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Observations du marché de Clignancourt : une diversité en trompe-l’œil

Situé au nord de Paris et aux abords du périphérique nord, le marché de Clignancourt prend place dans une ambiance souvent décrite comme foisonnante et remplies de couleurs. Dès mon arrivée à la station du métro 4, Porte de Clignancourt, je fais face à une très large place faisant scène d’un espace de déambulation de matières et de sons. Pour arriver sur ce lieu mythique des bonnes affaires parisiennes, une légère marche de cinq minutes s’offre à moi. Tout commence par le fait de traverser le boulevard Ney et par la suite empruntez le boulevard Ornano puis enfin passez sous le périphérique pour arriver à l’angle des marchés Vernaison et Malassis. À partir de ce moment, j’arrive sur cette grande allée principale qui semble promettre au visiteur un territoire commercial riche et varié entre vêtements, chaussures, bijoux, parfums, accessoires et autres objets insolites. Les marchandises occupent presque tout l’espace visuel, débordant parfois sur le passage. Parfois suspendues, empilées, tenues à la main ou proposer directement par les différents vendeurs que je pourrai qualifier de vendeurs mobiles qui se déplacent en accostant les visiteurs. Ces marchandises occupent tous l’espace. Une fois lancée, et au fil de ma visite en allant d’allée en allée, cette première impression de diversité que j’avais s’est rapidement heurtée à une réalité plus homogène lorsque j’ai commencé à observer l’un des produits les plus présents sur le marché et qui m’attirait directement l’attention, les maillots de football. Qu’ils soient accrochés en hauteur, posés sur des portants ou fixées sur des grandes étales, ils apparaissaient de manière presque systématique à chaque coin du marché. Pourtant, ce n’est pas leur forte présence qui m’a interpellé, mais leur identité quasi parfaite d’un stand à l’autre. On retrouve les mêmes modèles, les mêmes clubs, les mêmes « maillots concepts », les mêmes maillots d’anciens joueurs les mêmes flocages mais avec parfois des prix différents d’un stand à l’autre. Comme si le marché, pourtant réputé pour sa pluralité,produisait tout à coup une forme de répétition, voire de duplication.

C’est donc à partir de cette observation que se construit le point de départ de mon analyse qui est de comprendre comment des dizaines de vendeurs, pourtant censés être en concurrence directe, en viennent à proposer exactement les mêmes produits comme s’ils dépendaient tous d’une même source invisible.

Ma démarche repose principalement sur des observations directes de terrain, effectuées sur plusieurs jours à des horaires variés ainsi que sur des échanges informels avec les vendeurs. Ce qui suit est l’explication étape par étape de ma démarche. J’ai d’abord adopté une posture d’observateur qui consistait à seulement me promener dans les puces de de Saint-Ouen sans objectif précis et noter ce qui attirait mon regard en écoutant les échanges. J’ai donc pu repérer les zones les plus occupées et très rapidement, il m’est apparu que les maillots de football constituaient un produit majeur du marché. Ils formaient un véritable repère visuel, presque comme un fil conducteur reliant les différentes allées du marché.

J’ai ensuite décidé de procéder à une observation plus active. C’est-à-dire une comparaison plus structurée. Sur trois jours différents (lundi 10 novembre, mardi 18 novembre et le samedi 6 décembre), j’ai parcouru les mêmes segments du marché en relevant différents aspects à savoir, le type de produits exposés, les modèles de maillots disponibles, les prix annoncés (avec ou sans négociation), la manière dont les produits étaient présentés et des détails un plus techniques comme l’étiquette, le tissu, le logo, les coutures ou si les logos des clubs étaient brodés ou thermocollés.

Dans tous les cas, les modèles proposés étaient identiques, on retrouvait souvent :

– PSG

– FC Barcelona

– Real Madrid

– Manchester City

– Inter

– Équipe nationale du Maroc

– Équipe nationale du Sénégal

– De nombreux maillots concepts

©Homerick Belia – stand de maillots aux Puces de Saint-Ouen

Parmi tous ces maillots, la chose que je remarque est qu’aucun vendeur ne proposait d’alternative, que cela soit des modèles de clubs moins connus ou même d’autres clubs français à part le PSG. Concernant le prix il était dans une jauge allant de 10 € à 40 €. J’ai donc par la suite essayé d’échanger un peu plus avec certains vendeurs qui étaient ouvert à la discussion sur leurs maillots. Le format des interactions était court, les vendeurs étant souvent pressés, méfiants et leurs réponses étaient très courtes voire parfois évasives « C’est la même qualité partout. », « Les prix, c’est comme ça, je peux pas descendre», « C’est tout le monde pareil ici. ». Aucun ne m’a explicitement mentionné un fournisseur unique, mais plusieurs allusions laissaient entendre un fournisseur unique ou il se pourrait qu’ils se fournissent tous. Mes observations visuelles m’ont aussi permis de voir et d’analyser des éléments tel que à peu près partout, il y avait la disposition de cartons vraisemblablement identiques derrière certains stands. Il faut aussi rappeler l’essentiel qui est que le marché de Clignancourt repose en grande partie sur une esthétique du multiple. C’est-à-dire qu’in retrouve une certaine disposition de mise en place des produits qui se répètent avec des étals serrés, une densité visuelle très souvent surchargé, une très grosse abondance de matières et de couleurs. Pourtant, quand je limite mon regard à une seule catégorie de produit, ici les maillots de football, la diversité se révèle plus fragile qu’elle n’y paraît. D’un stand à l’autre, l’impression de répétition est frappante.

Ici sur ces photographies prise par mes soins, on voit clairement que ce sont quasiment les mêmes produits alors que ce sont des stands différents. Il est donc impossible de voir une certaine différence et de deviner leur origine respective. Rien ne distingue réellement les marchandises que cela soit de la qualité du tissu, ni le choix des modèles. Il y a aussi un élément récurrent que je retrouvais, c’était le fait que les maillots étaient toujours sales. Dans le sens, ou on voyait qu’ils étaient là depuis un certain temps car sur mes trois différents visites et ce peu importe le stand, il y avait des tâches sur les maillots. Ces tâches marrons et brunâtres accompagnaient les mauvaises coutures des maillots avec des fils qui dépassaient. Cela peut laisser penser que ces maillots proviennent d’un même lot, donc probablement d’un même fournisseur.

Cette homogénéité des produits peut être vu comme répondant à une certaine logique de demande et donc économique. Dans le sens, où les vendeurs qui sont présents sur le marché connaissent surement très bien les clients et personnes qui viennent à leur rencontre, encore plus ceux qui achètent leur maillot de football. En effet, dans un marché populaire comme Clignancourt, les marges sont faibles et la priorité n’est pas l’innovation commerciale, mais celle de la régularité des arrivages et la stabilité des prix. Cette logique explique la tension paradoxale entre cette sensation de diversité aux premiers abords(multiplication des stands, accostage des clients dans les allées, surcharge visuelle) et la réalité (uniformisation des produits et des tarifs).

L’hypothèse du fournisseur unique

L’hypothèse selon laquelle ils auraient un fournisseur commun n’a rien de nouveau dans les marchés populaires mais dans notre cas à Clignancourt, elle apparaît de manière particulièrement nette. Il ne s’agit pas ici pour moi d’affirmer qu’il y a l’existence d’un système organisé, mais de constater le fait qu’il y ait bien une convergence qui ne peut pas être attribuée au simple hasard. En effet, au fil de mes visites, plusieurs éléments reviennent, des cartons marqués et des prix strictement alignés (preuve d’un prix de gros fixe ou d’un accord tacite entre les vendeurs). L’un des seuls échanges qui a pu me montrer qu’il pourrait exister un fournisseur unique c’est lors de ma visite du mardi 18 novembre, j’ai demandé une taille spécifique d’un maillot à un vendeur et il m’a répondu « Attends, je vais voir avec mon frère qui est à côté, lui il en a ». En poursuivant mon échange avec lui, il m’a fait comprendre san me le dire clairement qu’il avait à peu près tous les mêmes fournisseurs. En me rapportant le maillot, il m’a dit « C’est la même chose, que tu trouveras partout». Cette phrase, bien que vague, laisse entendre une certaine interdépendance entre les vendeurs en, fonctions des affinités ou autres.

La question du prix

L’un des aspects les plus étonnants est l’absence totale de variation tarifaire. Dans un lieu où la concurrence est physiquement directe (les stands sont collés les uns aux autres), on pourrait s’attendre à une baisse des prix pour attirer les clients. Or, cela n’arrive jamais. Plusieurs hypothèses peuvent être formulées. Tout d’abord, le prix de gros est tellement identique que la marge possible est faible, rendant ainsi toute baisse impossible. Des suites de mon échange avec ce vendeur, je me demande s’il n’y a pas un accord implicite qui existe entre les vendeurs pour maintenir les tarifs afin de ne pas casser le marché et conserver ainsi cet aspect d’homogénéité. Enfin, ma dernière hypothèse est peut-être la plus loufoque et surement fausse mais on peut se demander si les vendeurs ne partageraient pas un intérêt commun qui est celui de ne pas entrer dans une guerre des prix qui réduirait les profits de toute la filière. Même si la dernière parait assez exagérée de la réalité, elle reste une possibilité. Cependant, il m’est impossible, dans le cadre de cette observation de savoir laquelle est juste.

La dimension semi-informelle du marché

Sans entrer dans des considérations juridiques que je ne maîtrise pas, certains éléments visibles sur les stands laissent penser que les marchandises ne suivent pas un circuit entièrement légal. Les maillots arborent systématiquement les logos de clubs européens majeurs, les marques d’équipementiers internationaux et les sponsors de grandes entreprises. Pourtant, ces éléments apparaissent parfois légèrement altérés, entre un logo placé un millimètre trop haut ou une couleur un peu différente. Ces détails, répétés d’un stand à l’autre, donnent l’impression que les maillots ne viennent pas directement des circuits traditionnels de distribution. Cette pratique est si intégrée à la vie du marché qu’il attire rarement l’attention des passants qui eux savent très bien que la provenance de ces maillots ne se base pas sur les modes de distribution classiques. Cette semi-opacité structure une forme particulière d’économie parallèle, où les règles ne sont jamais explicitées mais toujours ressenties. Les vendeurs paraissent fonctionner dans un environnement où tout le monde semble savoir comment les choses s’organisent, sans que rien ne soit clairement formulé. J’entends par là que cela va des discours vagues des vendeurs sur l’origine des produits et la présentation des maillots sont autant de signes qui créent un espace commercial où la frontière entre le visible et l’invisible reste volontairement floue.

Une concurrence paradoxalement unifiée

Le cas des maillots de football observés à Clignancourt met en lumière une situation qui, à première vue, peut sembler paradoxale. Les stands qui vendent le même type de maillots sont souvent installés à quelques mètres les uns des autres, parfois alignés dans une même allée ou répartis sur deux intersections proches. Cette proximité crée une forme de concurrence spatiale évidente pourtant, malgré cette concentration, il n’existe pas de véritable concurrence commerciale entre eux. Les vendeurs ne semblent pas tenter de se différencier par la qualité, les modèles ou même les prix. Ils cohabitent avec des produits identiques sans chercher à se démarquer par des stratégies visibles. Cette situation n’est pas simple à expliquer avec certitude, mais plusieurs éléments observés au fil des visites semblent éclairer ce fonctionnement. En effet, les vendeurs évoquent rarement la provenance de leurs marchandises, mais certains indices observés suggèrent qu’ils dépendent tous d’une filière commune. Il est difficile de savoir dans quelle mesure cette filière commune relève d’un choix assumé, d’une contrainte logistique ou d’une question de confiance entre membres d’un même réseau. Les brides de conversation entendues entre les vendeurs montrent un système relativement stabilisé, mais dont les mécanismes internes restent invisibles pour un observateur extérieur. Cette opacité limite donc l’analyse et rend donc impossible le fait d’affirmer si ces vendeurs pourraient réellement diversifier leur approvisionnement ou si cela serait même envisageable pour eux.

©Homerick Belia – stand de maillots aux Puces de Saint-Ouen

Les prix observés, généralement situés dans un intervalle relativement restreint allant de 10 à 40 €, laissent penser que les marges sont faibles. Les vendeurs semblent rechercher avant tout une rotation rapide de leur stock, plutôt qu’une stratégie destinée à se distinguer des voisins. La répétition scénique qu’ils font chaque fin de semaine les différencient d’un marché alimentaire dans le sens ou leur modèle économique montre qu’il est basé sur la fluidité des ventes plutôt que sur la singularisation du produit. Cette logique de « survie quotidienne » semble réduire l’intérêt d’innover. En effet, l’équilibre observé entre les stands ressemble à une forme d’organisation tacite où chacun maintient une stabilité suffisante pour continuer à vendre, sans chercher à déséquilibrer l’ensemble. Cependant, cette interprétation ne peut-être que partielle car il est difficile, depuis l’extérieur d’évaluer précisément les marges réelles ou les contraintes économiques qui pèsent sur ces vendeurs. Certaines observations suggèrent une forme de vulnérabilité économique, mais les motivations exactes derrière l’absence de différenciation sont difficiles à déterminer sans accéder aux coulisses de leur activité.

©Homerick Belia – un étendard de « maillots concepts » sur un stand de aux Puces de Saint-Ouen

Enfin, le marché de Clignancourt reste un lieu dense, où chaque mètre carré compte. Les stands sont parfois séparés par quelques dizaines de centimètres seulement. Dans ce cadre, les éléments qui permettent habituellement de distinguer un vendeur d’un autre par exemple par la taille de son stand ou encore la mise en scène du produit par son agencement s’effacent partiellement. Lorsque les maillots sont les mêmes, présentés dans des conditions similaires et soumis à un flux constant de passants pressés, ce sont d’autres facteurs qui prennent le relais et c’est là que joue la voix du vendeur. Cela va donc passer par la manière avec laquelle il interpellera les clients mais aussi de l’échange qui suivra par la suite. Cette saturation rend donc difficile l’émergence de stratégies commerciales complexes au sein de marché. Les vendeurs semblent s’appuyer sur un registre simple et direct qui est celui d’attirer l’attention du passant juste assez longtemps pour qu’il s’arrête. Une fois ce moment obtenu, ce sera au vendeur de faire le reste par son bagout pour enclencher le mécanisme de vente. Mais il faut aussi dire que cette absence de différenciation pose une question ouverte, à savoir, pourquoi cette cohabitation fonctionne-t-elle aussi bien, alors que rien ne garantit qu’un vendeur ne décide un jour de casser les prix ou d’innover dans sa présentation ? L’équilibre observé semble fragile, mais il se maintient pourtant au quotidien.

Une dynamique encore pleine de zones d’ombre

Ce paradoxe entre concurrence spatiale et non-concurrence commerciale soulève des questions qui elles n’apportent pas de réponses. Les observations que j’ai pu effectuer lors de mes différentes visites suggèrent qu’il existe bien des mécanismes économiques, sociaux et logistiques propres à ce marché mais cela reste difficiles à confirmer sans accéder à l’envers du décor et aux réseaux qui organisent l’approvisionnement. Il y aussi une autre possibilité dans le sens où il pourrait avoir d’autres facteurs qui m’auraient échappé lors de mes observations et qui joueraient un rôle déterminant dans la stabilité apparente de cette configuration. Sans certitude, mon analyse ne peut pas être plus pousser et reste donc sur ce que j’ai pu observer et qui m’a semblé cohérent d’un point de vue extérieur.

Limites de ma démarche

Tout d’abords, plusieurs éléments ont restreint la portée de ce que j’ai pu observer et ils influencent nécessairement la lecture que l’on peut faire de ces scènes du marché. D’abord, les visites se sont déroulées sur des créneaux horaires et des jours précis. Je n’ai pas pu observer les mises en place des étalages en allant à l’ouverture du marché ou au contraire en faisant la fermeture de celui-ci. Cette absence laisse donc logiquement de côté une partie essentielle du fonctionnement logistique du marché, qui semble pourtant jouer un rôle important dans la circulation des marchandises. Sachant qu’il faut ajouter à cela que mes deux premières visites se sont déroulées à deux horaires assez différents, la première à 11h et la deuxième à 14h. Il faut aussi préciser que lors de la deuxième visite, le marché était fermé et qu’il restait seulement les boutiques ouvertes et qui ouvrent leur étalage sur les allées. Je peux aussi parler du fait que mes échanges avec les vendeurs ont également été limités, la plupart se montrent prudents lorsqu’on s’intéresse de trop près à leur activité. Les conversations recueillies sont donc souvent très courtes, parfois réduites à quelques phrases. Cette réserve rend difficile l’accès à des informations plus précises sur la provenance des produits ou sur l’organisation interne de leur commerce. Un autre obstacle à mon analyse a été la difficulté voire l’impossibilité de remonter effectivement la filière d’approvisionnement. Tout ce qui concerne les étapes antérieures au marché donc les potentiels « grossistes » reste donc hors de portée. Enfin, certaines interprétations formulées dans mon analyse doivent être considérées avec prudence. Dans le sens ou en l’absence d’informations vérifiables ou d’accès direct aux acteurs de la chaîne complète, plusieurs hypothèses restent ouvertes. Les comportements observés suggèrent des mécanismes cohérents, mais ils ne permettent pas de tirer des conclusions fermes. Certaines zones d’ombre persistent et font partie intégrante de mes observations menées au cœur d’un espace aussi mouvant que Clignancourt.

Conclusion

L’observation des stands de maillots de football à Clignancourt laisse apparaître un fonctionnement qui ne correspond pas exactement à l’image spontanée que l’on peut se faire d’un marché populaire. Derrière la diversité visuelle, les appels des vendeurs et l’impression de mouvement permanent, se dessine une forme d’homogénéité beaucoup plus prononcée. Les maillots se ressemblent presque tous, les prix fluctuent dans une fourchette relativement stable et les arrivages semblent suivre un rythme commun, même si les modalités précises demeurent invisibles. Ce qui se présente comme une multitude de petites activités individuelles prend alors l’apparence d’un système où chacun travaille selon des règles tacites non écrites, mais partagées. Rien ne permet d’affirmer avec certitude que ce fonctionnement est coordonné, ni par qui il pourrait l’être, mais l’uniformité observée interroge. Elle suggère un arrière-plan organisé qui maintient l’ensemble dans une forme d’équilibre. Plusieurs questions restent ouvertes à ce stade. L’une d’elles concerne l’origine de cette homogénéité, c’est-à- dire, est-elle le résultat d’un réseau structuré, d’une habitude collective, ou simplement d’une contrainte logistique commune ? Une autre porte sur la marge de manœuvre réelle des vendeurs, à savoir s’ils disposent de la possibilité de modifier leur offre. Il reste également à comprendre comment ces vendeurs s’adaptent lorsque les filières évoluent entre possibles ruptures d’approvisionnement ou la possibilité de changements dans la demande. Ces questions n’ont pas trouvé de réponse au cours de l’observation. Elles ouvrent toutefois un espace de réflexion sur la manière dont un marché aussi vivant et bruyant peut sous sa surface reposer sur des logiques plus stables et structurées qu’il n’y paraît. Cette stabilité, qui n’est jamais entièrement explicite, fait partie intégrante de ce qui rend Clignancourt si singulier, un lieu où le visible et l’invisible se croisent constamment, sans jamais se confondre complètement.

Marché de Clignancourt : Différencier le vrai du faux

Le 10 et 18 novembre 2025, dans le cadre de mon master, j’étais en pleine immersion au marché de Clignancourt. Située à la sortie du Tramway 3 Bis et au pied du périphérique parisien, cette place marchande est réputée pour sa vente de contrefaçon. À l’unité ou en gros, de Nike à Jordan, en passant par Prada, Louis Vuitton ou encore iPhone et Airpods, on y trouve de tout. Le marché de la sneaker est toutefois celle qui m’a le plus intrigué. En effet, le nombre de paires de chaussures est incalculable. Entre les Shox, Yeezy, Gazelle, il y en a pour tous les goûts. Bien que ce soient évidemment des contrefaçons, elles sont à mes yeux, de loin et parfois même de près, très ressemblantes aux originales. Toutefois, quid d’un expert de la sneaker ? Pourra-t-il faire la différence entre une vraie et fausse paire de chaussures ?

Chaussures exposées au Marché de Clignancourt (© Julie PHAM, 29/11/2025)

Billet de 20 euros à la poche pour ma première immersion, et avec pour objectif de trouver une paire de chaussures qui pourrait également être disponible à Intersport Paris République, mon lieu de travail dans lequel je débute tout juste en qualité de vendeur au rayon chaussures. Je me fonds rapidement dans la masse du marché, observant les produits et en me faisant très rapidement alpaguer. On me propose des produits Apple à bas prix, je ne suis toutefois pas intéressé et très loin d’être rassuré par la qualité de ce produit. Je continue de me balader, et je tombe sur un individu intriguant, un commerçant qui ouvre et qui ferme plusieurs boutiques, sûrement l’un des patrons du coin. Je l’observe et essaye donc de rentrer dans une boutique avec le portail à moitié baissée en lui demandant si c’était ouvert. Il me répond chaleureusement que oui, je jette donc un rapide coup d’œil, rien d’intéressant pour moi, et à l’instar où je m’apprête à quitter la boutique, il m’invite à en visiter une autre. Il ferme donc la première boutique à laquelle je me suis rendu pour en ouvrir une deuxième. Intrigué, je décide de regarder, il y a effectivement des sneakers, mais rien de bien intéressant. Je lui pose alors la question : « Pourquoi fermez et ouvrez-vous des boutiques comme cela et ne les laissez pas ouvert ? ». Ce dernier me répond :

« Je ne peux pas laisser ouvert la boutique, car si la police vient ils vont tout récupérer vu que c’est de la marque »

Intrigué et ne souhaitant pas lui faire ouvrir une boutique sans raison, je continue de fouiller de fond en comble, tout en sachant pertinemment que je n’y prendrais rien. Je continue de me faufiler dans les allées, parcourant maillots de football, de basketball, labubus, chaussures, parfums, vêtements de luxe et évidemment sneakers. Déambulant dans le marché sous un fond musical provenant des enceintes de différents stands, je parviens toutefois à reconnaître la chanson Yama du célèbre artiste marocain Dystinct. Attiré par la musique, j’y jette un coup d’œil m’éloignant drastiquement de ma cible initiale. J’y trouve en effet des drapeaux marocains, palestiniens et des maillots de football dont notamment celui du Maroc mais pas de chaussures. Et afin de créer un contact avec le marchand, et d’instaurer un lien de confiance entre lui et moi, je lui parle de mon futur voyage à Marrakech, d’où mon -faux- intérêt pour les maillots des Lions de l’Atlas qu’il a exposé, tout comme celui de l’Atlético de Madrid, mon club de football préféré. Je parviens à rentrer en négociations avec lui afin de me mettre dans le bain et d’adopter une façon de négocier. Et a la fin des pourparlers, ce dernier accepte un prix de 10€, mais ne souhaitant pas me procurer ces produits, et sachant pertinemment qu’ils n’acceptent pas les paiements par carte bancaire par leur absence de TPE, mais également par intuition, je sors ma CB et lui demande s’ils prennent ce type de paiement, c’est évidemment un refus. Mais ce dernier me conseille de me rendre à l’entrée du marché dans lequel se trouve un distributeur automatique de billets. Je continue ma balade dans les allées du marché, puis décide de prendre une petite pause dans les puces de Saint-Ouen, loin du bruit, le temps de prendre un café, un petit gâteau et d’y retourner. Et bingo, je trouve une énorme boutique vendant principalement des sneakers, tenu par un charmant homme tunisien, avec qui j’ai eu l’occasion de discuter sans même entrer dans une conversation commerciale. J’inspecte par la suite la boutique, on peut y trouver différents modèles, dont des TN, des requins, des Asics… Mais n’ayant pas en tête les chaussures dont dispose le magasin Intersport République, je regarde sans même savoir quelles paires de sneakers vais-je comparer entre elles. Ma première expérience prenant fin, au bout de la grande allée je me retrouve avec des marchands ambulants de merguez au barbecue, émanant une odeur me procurant paradoxalement à la fois de l’envie et du dégoût. Toutefois cette après-midi et cette exploration du marché de Clignancourt et le marché aux puces de Saint-Ouen me procura énormément d’incertitudes et de doutes quant aux travaux que je vais réaliser pour ma recherche. Le marché de Clignancourt est très riche, il existe tant d’éléments à analyser que trouver un angle pour cet écrit en reviendrait presque d’un supplice. Un calvaire tant il y a de choses à dire et à décrire, quand bien même l’intégralité du marché et l’ensemble des contenus n’ont pas été explorés. Cependant, je décide toutefois de rester dans ma zone de confort en me focalisant sur les paires de basket.

C’est ainsi la raison pour laquelle, le jeudi qui suit, le 13 novembre 2025, je me rends à Intersport Paris République, mon lieu de travail. Étant en effet vendeur dans le rayon chaussures dans cette boutique située au 11e arrondissement parisien, mon idée était de faire comparer les paires de sneakers du marché de Clignancourt, qui sont des contrefaçons et celles disponibles au magasin. La comparaison sera réalisée par les responsables de ce rayon ainsi qu’un simple vendeur, afin de vérifier s’ils sauront remarquer la différence entre les deux produits censés être similaires. Une fois arrivé à la boutique, je fais du repérage afin d’avoir une idée plus claire sur les produits qui pourraient être disponibles dans les endroits marchands, ainsi durant ma journée de travail, je prête grandement attention aux produits que je manipule, prends des photos de toutes les paires de chaussures qu’ont été mises à disposition sur les murs du rayon mais également sur les meubles de « libre-service » qui comme le nom l’indique a pour utilité de laisser les clients se servir et d’aller par la suite régler en caisse. Ainsi, dans le magasin il y a au total plus de 250 modèles, ce qui me laisse la place au choix avec un gamme de sneakers très large. Cela peut cependant avoir un effet à double tranchant car cela peut m’apporter énormément de doutes sur premièrement le choix de la paire de chaussures, car la gamme est très grande et il sera donc difficile de faire un choix sur laquelle je me pencherais. Mais cela peut également m’amener à passer outre ou à passer à côté de certaines paires de sneakers car elles seront passées à l’oubli. Je me suis donc posé une question sur ma future visite du marché de Clignancourt : Dois-je me focaliser sur une paire de chaussures en particulier et essayer de la trouver coûte que coûte ? Ou bien y retourner sans idées précises en tête et tenter de trouver une des 250 paires présentes dans le magasin de sport à République ? Mes collègues et responsables surpris par les photos que je prends de tout le rayon, passant des chaussures dit « pour hommes », puis « pour femmes » et enfin celles des enfants. Je leur explique donc le contexte et l’intitulé de mon travail et je leur ai ainsi demandé s’ils veulent bien m’aider en participant à leur échelle. Ils ont tous accepté de réaliser l’entretien à mes côtés pour tenter de savoir s’ils parviennent à signaler les différences entre les chaussures de contrefaçon et celles en magasin qui proviennent directement des marques elles même. Mais ils m’ont également permis de m’aiguiller concernant mon interrogation sur la stratégie à adopter et m’ont plutôt de me diriger vers la seconde option qui était d’y retourner sans idée particulière.

Modèles d’exposition Asics sur le mur du rayon chaussures d’Intersport Paris République (© Nahidul MOHAMMED NURUL, 13/11/2025)

C’est ainsi que le mardi 18 novembre, soit dix jours suivant ma première expédition avec mes camarades de promo de mon master, que j’y retourne. A la sortie du tramway, je rejoins ces derniers et me dirigent vers le marché. Et à ma grande surprise, un calme et un silence d’enterrement. La place est presque vide, on y trouve seulement les vendeurs des boutiques. Je demande alors à un des vendeurs la raison pour laquelle cette place est aussi vide. Ce dernier me répond que le marché n’est ouvert que le samedi, dimanche et lundi. Et étant en plein milieu de semaine, il est donc évident que la place soit vide et qu’il n’y ait que très peu de clients. J’ai senti pour ma part ce jour-ci une ambiance plus pesante, avec les vendeurs en boutique qui paraissaient bien plus sur la défensive qu’ils ne l’étaient dix jours auparavant. Étant seuls avec mes camarades, entourés de très peu de clients et quelques vendeurs, nous ne faisions un petit peu remarquer. Dans un froid glacial, l’accueil était très loin d’être chaleureux. Je repartais alors à l’exploration au long du marché de Clignancourt à la recherche d’une paire de baskets. Dans mon portefeuille, cette fois-ci 40€, soit vingt de plus que la dernière fois. Quand bien même nous n’avons pas été accueillis de la meilleure des manières, je reste très optimiste à l’idée de trouver ce que je cherche, soit une paire de chaussure qui se trouve également à Intersport, qui me plaît, que je pourrais porter dans la vie de tous les jours et pour un prix maximum de 40€. Mes demandes sont, je le sais, ambitieuses. Je me retrouve devant une boutique de paires de chaussures et analyse rigoureusement chaque produit. Je me retrouve devant une paire d’Asics, le modèle Gel 11-30 que j’ai déjà vendu moi-même certains clients à Intersport. Je demande le montant, ce dernier me donne un prix de 50€, soit dix euros de plus que ce dont j’ai sur moi. Je tente de négocier pour obtenir un prix inférieur, et obtenir ces chaussures pour 40€. Ce dernier accepte, je demande alors une taille 43, car si je dépense un gros montant, autant utiliser cette somme d’argent pour acheter quelque chose que j’utiliserais réellement dans mon quotidien. C’est alors que ce dernier part demander à ses collègues s’ils ont ce modèle en taille 43, et il revient bredouille, mains vides en me disant que malheureusement ils ne l’ont plus. Je me demande alors si le vendeur me dit bien la vérité ou est-ce une ruse des vendeurs pour me faire partir, sachant pertinemment que je ne paierais pas la somme initiale. Ce dernier insiste toutefois et me demande alors de regarder les autres modèles disponibles, mais rien d’intéressant et rien qui ne rentre pas dans mes critères de recherche. Je le remercie alors du temps qu’il m’a accordé et me remercie très chaleureusement en répétant à de nombreuses reprises « Baraka Allahou fik » – qui signifie « que la bénédiction d’Allah soit sur toi » -, tout en me serrant la main et mettant sa deuxième main sur mon épaule. Je quitte alors cette boutique pour me rendre dans une autre qui vend également des maillots de football. C’est ainsi que je retrouve mes camarades de master, Juliana et Julie qui réalisent également leurs travaux de recherches. Dans cette boutique, je me retrouve alors devant une paire de chaussures qui me paraît très intéressante. C’est en effet la Nike Air Max Fire, au coloris noir avec la virgule rouge, un modèle de baskets qui est bien disponible en magasin. Je demande alors le prix et le vendeur me répond qu’il ne me la vendrait seulement pour 50€. Je tente alors de négocier, mais en vain. Le vendeur est très ferme, c’est un non catégorique, soit je la prends pour 50€, soit je dégage. Je décide alors d’arrêter les pourparlers et sortir de la boutique, mais j’observe alors discrètement Juliana qui négocie avec le vendeur pour une paire de chaussures, et ce dernier qui accepte de réduire le prix jusqu’à 30€. C’est alors que j’aperçois qu’il y a un traitement de faveur si tu es une femme ou si tu es un homme. Elles ne l’ont toutefois pas prise. Par la suite, nous nous rendons ensemble vers l’entrée du marché, au pied du périphérique. Quelques jours plus tôt, cette allée était pleine d’individus cherchant leur bonheur et de vendeurs tentant de réaliser le plus de profit. Aujourd’hui elle est vide, avec énormément de passage de voitures, de camions et de scooters. Mais également des voitures de police qui, à ma surprise, ne s’arrêtaient pas et continuent leur chemin, moi qui pensais qu’ils venaient pour la vente de contrefaçon. Et sur cette même allée, j’observe le peu de paires de chaussures mises à disposition, c’est alors qu’un vendeur m’interpelle et me demande si je cherche quelque chose. Je réponds que je ne cherche rien de spécial, juste des chaussures. Il est très insistant et me demande laquelle. Et c’est alors que je lui montre une photo d’une paire de chaussure Asics Gel 11-30 en bleu.

Asics Gel 11-30 bleu (© Nahidul MOHAMMED NURUL, 18/11/2025)

Ce dernier revient me voir et demande 80€ pour ce modèle. Une somme très élevée qui selon moi est démesurée, disproportionnée. D’autant plus qu’elle ne coûte que vingt euros de plus à Interpsort, soit un prix de 100€, que j’ai le droit à une réduction de 50 % au magasin et qu’elle ne me coûterait donc que 50€. J’ai donc pouffé et je suis parti car le prix était trop excessif à mon sens. Après avoir raconté cette anecdote à mes camarades, ces derniers étaient d’accord avec moi quant aux prix bien trop élevés. Et donc, à la fin de ma deuxième visite au marché de Clignancourt, toujours rien. Pas le moindre centime dépensé et toujours pas de paires de chaussures pour moi. Toutefois, je ne lâche pas l’affaire et je me rends de nouveau au marché de la contrefaçon le lundi suivant, le 24 novembre 2025. Cette fois-ci, comme prévu le marché a bien lieu. Je me retrouve donc au milieu de tous ces vendeurs, certains me proposent désormais des bijoux, de l’or, de l’argent. J’y trouve aujourd’hui de nombreux touristes, qu’ils soient indiens, espagnols, allemands, anglais, j’ai entendu de nombreuses langues parlées avec des personnes de tout horizon. Toutefois, ce n’est pas ma priorité d’observer les clients et les vendeurs, mon angle n’est pas anthropologique et je garde surtout en tête mon objectif de trouver une paire de chaussures. Pour arrêter de perdre mon temps, j’ai cette fois-ci en ma possession un billet de 50€. Je ne me cache pas, c’est une somme importante à mes yeux mais je n’ai pas d’autres choix que de remplir les conditions de vente pour obtenir ce que je désire depuis près de deux semaines. Moi qui ne souhaitais initialement pas dépasser les 20€, j’étais malheureusement bien trop confiant et ambitieux. J’ai même expliqué ironiquement à un ami que si je pouvais juste prendre discrètement le modèle d’exposition de la paire de chaussures et de fuir furtivement, je l’aurais fait. Toutefois, me revoici au marché, billet de 50€ en poche près à être dépensé. Pour mon troisième passage dans ce marché au nord de Paris, je ne souhaite pas y perdre trop de mon temps et de m’y éterniser. Je me retrouve alors devant la grande boutique de chaussures et achète finalement la paire de Asics Gel 11-30 au coloris grey black.

A droite : Asics Gel 11-30 grey black à Intersport (© Nahidul MOHAMMED NURUL, 28/11/2025)

Mes immersions au marché de Clignancourt étant enfin terminées, place désormais à la raison pour laquelle j’y suis passé à trois reprises : comparer cette paire de chaussures à celles appartenant à Intersport Paris République. Pour ma part, je parviens à trouver quelques différences, dont sur la matière de la basket, et notamment son tissu, qui selon moi paraît bien plus faible et fragile. Toutefois, je préfère m’appuyer sur les dires d’un expert pour me donner. C’est la raison pour laquelle j’ai donc demandé à Sébastien, responsable du rayon chaussures de ce magasin Intersport et je lui demande dans un premier temps de retrouver quelle chaussure droite est la vraie et laquelle est la fausse. Je lui tends alors les deux chaussures différentes et Sébastien la tourne, la plie, la scrute et son verdict tombe très rapidement et de façon très brutale. Je suis plutôt surpris qu’il le trouve aussi rapidement mais étant donné son emploi et son poste, finalement ce n’est pas si surprenant que cela. Avec du recul je ne comprends pas comment ai-je pu douter de l’expertise d’une personne travaillant dans ce domaine depuis si longtemps.

« Déjà, juste au toucher, tu captes le truc grave rapidement. Le mesh… c’est un peu comme si tu compares le tissu d’un parapluie à un textile de running. Sur la vraie, c’est souple, respirant. Là c’est dur, plastifié. Et le pire c’est que contrairement au parapluie, ta chaussure fake là, elle prend la pluie mais tu auras le pied tout mouillé »

Il a déjà répondu à mon interrogation concernant la matière de la chaussure et a su mettre des mots sur ce dont je pensais quand j’ai moi-même comparé deux les chaussures entre elles.  Ce dernier continue alors la comparaison en abordant désormais les détails

« Le logo, il est un peu trop épais sur la « falsh ». Et là, tu vois il y a une petite bavure ? Les vraies sont nickel quand tu regardes bien. Mais franchement je t’avoue il faut avoir l’œil (…) Et l’étiquette wow ahaha c’est une blague ils n’ont pas fait d’effort, y a que dalle »

Et enfin, le manager m’a brièvement parlé du produit en tant que tel avant de retourner en surface du magasin et de gérer son rayon et sa clientèle.

« Par contre, le gel de ta fausse chaussure c’est chaud hein, on peut le sentir au touché. Je ne te conseillerais vraiment pas de courir avec celle-là parce qu’il y a un risque que l’amorti soit irrégulier et qu’elle te lâche. La stabilité elle est moyenne aussi, et la forme du talon elle s’écrase trop vite. Sincèrement ça peut vraiment être dangereux de courir avec. »

Le court entretien est donc terminé, j’ai eu le droit à des réponses de surface très intéressantes. Sébastien ne s’est pas grandement focalisé sur la chaussure et y a passé un coup d’œil assez rapide et malgré un laps de temps très court, il a réussi à débunker différentes anomalies concernant la chaussure. Je vais faire désormais passer le test à Yohan, 26 ans, qui est responsable adjoint du rayon chaussures. J’avais légèrement de l’apriori avant de lui faire passer ce questionnaire car je craignais qu’il ne répète la même chose que Sébastien. Et mes préoccupations se sont avérées véridiques, car ce dernier a très rapidement su trouver la vraie de la fausse et la première remarque qu’il m’a faite concernait le tissu de la chaussure.

« Wesh la paire c’est une Clignancourt ou c’est une Wish, la matière est atroce. »

Il a toutefois abordé différents sujets dont Sébastien n’a pas abordé, la languette et le poids. Et en effet selon lui, sur les vraies 1130, la languette elle est bien rembourrée, elle est dense et confortable. Alors que l’autre est super plate, on dirait une crêpe et sarcastiquement il ajouta « t’as intérêt à les porter avec des chaussettes, elles vont t’arracher le pied ».  Ce dernier, toujours sur le même ton, ajoute concernant la basket provenant du marché de Clignancourt : « c’est trop bizarre parce que la chaussure est super légère mais je suis sûr que ça ne tient pas une semaine ton truc. »

Et enfin, j’ai souhaité faire passer cet interrogatoire par une personne qui n’est pas experte en la matière. Car il est facile pour des responsables du rayon chaussure de différencier le vrai du faux. Ils ont en effet, tout au long de leur carrière professionnelle passer de nombreuses formations concernant les sneakers, ils connaissent ces produits sur le bout des doigts. Quid cependant d’une personne, dont la basket n’est pas le métier. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à Inès, 19 ans, alternante au magasin dans le rayon tennis, de se prêter au jeu des 7 différences en comparant la vraie et la fausse Asics Gel 11-30. Cette dernière se joint à moi peu sereine « mais je ne vais pas trouver », cependant elle se prête tout de même un peu au jeu. Elle inspecte les 2 chaussures et comme tous les autres, la première remarque qu’elle fait concerne la matière de la chaussure. « Il est bizarre le tissu de celui-ci, je suis sûre que c’est le faux, mais à vue d’œil comme ça, je t’avoue que je n’aurais jamais trouvé ».

Comme moi, Ines n’aura donc pas réussi à trouver d’autres éléments concernant la fausse paire de chaussures. Mais il est vrai que sans une vision très approfondie et une analyse appuyée, le produit de contrefaçon en lui-même est semblable à l’originale vendu deux fois plus cher. Toutefois, en vaut-il vraiment la peine ? Est-il vraiment nécessaire d’acheter la fausse version d’une paire de chaussure qui ne tiendra pas sur la durée, ne sera pas de bonne qualité, pas bon pour le confort du pied, de la semelle, du talon, et qui pourraient engendrer des problèmes de posture et de dos, sous prétexte que le design est plus ou moins ressemblant ? Et bien la réponse est peut-être « oui ». Mais cela, je vous laisse en juger par vous-mêmes.

MOHAMMED NURUL Nahidul