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Le Père Lachaise, cimetière aux matériaux fragiles mais à l’identité plus que jamais vivante

Le cimetière du père Lachaise déroute autant qu’il fascine. C’est par trois fois que je visite le cimetière, et chaque rendez-vous dans ce parc labyrinthique ne saurait se ressembler. Les diverses identités des architectures et des matériaux qui coexistent sont magnétiques ; et nous font systématiquement changer d’itinéraire. C’est alors le dessin du lieu qui ne laisse pas indifférent, après tout, l’idée de se promener dans un parc à l’anglaise macabre n’est pas commun. C’est pourtant une véritable visite dans un musée à l’air libre, où les morts ont une vie fascinante.

Le plus grand cimetière de Paris intra-muros a près de 220 ans. Si l’on voit un grand projet d’urbanisme immense de ses 43 hectares étendus, un changement de perspective nous dévoile l’entretien minutieux de cet endroit composite. Si de grandes politiques ont façonné cet endroit classé au titre des monuments historiques depuis 1993, il est important de souligner que ce sont de petites mains quotidiennes au fil du temps qui assurent la maintenance du cimetière.

Un soin Particulier

Au cours d’une de mes visites j’ai pu rencontrer les petites mains de Fabien. Il est un ayant droit d’un espace funéraire auquel il revient le devoir d’entretenir s’il le désire. Son souhait : restaurer le mausolée familial pour qu’il puisse y être enterré à son tour et les siens également. Outils en tout genre et blocs de pierre gigantesques l’entourent ; le chantier est de taille. Les outils sont de toutes les tailles pour convenir à tous les travaux possibles, les peintures sont savamment sélectionnées pour correspondre parfaitement aux matériaux. Pas de place à l’interprétation ou à l’innovation ici.

Quand Fabien s’est engagé, c’est une véritable expédition administrative mais aussi matérielle dans laquelle il s’est embarquée. Après l’étude de son dossier sur plus de deux années, devis de plusieurs centaines de milliers d’euros, choix précis des pierres et peintures, recherche de mécènes…. Fabien a pu enfin entamer les travaux. Courageux car seul, avec le temps qui passe et au fur et à mesure Fabien se rend compte de la fragilité des matériaux qu’il touche. Ajoutons les contraintes qui pèsent, les architectes des bâtiments de France ont donné le feu vert à cet homme mais pas question de changer quoi que ce soit, il s’agit uniquement d’une restauration.

Mausolée de familliale Fabien I Credit : Kevin Gaillard

 

Fabien nous avouera non sans déception que son projet est souvent compromis dû à la charge de travail. Difficile alors de ne pas s’émouvoir d’un homme pour qui la préservation de la mémoire n’est pas seulement question de pierres mortes et de leurs agencement; mais d’une mémoire qu’il veut rendre vivante si bien qu’il souhaite en faire partie. Le passé de ses ancêtres est pour lui un projet d’avenir. Il souhaite aussi faire partie du décor.

Son attention au détail est chirurgicale, il n’hésite pas à prendre les positions les plus incommodantes pour peindre une seule des dizaines de flèches de la grille d’entrée du caveau.« C’est usant, mais on en tire une grande satisfaction » nous dit-il avec un grand sourire lorsqu’on l’interroge sur la pénibilité de sa quête. Cette remarque pourtant anodine prend un sens symbolique dans ce lieu. L’idée de méditation jaillit directement à l’esprit. Cet homme n’entreprend pas seulement un projet de restauration, dans ce processus, il se recueille.

De la même manière qu’on entretient une plante dans un jardin pour qu’elle puisse grandir, Fabien cisèle et peint ses pierres pour leur rendre leur éclat. Un acte de maintenance au caractère quasi invocatoire, à la portée contemplative, voilà le geste rempli de sens que l’on peut observer.

Chaque mouvement, le plus délicat soit-il, dépeint tout le respect et l’écoute donnée au matériau. On pourrait presque, par transfert, considérer que le respect donné à ce mausolée est donné aux morts qui le composent. L’éclat rendu à la pierre est réalité rendue à la mémoire de ses aïeux. Cette restauration porterait quasiment en elle toute la complexité et la symbolique du cimetière, un lieu de recueillement solennel où les vivants peuvent, eux aussi, s’adonner au repos et à la contemplation.

 

Un matériau vivant 

Si la fragilité du matériau qu’est la pierre qui se fissure ou la couleur d’une peinture qui s’éteint sont déjà des problématiques de taille, la végétation qui pousse tout sur son passage en est une autre. Des tombes en suspension sur des souches d’arbres aux racines destructrices, des écritures cachées par les lierres enveloppants, une véritable lutte du territoire semble se jouer au cimetière.

 

Souche d’arbre poussant sur une tombe I Crédit : Kevin Gaillard

Une tension existe entre deux matériaux différents. Le matériel inerte avec les tombes mais aussi le matériel vivant avec l’écosystème sur lesquelles elles reposent. C’est toute la dualité de l’identité du lieu qui se révèle à nous, la notion de parc semble prendre pas sur l’idée de recueillement.

Tailler, raccourcir , arracher? Ces décisions paraissant simples, sont plus dures à penser qu’il n’y paraît. Un arbre centenaire aurait-il moins de légitimité à l’entretien que les tombes qui lui succèdent? Le matériau végétale pose des contraintes bien différentes au parc et Fabien s’en est vite rendu compte. Comment appliquer une maintenance, une restauration à un matériau qui ne cherche que l’expansion ?

« On devra alors juste débroussailler chaque année et espérer que la mairie prenne en main le problème.Sinon il faut prier pour que les racines ne fassent pas plus de dégâts. Regarder les tombes plus loin elles sont complètement détruites ! » Nous dit Fabien en plein travail.

La ville de Paris est visiblement soucieuse d’un maintien d’écosystème où il existe un équilibre d’après les affiches du parc :

« Par ailleurs, l’entretien opéré par les jardiniers est sans traitement phytosanitaire depuis 2015, ce qui participe à l’émergence des plantes sauvages endémiques très appréciées par les insectes. »

Cela encourage la pousse sauvage des végétaux, notamment de fleurs essentielles à la présence d’animaux dans le parc. Cette politique lancée il y maintenant quelques années semble renouer avec les racines du lieu. À l’origine un jardin, c’est au XVIIe siècle que les Jésuites l’ont acquis de 17 hectares dans l’est parisien. Le père François d’Aix de La Chaise, dit « le Père Lachaise », était confesseur de Louis XIV. Il a activement contribué à l’élargissement et l’embellissement du parc. Pensé alors comme un espace vert, ce n’est qu’au début du XIXe siècle, que sous décret préfectoral, il sera demandé à l’architecte Brongniart de transformer le domaine des Jésuites en cimetière ; pour pallier au manque de sépultures dans Paris intra-muros. Une forme de retour aux sources parais se dérouler, la préservation d’un espace vert préexistant au cimetière lui-même. La situation de Fabien ne semble donc pas trouver écho dans la politique de maintenance du parc, c’est une cohabitation forcée pour l’instant.

Une nouvelle vision portée sur l’écologie et le développement durable s’est imposée dans la politique de maintenance. Le cimetière doit être un lieu qui assume son patrimoine naturel riche et complexe et il sait le sublimer et mieux encore le préserver et le renouveler. L’exemple du  pari de l’auto-régulation par la présence de certaines espèces est révélateur de cette volonté. En effet, certaines espèces d’oiseaux comme l’épervier sont alors introduites pour la chasse aux nuisibles. Ces espèces sont entretenues, maintenues presque choyées car faisant elles même partie des outils ou même acteur de la maintenance. Le maintien du lieu est assurée non par un agent d’entretien aux couleurs de la mairie de Paris mais par un prédateur naturel qui chasse en milieu réglementé. La maintenance par l’organisation d’un éco-système préalablement pensé témoigne de l’écoute liée au matériel vivant. Matériel vivant qui compose avec le matériau inerte. Il n’est pas seulement élément du décor mais acteur engagé dans la maintenance du lieu.

Comme on peut donc le remarquer, la faune n’est pas en reste, une attention particulière lui est donnée. Si la sépulture de Fabien est reconnue comme faisant partie du patrimoine par les architectes des bâtiments de France, d’autres acteurs du parc plus surprenants le sont aussi. En effet, véritable guide dans ce dédale colossal, la figure du chat bénéficie d’une protection depuis 1999 au Père Lachaise. Ces visiteurs, bien silencieux, ne s’embêtent pas des grands chemins tracés et signalisations ; ils savent se faufiler dans chaque recoin du parc pour nous révéler toute la complexité du lieu. Comme il existe Fabien pour entretenir sa tombe, il existe une personne pour assurer le bien-être des chats du Parc. Nourriture et suivi médical sont déployés soit par des particuliers ou des personnes de l’administration du lieu. Mais si l’on s’attarde sur la figure du chat, le parc ne se résume pas à ce seul animal. C’est au total 140 espèces animales sauvages qui existent dans le cimetière.

Chat errant du cimetière I Crédit Kevin Gaillard

Mon préféré : annonciateur de mauvaises nouvelles et lié à la mort, c’est sans aucun doute la présence du corbeau qui fait le plus sens au cimetière. En effet, La figure du corbeau est assurément un élément scénique primordial pour développer l’atmosphère souvent lugubre du parc. Tout droit sortis d’un poème d’Edgar Allan Poe, les tombes semblent sublimées par leur présence et l’administration du parc le sait. J’ai d’ailleurs pu observer leurs pattes étiquetées, témoignant d’un suivi tout particulier accordé à ces croquemorts au long manteau noir. Ces corbeaux y trouvent toute leur place si bien que parfois, ils remplacent même pendant un court instant, les statuettes dégradés ou volées des mausolées gothiques. Ils constituent l’identité visuelle du parc, ils font partie même du mobilier urbain, c’est un matériau à part entière qui change sans cesse la composition visuelle du parc.

Pierres mortes au destin animé

Au sein même de ce matériau vivant se distingue d’ailleurs celui qui est sauvage et celui qui est domestique. Les pousses sauvages contrastées par les arbustes fleuris bien taillés ; et les chats errants le jour altèrent la garde du cimetière avec les fouines la nuit. Faune et flore semblent alors faire partie du théâtre que serait le cimetière. Là où les tombes trop souvent fragiles, mais riches de leurs architectures si variées, sont un décor aussi bien maintenu que changeant au fil des années. Du travail acharné de Fabien en passant par le prélassemement d’un chat errant sur une tombe, ce sont tous ces acteurs du parc qui se croisent à chaque instant au cimetière. Tous assurent la maintenance à leur manière et jouent avec les matériaux à leur disposition. Au père Lachaise, chaque scène est unique comme chaque balade.

 

Corbeau siégeant sur une le sommet d’une sépulture I Crédit : Kevin Gaillard

Graffitis et politique de maintenance : l’art d’effacer

En  novembre 2018 Jérôme Denis et David Pontille produisent une enquête sociologique ayant pour titre: L’effacement des graffitis à Paris : un agencement de maintenance urbaine.

Le texte rappelle un constat simple : il existe un long et riche travail de recherche et de documentation sur les graffitis au regard de nombreuses disciplines des sciences sociales telles que « la sémiologie, de l’anthropologie visuelle, de la sociologie ou de la science politique ». Mais avec ces ressources si richessur la question du graffitis, comment se fait-il qu’il n’existe que très peu de ressources sur la conséquence et l’avenir souvent destinés aux graffitis à savoir leur effacement? En effet, il existe plusieurs problématiques qui s’articulent autour de l’effacement des graffitis. Alors, en France , déjà sous la troisième république il existait déjà ce qu’on appelait une « police de l’écriture » nous dit le texte.  

Pour penser cette réalité urbaine d’effacement, l’exemple de graffitis très marquants à la symbolique forte semble tout approprié. J’en veux pour exemple la fresque à Stains, commune du département de Seine-Saint-Denis en Ile-de-France représentant Adama Traoré . Cette fresque est le fruit du travail du « collectif Art ». Cette dernière a été peinte sur un mur mis à disposition par la mairie de Stains et inaugurée le 18 juin 2020 par le comité « La vérité pour Adama » . Ce comité a pour membre fondateur le plus connu Assa Traoré, la sœur d’Adama mort suite à son interpellation dans la commune de Beaumont-sur-Oise en juillet 2016. C’est d’ailleurs à travers la voix de sa sœur et de son collectif cités plus haut que cette affaire sera médiatisée. 

Rassemblement devant la fresque à Stains ce lundi 22 juin à l’appel du comité La vérité pour Adama. • © F3PIDF

Sur la fresque, Adama se tient à gauche et George Floyd à droite. Pour rappel George Floyd est un afro-américain mort suite à son interpellation par la police le 25 mai 2020 à Minneapolis aux Etats-unis. La nouvelle de sa mort retentit dans le monde entier, entraînant plusieurs mobilisations internationales et de nombreux débats télévisés sur cette affaire. La couverture médiatique est totale, et les problématiques de racisme structurel et violences policières seront questionnées dans la sphère politique américaine et plus généralement occidental. L’impulsion et la ferveur du mouvement Black Lives Matter (né en 2013 aux Etats-unis) revigoré par ce drame aura d’ailleurs écho en France et intensifiera le débat autour de l’affaire Adama.

Mais c’est en Septembre 2020 que la fresque sera effacée suite à la mise en demeure de la municipalité de Stains par le préfet de Seine-Saint-Denis datant du 3 juillet 2020. La plainte provient du syndicat de police Alliance pour qui le terme « policières » pose problème. Cette remise en cause systémique du corps policier sonne comme une injure mais l’est elle vraiment? Si l’on reprend les travaux de Jérôme Denis et David Pontille, la question de matérialité serait liée au langage. En effet, à travers ces termes les auteurs désignent la réalité matérielle, c’est-à-dire les infrastructures comme réalité palpable qui forme le paysage urbain. Après cela, ils la mêlent à la notion de langage beaucoup plus abstraite. Par ailleurs, cet aspect de la ville relatif au langage fait davantage appel au ressenti et ne désigne pas de langage précis. Il reste pourtant symbolique et même constitutif d’une vie politique dans la cité. 

La maintenance légitime face aux écritures indisciplinées

La remise en cause de l’existence de violence policière pourrait-il être admis au sein de l’espace urbain ? Apparemment le rendu judiciaire pense que non, nous pouvons alors questionner la ville et sa vocation et tradition au débat depuis l’antiquité avec l’idée d’agora . En effet, cette fresque n’a pas seulement pour but d’honorer une mémoire; mais elle porte en elle une interrogation : Comment gère-t-on les violences policières ? 

La fresque d’Adama Traoré à Stains a été totalement effacée. (©Alliance 93)

Selon les dires de la sœur Assa Traore cette fresque sera avec son collectif prête à revenir « tous les jours pour défendre cette fresque s’il le faut ». De par ces propos, Assa Traore dévoile la temporalité dans laquelle s’inscrit la fresque : elle n’est pas de nature friable. C’est ici la thématique de la mémoire de son frère qui est en jeu mais aussi d’une lutte avec le système légitime. Le maintien de cette fresque serait ainsi illégal et illégitime du point de vue la loi. Mais ce langage militant et engagé du collectif s’inscrirait dans une nouvelle maintenance cette fois-ci mémorielle ; s’opposant à la maintenance sous le regard de l’ordre incarné par la police et l’État. L’espace de l’œuvre ne serait alors pas proprement défini car même effacée ce graffiti serait prêt à refaire surface ailleurs sous une autre forme. 

Une résurgence de mémoire se ferait alors pour organiser l’espace urbain comme un terrain de langage politique qui viendrait interroger l’appareil officiel et légitime qu’est l’État français. Cette critique systémique considérée comme indésirable et portant préjudice à l’image de la ville de Stains et même à la France et sa police évoque alors la théorie de la « fenêtre cassée » utilisée par Jérôme Denis et David Pontille. 

En effet, cette théorie est développée en 1982 par James Q. Wilson, professeur à Harvard et George L. Kelling ancien directeur de l’équipe d’évaluation de la fondation de la police.

Celle-ci pose l’ordre public dans l’idée de visibilité et d’invisibilité. Certains phénomènes visibles dans l’espace public perturbent la communauté parce qu’ils fonctionnent comme des « signes de défaillance officielle » comme les vitres cassées par exemple. Mais est-il pertinent de voir en cette fresque un signe de manque d’autorité publique ? Ne s’agit-il pas seulement d’une fresque commémorative délivrant un message politique fort sur une surface encadrée ? Difficile de répondre mais la décision d’effacement s’inscrit dans longue tradition de maintien de l’ordre public visant à traiter des symptômes d’insécurité qui pourraient être contagieux. Cette maintenance essentiellement basée sur l’ordre s’assimilent à de la vigilance sécuritaire comme soulignait les auteurs. Survient alors une tension très forte entre ces écritures indisciplinées semant le désordre face à d’autres qui sont permises car plus dociles et inoffensives.

La mémoire oubliée

Au-delà de la dimension politique assez pugnace car inscrite dans un contexte violent, c’est avant tout une œuvre qui honore la mémoire. Le choix de les représenter de manière réaliste, à travers les photos souvenirs par lesquels le public les a connus témoignent de cette volonté de commémoration. C’est de fait un ensemble de signes et d’inscriptions funéraires mis au yeux de tous en plein ville, un hommage et même une évocation poétique qui lient deux mémoires auxquels le triste sort commun évoque une douleur partagée bien que séparée dans l’espace et le temps. La construction d’un récit vient alors de ces écritures que l’on trouve en ville. 

Si un monument au mort d’un personnage historique reconnu est maintenu avec le plus grand soin , pourquoi cette fresque ne le serait-elle pas ? Pourquoi la considérer comme une « nuisance visuelle » ? Pour s’interroger le concept de relevé par les auteurs…. Semble pertinent. Il est à noter que c’est la construction d’une mémoire commune qui se joue ici. Si la réalité des violences policières et des victimes qu’elles engendrent est nié par l’effacement.  Peut-on toujours parler de maintenance du territoire urbain? N’y a t-il pas altération? C’est par le prisme de la mémoire que se constitue le récit d’une nation. Peut-être que cette réalité là ne rentrerait pas dedans et donc pas considéré par l’ordre urbain à subsister dans le temps. L’imaginaire collectif français se joue alors ici.

En outre, le choix de recouvrir complètement la fresque, alors que seulement une seule composante posait problème pourrait laisser penser que c’est le concept même de cette œuvre qui perturbait l’ordre urbain. Après tout, il aurait très bien pu exister une forme de diplomatie matérielle avec la négociation entre les agents d’entretiens et les différents partis à propos de l’objet entretenu. Notons par ailleurs, que le 4 et 5 juillet 2020 la fresque à été vandalisée et puis aussitôt restaurée. Il y a donc eu une forme de maintenance par les artistes de cet objet urbain. Cette maintenance et plus particulièrement restauration d’ailleurs comme dans l’enquête de Jérôme Denis et David Pontille témoigne du respect des corps pour le matériel urbain à travers la continuité de l’œuvre et le respect des matériaux. L’un des artistes souligne d’ailleurs une volonté pacifique en disant  préférer une fresque qui invite au débat. 

J’aime alors à penser que deux mémoires et narratifs différents apparaissent ici : la mémoire d’une victime policière avec la fresque ; et à travers l’effacement de cette dernière nous trouvons le souvenir d’une affaire marquante et clivante pour l’état français , qui ne s’inscrit pas dans le narratif urbain officiel pour l’instant.


Denis J., Pontille D. (2018), « L’effacement des graffitis à Paris. Un agencement de maintenance urbaine », dans Dodier N. et A. Stavrianakis (dir.), Agencements, dispositifs, assemblages, Paris, Éditions de l’EHESS (Raisons Pratiques), pp. 41-74.