
« Un univers d’univers », « le paradis des chineurs », les expressions ne semblent pas manquer pour désigner le grand marché de Clignancourt. Situé au nord de la capitale, à la périphérie de Saint-Ouen, le terminus de la ligne 4 s’ouvre sur un organisme qui s’articule dans une pluralité de commerces : les puces. Marchés en plein air, boutiques, galeries, le marché de Clignancourt porte aussi le nom de « grenier du monde », un espace dans lequel une importante variété de produits circule (antiquités, chaussures, gadgets en tout genre). Mais au-delà de l’aspect matériel, Clignancourt accueille aussi le monde de par ses passants, ses vendeurs, ses interactions. Des clients les plus habitués aux touristes occasionnels, tous trouvent une place. Une instance si diversifiée nous amène à essayer de comprendre comment se crée un marché ? qui fait marché ? et quelles en sont les perceptions de ces espaces dans la ville ?
Dans cet article, je vous raconterai mes observations ainsi que mon expérience lors de visites que j’ai réalisées les 10 et 18 novembre 2025. À travers mon propos, je tâcherai de restituer la pratique du marché par une jeune femme, étudiante en communication, n’ayant jamais entendu parler de Clignancourt auparavant. Cela me permettra de proposer une réflexion personnelle autour des pratiques marchandes dans la vente de produits de contre-façon et d’étudier l’appréhension sociale de l’espace entre vendeurs et clients.
Premiers pas
Pour mon observation, j’ai décidé dans un premier temps de suivre le tracé des allées du marché. Si l’on s’attarde sur la définition de l’Académie Française du mot « marché », celui-ci renvoie purement à l’idée d’un lieu public, dans lequel sont vendus et achetés denrées, marchandises, et objets d’usage courant. Prenons alors cela comme point de départ. Pour étudier les échanges marchands, concentrons nous d’abord sur l’espace en tant que tel. Mon approche fut donc dans un premier temps d’explorer les allées du marché, de les traverser pour en connaitre les frontières, ainsi que les limites. De cette démarche naît un premier constat : où se trouve l’entrée du marché ? Cela peut sembler anodin, mais on attendrait d’un lieu qu’il soit clairement délimité, qu’il y ait un début ainsi qu’une fin. Cependant, le marché de Clignancourt ne propose pas d’entrée clairement identifiable comme telle, nous entrons par les différents accès qui convergent vers celui-ci (arrêt de bus, passages piétons, etc.). J’entre donc dans le marché par l’espace laissé entre deux stands, à la suite d’un passage piéton. Stands, vendeurs, prix avantageux, l’immersion est totale : bienvenue au marché de Clignancourt.
Je remarque dans un premier temps une grande densité. L’espace n’est pas simplement construit en une allée principale, avec des stands de part et d’autre, il s’agit en réalité d’un tableau beaucoup plus complexe. L’un des éléments marquants est qu’il y a un plus grand nombre de vendeurs que d’étalages. Il y en a parfois plusieurs par stands mais le plus intriguant est que certains sont debout dans l’allée centrale, portant leurs marchandises dans des sacs ou parfois même dans leurs mains, et vendent, commercialisent au plus près de la clientèle. IPhones, AirPods, ou encore parfums Chanel, les marchandises sont sensiblement les mêmes parmi ses vendeurs. Certains sont regroupés, d’autres sont plus isolés mais tous se trouvent dans le chemin qui parcourt chaque étalage. Cette situation crée des interactions parsemées qui participent à rendre l’espace riche en densité. En sillonnant les marchandises, passant d’un stand à un autre, ma progression est ponctuée de rencontres inopinées avec ces vendeurs. Contrairement aux stands, pour lesquels si je ne m’y attarde pas en m’arrêtant devant, je ne suis pas spécialement remarqué par le marchand et celui-ci me laisse continuer mon chemin, les vendeurs itinérants quant à eux viennent vous chercher. Ils vous présentent leurs produits directement sous les yeux et vous abordent. L’absence d’étalage enlève une barrière physique, ce qui crée une plus grande proximité. La rue du marché est directement leur vitrine. Cela participe également à rendre plus floues encore les démarcations de celui-ci : où s’arrête l’espace marchand ? Qu’est-ce qui constitue et sépare l’espace du client de celui du vendeur ? On pourrait s’attendre à ce que cette distinction soit aisément identifiable, c’est notamment ce qui est permis par les stands : ce qui se trouve dans le stand s’avère être l’espace marchand, celui du vendeur, tandis que l’autre versant compose l’espace du client, là où il accède à la « vitrine » en plein air. Durant mon observation, j’ai donc été particulièrement sensible à l’appréhension de l’espace par les différents acteurs de l’aire commerciale. Il est vrai qu’en tant que jeune femme, il n’est pas aisé de trouver une place dans ce marché, entre les stands et les allées. L’espace est majoritairement dominé par les vendeurs eux-mêmes, la possession de l’espace est donc principalement masculine. Dans une logique de pratiques marchandes, je représente alors une proie, une acheteuse potentielle, ce qui suscite l’intérêt. Il me semble cependant nécessaire de rappeler que je constitue certainement pas la clientèle habituelle de Clignancourt. Je ne m’y rends pas régulièrement, et de par ma posture et ma gestuelle je suis dans une dynamique de contemplation. Cela peut expliquer le fait que mon avancement dans les puces a donc été riche en interpellations.
C’est l’une des grandes spécificités du marché de Clignancourt que j’observe. Comme le notait Joël Topor-Predec (fondateur du marché La Bulle) au sujet des puces : « tu n’y vas pas dans un but, tu y vas pour la rencontre avec les gens ». C’est un espace intense d’interactions, car en effet, c’est par l’échange que les vendeurs initient leurs pratiques marchandes et mènent à la bonne affaire. Parfois le vendeur s’adresse à vous directement, en vous demandant si vous cherchez quelque chose en particulier, mais occasionnellement l’échange est silencieux. Le commerçant tend simplement son produit et attend votre réaction, ce qui lui permet certainement d’estimer les chances potentielles d’achat. Dans un cas où on vous interpelle par la voix, l’attention du consommateur est directement orientée vers la provenance du son. Or, lorsque la marchandise est présentée à vos yeux, vous y êtes directement confrontés, vous ne cherchez par le vendeur qui vous a interpellé, mais votre regard se pose immédiatement sur ce qui entre dans votre champ de vision, à savoir le produit en lui-même. L’échange n’est donc pas toujours verbal, il peut également être purement fait de gestes. Il semble donc exister une multitude d’échanges commerciaux qui permettent de construire une bonne affaire.
L’espace marchand
Arrivée à la fin de la première allée, le marché semble se fendre en deux segments. La première limite que je rencontre est donc une limite physique et réelle : la route périphérique. Cela offre aux passants l’opportunité de traverser et d’avancer vers les puces de Saint-Ouen ou alors de rester dans le marché de Clignancourt et de suivre le chemin encadré par les stands. Je me laisse flâner pour cette seconde option. Gardant cette idée initiale de parcourir le marché et d’essayer de délimiter son espace, je poursuis alors mon chemin pour découvrir une nouvelle partie de celui-ci. Ce deuxième segment est beaucoup moins dense que le premier, il y a moins de vendeurs itinérants et les étalages sont davantage espacés. Le marché de Clignancourt semble disposer d’une artère principale, à savoir celle que j’ai empruntée précédemment, ainsi que des voies plus discrètes. Les échanges et les interactions paraissent se concentrer au même endroit. En tant que consommateur, il est donc utile d’intégrer l’idée d’un espace principal dans la quête de la bonne affaire.
En poursuivant mon avancée, alors que je m’attardais sur un stand à l’angle du marché, un vendeur itinérant s’approche et me déploie son argumentaire de vente autour du parfum Chanel N°5. Il me montre son stock, contenu dans un sac plastique occultant noir et me propose un prix des plus avantageux : 20€ pour le flacon contre une centaine d’euros à l’accoutumée dans le commerce. Bien que l’offre appelait à la bonne affaire, je déclinai la proposition. En me voyant sur le point de poursuivre mon chemin, le commerçant s’avança à nouveau et me proposa désormais des AirPods. Une nouvelle fois, c’était le vendeur qui occupait majoritairement l’espace et j’avais cette impression de remplir le rôle de proie qu’il ne fallait pas laisser partir. De cette position, la perception du marché est davantage étriquée, quand bien même les allées sont suffisamment larges pour y circuler. Les interactions sont comme un étau qui se resserre dans le but justement d’amener à la transaction. L’appréhension de l’espace semble bien différenciée. La pratique marchande amène à une domination de l’espace par le vendeur, dépourvu de contraintes spatiales. Il peut, en effet, se déplacer dans les allées comme bon lui semble et ainsi rester suffisamment proche des clients pour inciter et mener l’interaction, contrairement aux vendeurs attitrés à un stand. Mais comment justement définir cet espace, ou même ce non-espace ? Comment s’établit-il ? Il s’agit de questionnements complexes auxquels il peut être judicieux de consulter des travaux de recherche au sujet de la perception et des usages d’un lieu. Michel de Certeau, un intellectuel spécialisé en histoire et en théologie, propose dans son ouvrage L’Invention du quotidien t.I, Arts de faire (1990) de définir l’espace comme étant le résultat de « l’effet produit par les opérations qui l’orientent, le circonstancient, le temporalisent et l’amènent à fonctionner » (p.226). Cela signifie que l’espace n’existe pas en lui-même, il est créé à partir des trajectoires, des interactions, des densités qui s’y croisent et y circulent. Le marché est donc élaboré en un espace grâce aux pratiques marchandes, à l’occupation de l’aire par les vendeurs, aux dialogues avec les clients et à la promotion des produits. C’est un « lieu pratiqué ». En ce sens, il est en perpétuelle redéfinition. C’est en quelque sorte un palimpseste. Au Moyen-âge, cela renvoyait à un parchemin dont on faisait disparaître l’écriture pour y écrire de nouveau. C’est un support qui s’efface et se réécrit à chaque utilisation. À Clignancourt, cela est notamment symbolisé par la figure même du vendeur itinérant. Lorsque je décline une proposition et que le marchand s’avance davantage pour formuler une nouvelle offre, l’espace est amené à se redéfinir dans le but justement d’amener à une transaction. Nous pourrions alors considérer cela comme étant l’une des nombreuses pratiques marchandes que l’on trouve au marché parisien de la contre-façon.
Une visitée guidée
En continuant mon observation, je parviens à une nouvelle intersection dont l’une des voies proposait de rejoindre le début de mon parcours dans le marché, l’« entrée » par laquelle je suis arrivée. Je venais de terminer le tracé initial du commerce en plein air. Afin de ne pas me contenter de rester sur mes premières impressions, je décidai alors de ré-emprunter le chemin parcouru jusqu’ici. L’entreprise peut paraitre fastidieuse mais il s’agissait de mon premier contact à Clignancourt. L’imprégnation des lieux pour constituer un processus lent dont, à mon sens, il ne faut pas négliger. L’idée n’était pas de reformuler à nouveau les mêmes constats que mes précédentes observations, mais plutôt de les dépasser, de les contredire ou bien de les affirmer.
C’est ainsi que je me retrouvai à nouveau dans cette allée que j’ai nommée comme étant la voie principale. Ma déambulation ne fut pas aussi inaperçue que cela, car en continuant dans ma lancée, un nouveau vendeur itinérant s’adressa à moi. Cette interaction était de l’ordre du singulier, car en effet on ne m’interpella pas en me présentant directement un prix ou bien des produits, mais cette fois-ci le commerçant me dit simplement : « je te sens perdu, tu tournes autour, tu sais pas quoi faire ». Mes allées et venues n’étaient donc véritablement pas passées inaperçues pour un habitué des lieux. L’ironie de la situation était telle qu’effectivement je n’avais pas de réel but dans ma progression, si ce n’était l’observation. Ma posture de passante devait donc indéniablement dégager de la peine à définir l’espace et à s’y repérer. Ceci accentue également la pensée qu’aux yeux des vendeurs, je ne fais pas partie de la clientèle habituelle des lieux. Profitant de cette rencontre arrivée à point nommé, je m’arrêtai pour échanger avec le commerçant. En cet instant, l’homme qui m’a interpellé ne correspondait pas à l’image typique du vendeur itinérant rencontré précédemment. Il avait bien ses produits à portée de main dans un sac noir, arboré comme uniforme de l’endroit, mais sans pour autant me les proposer à l’achat. Il était davantage la figure d’un initié, d’un membre interne à la structure de Clignancourt qui me proposait de me conseiller et de m’orienter. Quand on est « perdu », au sens de ne pas avoir de repères visuels ou instinctifs, c’est par l’échange que l’espace se recréait, se redéfinit et réapparaît pour nous guider. L’espace semble donc bel et bien se définir par les interactions qui s’y trouvent. J’ai été chanceuse de trouver un vendeur qui naturellement me proposa son aide dans justement ma quête d’observation et de définition du lieu. En acceptant son aide, il me raconta alors sa connaissance de l’endroit qu’il avait établie lors de nombreuses années d’expérience ici. Alors que nous progressions à nouveau au sein de l’allée, il me conta son histoire, de son stand dont il avait dû se séparer, faute de moyens, et que désormais il se retrouvait à vendre directement dans l’allée du marché. Il me parla également de son activité quotidienne ici, qu’il venait tous les jours pour vendre et que c’était grâce aux heures passées dans les allées qu’il avait développé une connaissance assez fine de l’endroit. Pouvoir converser avec lui m’a ainsi permis d’intégrer une nouvelle vision autre que la mienne, un nouveau point de vue autour des échanges marchands : celui d’un vendeur expérimenté qui connaissait bien les lieux. Une nouvelle fois, l’appréhension de l’espace n’est sensiblement pas la même. Pour ce commerçant, les allées sont comme un réseau de codes et de règles implicites, c’est comme cela qu’il occupe l’espace, il en connait chaque recoin. Comme l’explique Michel de Certeau, à nouveau dans son écrit L’Invention du quotidien, : « la lecture est l’espace produit par la pratique du lieu que constitue un système de signes, un écrit » (p.226). Cela signifie qu’au-delà de la délimitation de l’espace, c’est la pratique du marché qui lui donne le sens d’aire marchande. C’est donc par l’usage, par la coutume et l’habitude que se construisent les lois qui structurent l’ensemble du marché. Il m’était difficile de « lire » le lieu au sens de Certeau car je ne comprenais pas son système de signes, d’interprétation. En revanche, le vendeur qui m’a accompagné possédait précisément cette capacité de lecture : il connaissait la manière dont se positionnait les vendeurs, les points du marché où la clientèle ralentissait dans les allées, ou encore les gestes de négociations informelles utilisés. Ce fut donc particulièrement enrichissant de découvrir tous ces signes discrets qui rendent l’endroit si unique. À la fin de cette visite guidée, il me proposa de quitter le marché de Clignancourt pour me diriger vers les puces de Saint-Ouen : « va voir les magasins plus loin, il y aura plus de qualité qu’ici ». C’est un conseil que je mettrai à profit quelques jours plus tard.
Qui fait marché ?
Lors de ma seconde visite, qui fut dans le courant de la matinée d’un mardi, le marché n’était pas encore installé. Alors que nous étions venus pour poursuivre nos observations avec mes camarades, nous arrivons tous au constat suivant : « il n’y a pas de marché », « le marché n’est pas là ».

Mais alors que faut-il observer ? Cela peut paraitre contre-intuitif pour nos observations, mais comme nous l’avons vu, ce n’est pas le tracé, la délimitation urbaine qui fait l’espace, ce sont davantage les échanges et interactions qui s’y trouvent qui le bâtissent. Ainsi, même si l’instance physique du marché n’est pas présente, l’activité commerciale ne cesse pas pour autant. Je décide alors tout de même de me rendre du côté des puces de Saint-Ouen. Ayant en mémoire ma précédente rencontre avec le vendeur-guide, j’applique son conseil et pars découvrir un côté considéré comme plus attractif de l’espace marchand. En arrivant, je constate que les étalages ne sont pas encore installés, mais que les vendeurs quant à eux demeurent présents. À mon sens, c’est véritablement cela qui caractérise Clignancourt et désormais les puces de Saint-Ouen, leur capacité à faire marché davantage en tant que vendeurs que dans une dimension matérielle (stand, boutique, etc.). Ainsi, même si le marché ne s’est pas encore pleinement réveillé, l’activité commerciale n’attend pas. En m’aventurant davantage, je découvre que certains vendeurs, positionnés devant les boutiques endormies, proposent leur stock mais sans produits apparents. Pas d’étalages, pas de sacs transportant IPhones, AirPods, ou encore parfums Chanel, mais simplement un discours de vente. Pourquoi proposer à la vente des produits qui ne sont pas présentés physiquement ? Intriguée, je répondis à l’une des interpellations faites, en affirmant que je cherchais une paire de baskets spécifique. C’est alors que le vendeur me proposa son téléphone et m’invita à explorer dans sa galerie de photos pour trouver la paire que je souhaitais : il possédait toute sa marchandise en photos pour pouvoir les montrer aux clients intéressés pour ensuite aller la chercher dans les stocks. Voilà comment le marché pouvait fonctionner quand bien même les stands et boutiques n’étaient pas installés. Certes, l’activité reste moindre que lorsque tout est en place, comme cela a pu être le cas lors de ma première visite, mais le marché ne cesse pas pour autant d’exister. Si l’on reprend la définition du « marché » utilisée au début de cet article, celle-ci semble désormais quelque peu simpliste. Au-delà de l’idée de « lieu public », c’est un lieu qui se crée, se construit, sans pour autant être clairement défini. C’est en cela que réside toute la complexité du marché de Clignancourt et de ses environs.
Retours d’expériences
Mes visites à Clignancourt m’ont été d’une grande richesse. Il a été très intéressant de se rendre dans un espace et d’en restituer ses impressions et pensées. Cependant, je souhaite malgré tout montrer les limites que peut constituer mon propos. Dans un premier temps, mes observations se placent dans un cadre temporel quelque peu restreint, avec un laps de temps relativement moindre lors de mes visites. Ainsi, je n’ai pu observer que très peu de variations ou d’évolutions de l’espace. Avec un temps de recherche plus conséquent, mes observations auraient pu être davantage profondes et réflexives.
De plus, j’ai choisi de prendre comme axe d’observation ma propre expérience en tant que femme étudiante, aucun peu de connaissance au sujet de Clignancourt. Or, même si j’ai essayé d’aborder un avis des plus neutres possible, mon regard est indéniablement situé, que cela soit par mon histoire personnelle, par mes savoirs, mes idées reçues, etc. L’impartialité est une composante essentielle pour un article d’observation, mais il me semble également honnête d’admettre que celui-ci peut être orienté indépendamment de notre volonté. Mon expérience n’en demeure pour le moins légitime mais demande à être clairement identifiée comme telle.
Enfin, de façon synthétique, mes observations ne sont qu’une vision non exhaustive du marché de Clignancourt. Mon choix d’étude, de suivre le tracé initial de l’espace, m’a offert une perspective inédite mais m’a également ôté l’expérience d’autres aspects. J’ai ainsi été moins sensible à d’autres composantes du marché car celles-ci ne constituaient pas mon axe principal d’analyse. Cet article aspire donc à être lu et appréhendé tel qu’il est, à savoir l’analyse rétrospective d’une étudiante qui découvrait le marché de Clignancourt et qui a cherché à se le représenter.
Bien que l’entreprise ait pu paraître intimidante, j’ai beaucoup aimé l’exercice de restitution de mon expérience au marché de Clignancourt. L’observation était sans aucun doute la partie la plus complexe : que faut-il observer lorsque nous ne possédons aucune connaissance préalable de l’endroit ? Il s’agit d’une activité assez déstabilisante. Mais c’est grâce à cette pensée que j’ai pu construire mon propos et orienter mes observations. En acceptant ma posture d’étudiante femme qui venait pour la première fois, je me suis créé un chemin dans le marché, rencontré certains vendeurs et accédé à un point de vue unique. Voilà mon expérience au marché de Clignancourt, temple parisien de la contre-façon.
Pauline Le Pierres


























































