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Les gravures, une méthode d’honorer perpétuellement la mémoire de la personne / famille enterrée ?

Depuis des siècles, le graveur sur pierre immortalise et honore la mémoire du défunt. Un métier, ou un art, aujourd’hui en voie de disparition. Un événement controversé avec moins de marbriers, tandis que les décès ne s’accumulent. Mais alors, la gravure perpétuelle-t-elle vraiment la mémoire du défunt ? Pour mes recherches, nous nous baserons sur mon observation d’environ plus de dix heures au cimetière du Père Lachaise ainsi que de témoignages d’un marbrier professionnel et de résidents locaux des lieux.

Un des éléments clef du bien-être des familles des défunts et de la nécropole en général, les graveurs sur pierre, aussi appelés marbriers professionnels. Ces personnes qui agissent dans l’ombre pour marquer indéfiniment l’emplacement d’une personne ou d’une famille. En Île-de-France, ils sont entre 20 et 25 graveurs et agissent toute la journée à la demande du client. Pour cette recherche, mon observation s’est faite individuellement, afin de me concentrer un maximum sur les différentes vues et perspectives de la nécropole.

Plus qu’un métier, c’est un art

Afin d’aspirer à devenir graveur, il faut dans un premier temps passer par une formation de tailleur de pierre pour ensuite se spécialiser en gravure sur pierre. Certains pré-requis peuvent faciliter la tâche tels que la maîtrise du dessin, les connaissances sur la typographie ainsi que les différents type de pierre. Afin d’accéder au Père Lachaise en tant que graveur, une certaine expérience est demandée. On dit que « Au cimetière du Père Lachaise, on ne peut y travailler qu’au bout de 10 ans d’expérience du métier dans les cimetières de banlieues qui ne sont pas nécessairement très techniques », selon les dires d’un graveur au Père Lachaise n’ayant pas souhaité révéler son identité. Ils sont actuellement 10 graveurs sur pierre à arpenter les divisions chaque jour pour donner un nom et une histoire à la sépulture des défunts. Actuellement, des célébrités sont enterrées au cimetière Père Lachaise tels que des chanteurs, acteurs ou encore des personnes de la haute aristocratie tels que des hommes politiques donc aucune erreur n’est possible. Des maladresses sont évidemment possibles, cela arrive, donc des techniques peuvent être utilisées comme la pâte de colmatage faisant office de trompe-l’œil. Une école de formation est par exemple située à Amiens, mais malheureusement, la dureté du métier en décourage plus d’un. En effet, il y a aujourd’hui un manque de personnel important dans la gravure sur pierre, notamment du fait des conditions de travail. Les graveurs sont toujours dehors, peu importe le temps météorologique ou les conditions externes. Des rendez-vous chez les kinésithérapeutes sont également nécessaires pour certaines douleurs en bas du dos. Les graveurs sont très souvent obligés de pratiquer leur métier dans de mauvaises postures. Les passants, les visiteurs, les familles des défunts ne s’imaginent généralement pas le travail et les enjeux que représente ce métier.

Un travail de maintenance en plusieurs étapes

Avant toute chose, le graveur est informé par sa compagnie du travail à effectuer. Que ce soit la forme ou la dimension, la couleur du granit, les éléments de décor jusqu’au message personnel, rien ne doit être laissé au hasard. Le graveur sur pierre peut également faire des propositions, grâce à son expérience, pour éviter tout regret de la part de la famille. Ensuite, des traits de graphite sont tracés pour guider l’outil avec lequel le graveur marque les tombes. Il y a un premier travail de dessin de lettre, puis de gravure directement sur la pierre et enfin la finition, c’est-à-dire, à 80 pour cent du temps, de la feuille d’or y est déposé au pinceau (22 carats). Selon le graveur du Père Lachaise, il est possible de faire deux à trois tombes en une journée en fonction du nombre de lettres ainsi que la complexité de la typographie souhaitée.

Travail du graveur en cours – Crédit : Waïan Serano – cimetière Père-Lachaise
Travail du graveur fraîchement terminé – Crédit : Waïan Serano – cimetière Père-Lachaise

Des sépultures asiatiques au Père Lachaise

Penser qu’il n’y a que des tombeaux français dans un cimetière français semblerait couler de source pour certains. Pourtant, de nombreuses tombes chinoises sont présentes sur les lieux. Elles respectent la tradition et la culture funéraire chinoise. En effet, les stèles dans les cimetières chinois incluent des phrases gravées racontant la vie de la personne décédée ainsi que l’amour des vivants pour le défunt. Ces tombes honorent également une certaine allure par leurs deux piliers où sont gravées des lettres toutes peintes en feuilles d’or.

Gravures dorée respectant la culture asiatique – Crédit : Waïan Serano – cimetière Père-Lachaise

Une police d’écriture plus commune que les autres

Par son faible coût, la police d’écriture antique est la plus utilisée et la plus commune dans une nécropole. Certains cimetières imposent, dans leur règlement, une police d’écriture afin d’obtenir une homogénéité des pierres tombales. Ce n’est pas le cas au cimetière Père Lachaise. Les familles ont donc le libre-arbitre de choisir la typographie voulue parmi la gravure anglaise, onciale, gothique ou la traditionnelle typographie : l’antique.

Différentes décorations / motifs sur les sépultures

De façon générale, le procédé de gravure sert à indiquer les informations personnelles d’un défunt telles que son nom, prénoms, date de naissance et de décès. Mais la gravure ne s’arrête pas qu’à ces simples informations. En effet, des poèmes, des mots d’amour, des versets, etc. peuvent être ajoutés. Cependant, en général, l’élément le plus ajouté est le motif. De nombreux dessins peuvent être accompagnés sur les différentes sépultures. Des symboles religieux tels qu’une étoile de David pour les Juifs, une croix pour les catholiques ou protestants, etc. Mais des symboles aussi militaires ou non-religieux ayant une signification pour le défunt ou sa famille peuvent également être inscrits tels qu’une poignée de main, une simple étoile, un papillon, etc.

Croix juive ainsi que chrétienne – Crédit : Waïan Serano – cimetière Père-Lachaise
Papillon – Crédit : Waïan Serano – au cimetière Père-Lachaise
Poignée de main – Crédit : Waïan Serano – cimetière Père-Lachaise

Une fois les inscriptions gravées dans la pierre, il y a un dernier travail, comme vu précédemment, de finition avec le remplissage des lettres avec de la peinture. Les feuilles d’or étant le plus communément utilisées, c’est aussi le matériel le plus onéreux. Toutefois, ce remplissage permet une durabilité et une visibilité plus importante sur tout type de pierre tombale. Parmi les autres remplissages possibles, le choix peut se porter sur de la peinture noire, brune, argentée, blanche… Et cette sélection s’effectue en fonction de la teinte de la pierre tombale sur laquelle la gravure sera faite.

Il existe des possibilités infinies d’influencer, plus ou moins consciemment, la façon dont les passants perçoivent la tombe lors de leur promenade. Les inscriptions en « taille-douce » inciteront à la méditation, à la prière, tandis que les inscriptions en relief ou ornements attireront l’attention et sembleront conduire les visiteurs vers les morts.

Des sépultures à tendance abandonnée

Aujourd’hui, énormément de sépultures paraissent à l’abandon dans le cimetière Père Lachaise suite à des déménagements ou la disparition d’un ou des descendants. C’est assez paradoxal comme situation, car finalement même dans les cimetières, le temps n’est pas figé.

Sépulture fractionnée et illisible – Crédit : Waïan Serano – cimetière Père-Lachaise

Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, les lettres gravées sont pratiquement illisibles, ce qui empêche les promeneurs d’en connaître l’identité de la personne enterrée. Ce qui finalement remet en cause l’objectif de la gravure, qui est d’honorer la mémoire du défunt présent. Malheureusement, ces gravures ne sont pas éternelles et dépendent de nombreux facteurs, dont le procédé utilisé pour graver, la matière du support, l’emplacement de la gravure, ainsi que l’orientation de la tombe. Afin de rénover ces lettres devenues illisibles, il faut généralement effectuer un simple rechampissage. C’est-à-dire enlever les restes de peinture pour remettre une couche sur la gravure. Atteint un certain stade, la rénovation de la gravure ou de la stèle est nécessaire, mais coûtera plus cher à l’entretien. En général, le rechampissage est réalisé à l’occasion de la Toussaint.

Des passants, résidant près du cimetière du Père Lachaise, ont été interrogés par moi-même pour avoir leur ressenti sur ces gravures quasiment indéchiffrables. L’avis semble unanime : « La mémoire du défunt disparaît peu à peu avec le temps » et attristent ces personnes qui ont pour habitude, certaines depuis plusieurs années, de se promener dans les allées du cimetière. 

Avec un petit peu de recul, et le podcast réalisé chez France Culture avec Benoît Gallot, conservateur du cimetière Père Lachaise, certaines sépultures peuvent sembler abandonnées alors que, comme les désirs de M. Gallot, les défunts souhaitaient donner un espace libre pour la faune et la flore. Mais selon moi, la gravure ne fait pas partie de cet écosystème et doit être renouvelée, dès lors que celle-ci commence à ne plus être lisible, même si le reste semble délaissé pour donner un libre espace à la nature.

Des gravures non désirées

En me promenant pour observer ce qu’il y avait autour de moi, j’ai malheureusement fait la rencontre de dégradations, de profanations de tombes.

Gravures faites par des délinquants – Crédit : Waïan Serano- cimetière Père-Lachaise

Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, des caractères sont inscrits sur la façade de ce tombeau. Des inscriptions non voulues, une profanation directement écrite sur la mémoire de ce défunt. On peut apercevoir des lettres formant certainement un prénom entouré d’un cœur. Ces types de gravures ne sont absolument pas propices à l’endroit où elles sont taillées.

Cimetières américains, des techniques de gravures industrielles ?

Il existe aujourd’hui plusieurs méthodes pour réaliser une gravure sur une sépulture. La plus ancienne, datant de l’époque égyptienne, est celle pratiquée au cimetière Père Lachaise, la gravure manuelle. Elle consiste à réaliser la gravure directement à la main. Le graveur utilise un burin sur lequel va s’entrechoquer un brunissoir afin de creuser directement dans la pierre. Malgré les évolutions, des outils et des matériaux, la technique reste la même. 

Outils du marbrier professionnel – Crédit : Waïan Serano- cimetière Père-Lachaise

Malheureusement, cette pratique artisanale se perd de plus en plus, faisant une grande peine aux graveurs manuels. En effet, de nouvelles techniques ont émergé suite à la révolution industrielle au milieu du XIXe siècle. Voit alors le jour pour la gravure par sablage, couramment utilisé dans les nécropoles des Etats-Unis selon les dires de notre graveur local. Cette méthode consiste à poser un pochoir sur le granit ou la pierre tombale, puis à projeter du sable très fin, creusant alors les zones dessinées du pochoir afin de faire apparaître les inscriptions et/ou motifs. Une autre technique de gravure, appelée gravure mécanique, est effectuée à l’aide d’une machine disposant d’un laser ou d’une fraiseuse diamantée. Il suffit simplement de rentrer les informations voulues dans la machine et elle se charge de le graver directement sur le support comme une plaque de granit ou de plexiglas ensuite rapportée sur la pierre tombale. Cette technique enlève toute forme d’humanité dans la gravure.

Mes difficultés et solutions apportées

Je pense que la plus grande difficulté dans ce type de compte-rendu est de n’avoir aucun témoignage d’un point de vue extérieur, aucun intervenant du monde de la nécropole. Que ce soit les résidents autour du cimetière du Père Lachaise ou même les professionnels internes ou externes au cimetière, il est important d’avoir de la valeur ajoutée dans ce travail. C’est pourquoi ma plus grande crainte était de ne pas trouver de marbrier professionnel. Heureusement, après de longues marches à travers les avenues et les divisions, j’ai enfin pu rencontrer l’un d’eux. La deuxième difficulté que j’ai surmontée est le manque d’informations concernant les gravures sur certaines sépultures. En effet, la mémoire du défunt inscrite sur cette pierre correspond à la dernière trace de son passage sur cette Terre, j’ai presque envie de dire sur sa personnalité, mais une écriture ne parle pas. Il y a donc un travail d’interprétation. Là encore, une fois l’interview avec le marbrier professionnel terminée, mes deux camarades de classe ont continué leur chemin et j’ai pu passer un moment seul à seul avec lui. C’est là qu’il m’a apporté les solutions à mes questions. Le défunt peut décider, avant sa mort bien entendu, de faire graver sur son tombeau une phrase, une expression, un chant particulier qu’il aime, un motif ou dessin qui le représente. C’est à ça qu’on peut interpréter la vie d’une personne malheureusement éteinte.

Nous pouvons par exemple prendre la sépulture de l’organiste Jean Guillou qui nous dit : 

« Ici le temps est vertical. Dans l’étincelle dernière du soleil. Dans l’attente étirée de l’aube…». L’interprétation est plausible lorsqu’on comprend la métaphore qu’a voulu nous donner monsieur Guillou. 

La troisième et dernière difficulté que j’ai pu rencontrer fût la suivante : comment savoir quoi faire comme sépulture pour notre proche malheureusement parti ? Je me suis alors baladé en dehors du cimetière Père Lachaise, pour aller à la rencontre directe d’un service funéraire, afin de m’informer des méthodes pour configurer un monument funéraire. Celle-ci se fait en cinq étapes, peu importe que ce soit une inhumation ou une crémation : le monument (Parana, Gavrinis, Parnay…), le granit (Tarn, Crépuscule, Ambre…), une semelle afin de soutenir le monument (non-obligatoire), la gravure (style romain, gothique, antique…) et enfin les motifs disponibles selon le service funéraire choisi (rose, papillon, emblème israélite, croix simple…). Le client est assez libre de ses choix, selon son budget bien sûr, et peut avoir des conseils directement auprès de ces professionnels.

La plus grosse limite que j’ai pu apercevoir s’arrête là où celles des morts commencent. Cette relation entre ce qu’expriment un défunt actuellement par ces gravures et ce qu’il dégageait de son vivant peut être complètement différente. On ne peut pas, pour moi, représenter ce qu’était la personne, mais nous pouvons l’honorer, du moins jusqu’à ce que les proches ne s’en occupent plus…

Les plus anciennes sépultures encore lisibles

La plus ancienne tombe existante est actuellement située dans la 60ème division, celle de Reine Févez. Déplacé de quelques mètres de son emplacement d’origine, il jouxtait le tombeau d’Adélaïde Paillard de Villeneuve. En tant que plus anciens contemporains décédés du XIIe siècle, Héloïse et Abélard étaient apparemment les plus anciens défunts du cimetière. Ils s’y installent en 1817 pour rehausser la réputation du Père-Lachaise. On cite aussi Molière et La Fontaine, dont les restes (supposés) sont arrivés en même temps.

Intersection de la division 59 et 60 – Crédit : Waïan Serano – cimetière Père-Lachaise
Pierre tombale de Reine Févez, la plus ancienne du cimetière Père Lachaise – Crédit : Waïan Serano

La pierre tombale de Reine Févez, sur la photo ci-dessus, date de 1804 puis transformée en perpétuité le 15 janvier 1824. (Source : perelachaisehistoire.fr). Nous pouvons constater à la vue de l’image (et également sur place) que la gravure inscrite à cette période est encore plutôt bien lisible. Je n’ai malheureusement pas pu avoir plus d’informations, je ne saurai donc pas pourquoi l’écriture est encore profonde et propre mis à part supposer un entretien encore d’actualité. D’un point de vue hypothétique, étant donné qu’une gravure sur une pierre a une durée estimée dans les environs de 20 ans, je pense que la pierre doit forcément subir un rechampissage, comme cité précédemment dans la partie « Des sépultures à tendance abandonnée ». Mais alors, n’y a-t-il pas un procédé plus perpétuel afin d’honorer la mémoire de nos morts qu’une simple écriture comme aux temps de la mésopotamie en Égypte ancienne ? Les progrès techniques de l’écriture mèneront-elles à la mort de l’artiste comme le supposaient déjà certains théoriciens des années 1950 lors de la naissance des industries culturelles où selon eux, les méthodes industrielles mèneraient à la mort de l’œuvre d’art.

Lutte contre le graffiti à Paris, une activité d’entretien quotidien dans l’espace urbain ?

Afin d’aborder le sujet de la lutte contre le graffiti, Jérôme Denis et David Pontille, dans l’article « L’effacement des graffitis à Paris : un agencement de maintenance urbaine » paru en novembre 2018, observent et arborent les rues de Paris pour en connaître sa face cachée. Qui sont ces hommes de l’ombre maintenant l’ordre ainsi que la prospérité dans l’espace public et comment procèdent-ils pour ne laisser aucune trace de leur passage ?

Apercevoir des graffitis dans les rues de Paris et sa périphérie n’a rien d’anodin. Cette pratique remonte à la fin des années 1960 aux Etats-Unis. Malgré son effet artistique puis culturel, le graffiti s’est installé comme problème public en créant un sentiment d’insécurité chez les citadins. S’étant ensuite répandu à l’international, une lutte officielle fût créée en France pendant la Troisième République, avec ce que Phillipe Artières a appelé « Une police de l’écriture ».

Les premiers échecs de l’effacement

Les graffitis se sont vite retrouvés dans la catégorie des « nuisances visuelles ». Avec les propos injurieux et le sentiment d’insécurité qu’ils apportent dans les espaces publics, la municipalité a dû rapidement mettre en œuvre des techniques d’effacements afin de protéger la ville. S’inspirant de la politique « tolérance zéro » instaurée à New York en 1994, cette pratique consiste à être intransigeante face à quelconques infractions sur la voie publique. Malgré tous les moyens fournis, cette politique n’eut pas grand succès. En effet, les graffitis ont tout de même continué à se multiplier en masse.

Une ouverture vers le maintien de l’ordre public :
La théorie de « la vitre cassée »

James Q. Wilson, politologue, ainsi que George L. Kelling, criminologue, travaillaient tous deux à l’Université de Harvard. Leur initiative en termes d’instauration du maintien de l’ordre commença par changer les méthodes policières pour notre cas présent.

La théorie de la vitre cassée est une analogie, selon laquelle une légère détérioration de l’espace public engendrerait inexorablement une détérioration plus générale de l’encadrement et un accroissement d’un certain sentiment d’impunité de la part des citoyens.

Le problème étant la multiplication redondante des graffitis dans les espaces publics, plutôt que de se concentrer sur des problèmes plus importants, il faudrait plutôt maintenir un ordre quotidien au plus proche de la population. En effet, plus les choses paraissent en ordre, moins les infractions se multiplient.

Que ressentez-vous lorsque vous voyez un immeuble avec une vitre cassée ou un graffiti sur un immeuble ? Cela, ne vous procure-t-il pas un sentiment d’abandon de cet immeuble ? Un sentiment d’insécurité face à cette architecture délabrée ? C’est pour ces raisons qu’une lutte contre ces impressions est impérative afin de réagir rapidement.

Pour empêcher la propagation de ces récidives, quoi de mieux que de réagir directement, de façon quotidienne ? C’est ce que nous ont démontré James Q. Wilson et George L. Kelling. Le maintien de l’ordre s’effectue face à des infractions a priori sans gravité.

Dans un autre contexte, prenons l’exemple d’une nécropole. Afin de maintenir un certain ordre de propreté et d’entretien, des éléments qui peuvent sembler mineurs sont finalement extrêmement importants pour une conservation quotidienne. Ainsi, un démoussage d’une pierre tombale non faite, des mauvaises herbes errantes ou encore une végétalisation non développée sont autant de causes du ressenti de délaissement. Cet entretien quotidien entre dans la théorie de la vitre cassée.

Comment Paris s’organise pour lutter contre les graffiteurs :
L’opération « murs propres »

Face à l’abondance des graffitis dans les espaces urbains, Paris rompt l’exclusivité des services de propreté de la ville sur les activités d’effacement et fait appel à des prestataires extérieurs. Ces prestataires sont régulièrement contrôlés et sous contrat. L’objectif premier était d’effacer 240 000 m² de graffitis, soit 90 %, sous douze mois. Il était ensuite condition d’éliminer tout nouveau graffiti détecté durant les cinq années suivantes.

Les prestataires d’effacements de graffitis sont ensuite contrôlés une fois par mois, pour voir si le quota de murs propres est bien atteint, selon un parcours aléatoire dans la zone désignée de chaque prestataire.

Les inscriptions sur les murs sont mesurées en m², considérées individuellement selon leurs aspects puis effacées avec le matériel adéquat.

C’est alors que la notion de « double invisibilité » entre en jeu. La première étant l’effacement du graffiti, et la seconde étant la seconde vie de la surface nettoyée par les prestataires. Un travail propre et réussi est un travail non seulement effectué, mais également sans trace d’après-passage.

Nous sommes sur une invisibilité constante autant pour les agents de maintien que pour les graffiteurs qui ne se montrent jamais. Cette réflexion m’a poussé à me demander : « Le travail effectué par la maintenance renforce-t-il vraiment le sentiment d’appartenance de la ville ? ». Le street art et l’art graphique peuvent apporter un embellissement de la ville de Paris, créant ainsi un « musée à ciel ouvert ». Ce qui m’amène à me demander si certaines zones dessinées ne mériteraient-elles pas d’être laissées exposées, de laisser passer un message à la population urbaine.

Crédit : Waian Serano