivité.
Par crainte de tout perdre, nombreux sont ceux qui se contentent d’une construction en banco (majoritairement sans électricité).

Le fleuve est à l’origine des récentes inondations qui ont frappé Niamey suite à la rupture de la digue Lamordé qui longe l’université Abdoumoumouni et le centre hospitalier universitaire Lamordé (CHU Lamordé), les deux sites les plus touchés et qui enregistrent plus de dégâts. L’institut universitaire EMIG (école des mines, de l’industrie et de la géologie) était entièrement englouti par l’eau. Ce qui a endommagé tout l’équipement informatique se trouvant dans ses locaux. L’école, se trouvant à la faculté de médecine, était également touchée et a subi de graves dégâts. Cela a attiré mon attention et m’a donné envie de connaitre davantage sur les conséquences de ces inondations dans ces endroits stratégiques de la ville. N’étant pas présent sur place, je ne pouvais pas faire l’observation par moi-même, c’est pourquoi j’ai engagé un ami qui se trouve actuellement à Niamey afin de faire quelques observations à ma place dans les zones inondées et poser quelques questions aux étudiants comme certaines facultés de l’université étaient aussi inondées. Il était parti à l’université pour rencontrer des étudiants pour leurs poser des questions. Nombreux sont ceux qui lui ont dit « comment peut-on parler de la ville moderne quand il y a toujours des inondations ? C’est paradoxal », pour certains « les villes modernes sont propres, Niamey est loin d’être propre », « notre université a été inondé, on a passé des jours sans faire cours ». Le plus grand désarroi se lit sur les visages des étudiants en médecine « on est sensés protégés et soignés les gens mais comme vous l’avez certainement vu même nos bâtiments sont inondés, notre ultime lieu d’apprentissage ».
N’ayant pas trouvé assez d’éléments sur mon thème de recherche à l’issue de cette observation, J’ai mené une autre enquête au sein d’un groupe WhatsApp des étudiants nigériens :
Pensez-vous que les inondations freinent le développement du numérique au Niger ?
Pensez-vous que les inondations empêchent la ville de Niamey de devenir ultra-moderne ?
Sur 17 qui ont répondu à mes questions, 10 pensent que les inondations constituent un frein bien évidemment, les restants m’ont fait savoir que ce n’est pas une problématique liée aux inondations mais plutôt à la gestion de la ville tout entière. Je tiens à rappeler encore que quand je parle du numérique, je fais allusion à son périmètre plus large c’est-à-dire les télécommunications, téléphone, radio, télévision, ordinateur et surtout internet etc. Partant de ce principe, j’atterri sur le deuxième point de mon enquête : toutes ces communications et outils dépendent de l’électricité. Pourtant suite aux récentes inondations, les zones concernées étaient privées de l’électricité pendant des semaines. Les poteaux électriques étaient tombés. Cela bloque l’informatisation et la gestion en temps réel des outils numériques au sein de cette ville. C’est en effet une ville privée des outils numériques pour son fonctionnement.
L’électricité facilite la connectivité et par extension la forte présence des outils numériques, technologiques. Elle favorise aussi leur développement et déploiement dans la ville et bien évidemment leur utilisation. Cependant, face aux inondations, le secteur électrique se trouve affaibli. Cela prive plusieurs zones de la ville de l’électricité donc aucun moyen de se connecter. Ce phénomène d’électricité entraine aussi un autre problème : les difficultés à se connecter à internet. En effet, plusieurs opérateurs téléphoniques (ceux qui proposent les abonnement internet) se trouvent privés de plusieurs de leurs usagers. Nombreux sont ceux qui m’ont répondu à travers nos échanges « il y a un problème de connexion ». Certaines personnes que j’ai interrogées sont partis jusqu’à me dire « la fibre optique est aussi endommagée par les inondations » « plusieurs opérateurs sont réticents quant à l’idée de participer à la construction de cette ville »
En conclusion, les inondations constituent un frein au projet qui consiste à faire de la ville de Niamey une ville urbaine, intelligente et cela bloque le développement d’une technologie utile à cette ville. Les inondations ont non seulement des conséquences technologiques mais aussi économiques, sociales que politiques. Elles peuvent aussi avoir un impact négatif sur le plan éducatif par suite des dysfonctionnements qu’elles peuvent occasionner. Ainsi des familles se retrouvent dans des quartiers éloignés de l’école que fréquentent leurs enfants : cela entraine parfois l’abandon de sa fréquentation. C’est le cas par exemple de Abdoul Salam, 10 ans « à cause des inondations, j’ai arrêté l’école et je mendie désormais dans la rue ». La question que je pose actuellement et à laquelle je ne saurais répondre pour le moment : Est-ce possible de prémunir de ce phénomène à risque pour la population ? Mon compte rendu peut éventuellement servir de support pour une autre analyse plus appondi pour éventuellement trouver des solutions et contrer ce problème.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
moussa (15 décembre 2020). L’impact des inondations sur le développement du numérique au Niger : cas de la ville de Niamey. Comment voit-on la ville ? Consulté le 16 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/v7pa
