Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

L’art scriptural : Un moyen d’archivage funéraire

Le cimetière du Père Lachaise est situé dans le XXe arrondissement de Paris, en France. Il a été ouvert en 1804 et est considéré comme l’un des plus célèbres cimetières du monde, notamment en raison des nombreuses personnalités enterrées sur ses terres. Chaque année, le Père Lachaise est visité par 3,5 millions de personnes et s’étend sur plus de 43 hectares ce qui correspond à 80 terrains de football et 280 km de chemins, avec une estimation de 75 000 tombes soit 1,5 million de inhumer. Il est également considéré comme un lieu historique et artistique, de ce fait, il attire des visiteurs pour leur valeur culturelle ou architecturale. 

Le Cimetière du Père Lachaise vu de haut photo prise par kamelia le 25 octobre 2022, à Paris.

Quand le cimetière fut créé comme dit précédemment en 1804, les Parisiens ne voulaient pas être enterrés là-bas car la nécropole se trouvait trop loin de la ville.  Le préfet de Paris a alors décidé d’amener les sépultures de Molière et Jean de la Fontaine au père Lachaise, deux figures emblématiques du XVII qui sont mortes 200 ans avant la construction de ce lieu. Afin que les Parisiens soient davantage incités à se faire enterrer là-bas à leur mort. 

Il existe de nombreuses formes d’art qui sont utilisées dans cette nécropole, notamment les sculptures funéraires, les stèles et les pierres tombales. Les sculptures peuvent être réalisées dans différents matériaux, comme la pierre, le bronze, le marbre et même le verre. Elles peuvent représenter des personnages célèbres enterrés dans le cimetière, des scènes religieuses ou des symboles comme des anges, des croix ou des colombes. Et peuvent être utilisées pour rendre hommage aux personnes enterrées sur le site, pour donner une touche artistique au cimetière ou pour offrir du réconfort aux visiteurs. Certaines sculptures peuvent également avoir une valeur historique ou culturelle, en raison de la personne qu’elles représentent, du sculpteur qui les a réalisées ou du culte voué à la sculpture. De ce fait, cela nous amène à nous demander si les sculptures funéraires de personnages connus aident au maintien de la mémoire. 

Les sculptures témoins de la mémoire des défunts…  

 

Parmi les allées sillonnant le cimetière, il est courant de trouver des sculptures, en particulier sur les pierres tombales et les monuments funéraires. Ces sculptures peuvent être utilisées pour honorer la mémoire des défunts en représentant des symboles ou des motifs significatifs pour eux, tels que des fleurs, des animaux, des instruments de musique, des armoiries, etc. Comme la fait le sculpteur Auguste Préault pour H.Balzac qui était un écrivain français célèbre pour ses romans et ses nouvelles, notamment La Comédie humaine, une série de plus de 90 œuvres qui explore les différentes strates de la société française du 19ème siècle. Sa tombe est ornée d’une statue en bronze représentant Balzac en train d’écrire, surmontée d’un buste en marbre de l’écrivain. La tombe de Balzac est l’une des plus visitées du cimetière du Père-Lachaise, et est considérée comme un lieu de pèlerinage pour les fans de l’écrivain et les amateurs de littérature.  

Tombe Honoré de Balzac

Les sculptures peuvent également être utilisées pour raconter des histoires, des événements importants dans la vie des défunts, ou pour exprimer des émotions telles que la tristesse, le regret ou la reconnaissance. Elles sont conçues pour aider les personnes à se souvenir et à honorer la mémoire des défunts de manière tangible et visuelle. Comme le montre bien le gisant de Fernand Louis Arbelot qui fut directeur de la Banque continental de Paris de son vivant. Peu avant sa mort, et pour prouver son amour passionnel pour son épouse, il décide d’organiser sa dernière demeure de sorte qu’il puisse admirer le visage de sa femme pour l’éternité. Malheureusement le sculpteur termine le gisant après sa mort et c’est son épouse qui concrétise son idée pour qu’ils soient unis et continus de vivre leur histoire d’amour dans l’au-delà. Aujourd’hui, il repose avec son épouse sous une émouvante statue en bronze, œuvre du célèbre sculpteur Adolphe Wansart.

Gisant de Fernand Arbelot photographie prise par Kamelia le 25 octobre 2022 à Paris

Entre superstitions et légendes.. 

 

Tandis que certaines personnes considèrent les cimetières comme des lieux de repos paisibles pour les personnes décédées, d’autres préfèrent croire en des légendes fantastiques qui pourraient améliorer leur quotidien sur la chance, le bonheur, l’amour ou encore la fertilité. De ce fait, plusieurs monuments funéraires laissent place à l’imagination comme celui du journaliste Yvan Salmon, dit Victor Noir, un journaliste d’opposition tué après une altercation avec le cousin de Napoleon III. À l’origine il est réputé car il devient le symbole d’un culte politique de la répression de l’Empire face à la lutte pour la liberté. Mais grâce au sculpteur républicain Jules Dalou qui édifie en sa mémoire, un gisant de bronze allant jusqu’à graver le moindre détail comme sa veste plier ou encore la balle qu’il a reçue sur sa poitrine avant sa mort. Aujourd’hui c’est l’une des plus visités du cimetière parisien,  son tombeau acquiert progressivement des connotations et des vertus érotiques: la légende veut qu’en frottant le gisant, surtout à l’endroit du sexe, on recouvre fécondité ou virilité. Par conséquent, à force que les visiteurs placent leurs mains sur ces parties génitales cela laisse place à la couleur cuivrée et ce, depuis son inauguration jusqu’à nos jours. Ainsi, un culte sexuel se substitue définitivement au culte politique à partir des années soixante.

Photographie Gisant de Victor Noir

Il y a aussi le tombeau d’Allan Kardec, de son vrai nom Hippolyte Léon Denizard Rivail, qui détient la sépulture la plus fleurie du lieu, et qui est le fondateur de la philosophie spirite la croyance en la réincarnation. Son œuvre influence aujourd’hui la culture et la vie publique brésilienne. Sa tombe est très impressionnante et est conçue à la façon d’un grand dolmen de granite. D’après les pèlerins, le défunt aurait prononcé cette phrase : « après ma mort, si vous passez me voir, posez la main sur la nuque de la statue qui surplombe ma tombe, puis faîtes un vœu. Si vous êtes exaucés, revenez avec des fleurs. » Cependant, il semblerait que cette phrase soit fausse et que le rituel créé en son nom ait été inventé d’après une fausse citation. Néanmoins, malgré que le grand public soit conscient de cette rumeur, l’engouement reste toujours le même et il est remarquable. Mais Allan Kardec, homme de science, n’aurait probablement pas approuvé cette pratique relevant de la superstition.

Photographie de Allan Kardec

Maintiens la mémoire du cimetière: un devoir collectif

 

La mémoire du Père Lachaise est préservée grâce aux efforts de ceux qui s’engagent grâce à des associations de bénévoles,  a collecté des fonds pour entretenir les tombes des célébrités enterrées là, tandis que d’autres organisent des expositions et des conférences pour en faire connaître l’histoire. Les légendes sur les tombes peuvent varier en fonction de la culture et de la région, mais elles ont souvent pour but de rendre hommage aux personnes qui y sont enterrées comme Oscar Wilde qui était un écrivain, poète et dramaturge irlandais du XIXe siècle. Il est surtout connu pour ses pièces de théâtre, comme “Le Portrait de Dorian Gray” et “L’importance d’être Constant,” mais aussi pour son homosexualité, qui lui a valu d’être emprisonné en 1895, et avait subi un traitement inhumain en prison, ce qui a probablement contribué à l’aggravation de sa santé ce qui a été la cause de sa fin de vie tragique. Il a été inhumé après sa mort en 1900, au Père Lachaise à Paris. Son tombeau est orné par une statue en marbre d’un sphinx en haut d’une colonne, avec des ailes déployées et un visage exprimant la joie.  Réalisée par Jacob Epstein, elle a été installée sur la tombe de Wilde en 1912. Son histoire est un peu particulière car du fait de son homosexualité les parties génitales du sphinx étaient jugées un peu trop proéminent auraient été cassées par une anglaise en 1961.  Par la suite, il est né une tradition, celle de mettre du rouge à lèvres et d’embrasser la tombe d’Oscar Wilde ce qui supposerait attirer la chance en amour. Le problème c’est que cela a détérioré la tombe, de ce fait pour protéger la sculpture la maintenance du cimetière à fait installer des plaques de plexiglas. Elle est considérée comme une œuvre d’art importante et fait partie des tombes les plus visitées du cimetière. 

Photographie du sphinx du tombeau de Oscar Wilde

La mémoire est un élément important de la vie du cimetière. Les tombes, les plaques commémoratives et les jardins de souvenir sont autant de manières de se souvenir des personnes décédées et de perpétuer leur mémoire. Cette nécropole est également considérée comme un lieu historique, où l’on peut découvrir l’histoire des personnes enterrées là et de la région dans laquelle ils vivaient. Ils sont ainsi des témoins de l’histoire et de la culture d’une région, et contribuent à la mémoire collective.

 

En résumé, le cimetière du Père Lachaise est un lieu de mémoire important pour les habitants de Paris et les visiteurs du monde entier. L’administration du cimetière s’efforce de maintenir la mémoire des personnes enterrées sur le site en enterrent les tombes et en organisant régulièrement des cérémonies et des événements pour les honorer. Les tombes et les monuments funéraires qui se trouvent dans les cimetières servent souvent de rappel permanent de la vie et des réalisations des personnes qui y sont enterrées. De cette manière, les cimetières peuvent aider à préserver la mémoire des personnes décédées et à maintenir leur présence dans la vie des personnes qui leur sont restées. 

En outre, le cimetière du Père Lachaise peut également être un lieu de mémoire collective, où les gens peuvent se rassembler pour se souvenir de personnes, d’événements importants de l’histoire, ou pour partager des légendes inventées ou non par le grand public. De par mon expérience j’ai pu remarquer que l’art scriptural mettait en valeur des personnages qui deviennent connus grâce à l’histoire que leur tombeau véhicule ce qui permet de ne jamais les oublier, ni d’oublier ce qu’ils ont fait de leurs vivants. Ce qui est intéressant de remarquer au Père Lachaise c’est que le design des tombes évolue, par conséquent, toutes les tombes datent de différentes époques on a un art funéraire contemporain qui s’adapte à son époque.  Ce qui lui vaut chaque année, des milliers de personnes visitent le cimetière pour se recueillir sur les tombes de leurs proches ou de leurs idoles. Le cimetière est également un lieu de promenade et de détente pour les habitants de la ville, qui peuvent y admirer la végétation luxuriante et les nombreuses sculptures et œuvres d’art qui y sont exposées. Néanmoins les cimetières doivent-ils être eux-mêmes conserver par la nouvelle technologie avec la photographie, par exemple, les tombes et leurs architectures artistiques pour transmettre la mémoire des sculptures qui avec le temps n’existeront peut-être plus. 












Paris et ses datacenters : machines modernes au cœur de la ville millénaire

La première fois que l’idée de mon compte-rendu a commencé à prendre forme c’était le 15 octobre, jour du séminaire en cours. Avant de commencer à étudier les data centers, j’avais une idée vague de ce qu’ils étaient : de grandes structures perdues dans les périphéries des villes, à l’abri des regards et des dangers, déguisées en entrepôts. Et bien qu’en étudiant les centres de données de la Plaine Commune cette idée ait été confirmée, j’ai été frappé par le nombre de data centers situés en plein coeur de Paris (11 à Paris intra-muros selon france-datacenter.fr).

Passionné par cette ville depuis mon adolescence au Mexique, j’ai appris avec le temps que Paris était bien singulière par rapport aux autres villes du monde : sa densité et son architecture ancienne lui donnaient bien sûr sa célébrité et sa skyline légendaire, mais elles lui fermaient aussi les portes de la modernité et des grandes structures qui demandent, bien entendu, de l’espace.

Le jour du séminaire, en discutant entre camarades, j’ai commencé à penser à ma propre vie dans cette ville ; il y a tellement de moments où, en regardant autour de moi, en flânant dans des rues tracées il y a mille ans, la société numérique dans laquelle on vit semblerait être invisible. Bien sûr, les gens sont sur leurs portables, les écrans nous entourent de plus en plus, mais par l’architecture et les l’urbanisme de la ville il semblerait difficile de dire que tout un monde de données vit derrière.

 

En apprenant donc qu’à Paris il y avait plusieurs data centers, je me suis dit que mes observations auraient lieu dans la ville pour tenter de comprendre non seulement les différentes manières dont ces structures se rendent visibles dans le dense paysage parisien, mais aussi pour analyser le rôle qu’ils jouent dans leurs quartiers d’implantation. Ce qui suit, c’est la narration précise des mes observations du 9 novembre et du 9 décembre 2021 dans le 2e, 8e et 17e arrondissements de Paris. 

 

Paris 2ème : le quartier du Sentier, toute une vie numérique

Le 9 novembre, en groupe, notre classe fit la première visite sur place des data centers parisiens. Dans le quartier du Sentier, à 9h30 du matin, la rue était très animée. Ce jour-là, le sujet de mon compte-rendu n’étant pas très défini, je ne savais pas ce que je voulais observer exactement. Je me laissai donc guider par le groupe, en espérant être supris. 

En quittant le métro Bonne Nouvelle et les grands boulevards, on entra dans les rues sinueuses et étroites du 2ème arrondissement de Paris. Après une dizaine de minutes de marche, on arriva au 38 rue des Jeûneurs où, selon le site france-datacenter.fr, se trouvait un data center. La rue était à l’abri de l’agitation des grands boulevards, et il n’y avait qu’une poignée de passants. L’une de nos camarades, en s’arrêtant, nous dit qu’on y était. Nous nous retrouvions devant un immeuble bien parisien, avec sa pierre de taille, même auteur que les autres, mais ce qui m’a surpris c’étaient ses grandes fenêtres et des portes grandes ouvertes. 

À ce moment-là, je me suis demandé si l’adresse qui était indiquée était la correcte. Pourquoi les portes d’un lieu qui se voudrait sécurisé (selon nos connaissances en cours) seraient ouvertes de cette manière ? Nous sommes donc entrés dans une cour d’immeuble vide, à l’exception d’une ou deux personnes qui faisaient le ménage à l’intérieur du bâtiment. 

Dans la cour, les différents étages du bâtiment étaient marqués, comme sur la façade, par de grandes fenêtres. À l’apparence, rien ne semblait indiquer qu’il y avait un centre de données à l’intérieur de ce bâtiment. En interrogeant la femme de ménage à l’intérieur de l’immeuble, elle nous dit qu’elle ne savait pas de quoi on parlait. 

En regardant les différents étages indiqués sur l’ascenseur, même chose : à part des noms de bureaux et un Starbucks, pas de data center.

On prit les escaliers et ce n’est qu’en arrivant au troisième étage qu’on trouva enfin ce qu’on cherchait : Telehouse. Les fenêtres de l’immeuble, comme le montre la photo ci-dessous, nous montrèrent l’évident. Là où il y avait un data center, impossible de regarder à travers.

 

Image de la cour intérieure de l’immeuble 38 rue des Jeûneurs, prise depuis le 3ème étage

 

Je fus surpris par un paradoxe auquel je ne m’y attendais pas. Je pensais que les data centers à Paris auraient la porte fermée, mais celui-ci nous accueillit d’une manière inattendue. Non seulement nous réussîmes à entrer dans l’immeuble, mais le technicien du data center nous accorda aussi quelques minutes d’entretien, où il nous parla de son rôle là-dedans et de la relative ancienneté du lieu (premier centre Telehouse à Paris ouvert en 1996).

L’invisibilité de ce data center fut donc pensée de manière subtile, en se plaçant en hauteur (3e et 4e étages) et en déguisant ses fenêtres (voir la photo ci-dessus). 

Je me suis donc demandé, en sortant du lieu, après 45 minutes d’observation, quel rôle pouvait jouer un data center dans ce quartier si dense de Paris. Je pense que tout simplement que la proximité serait son facteur d’attractivité principal, chose que le site web de Telehouse France confirme plus ou moins, en se vantant de ses « localisations stratégiques ». 

 

Paris 8ème : rue du Faubourg Saint-Honoré, des données qui frôlent le pouvoir

Mes deux dernières observations eurent lieu un mois plus tard, le jeudi 9 décembre. Au moment de voir la carte des data centers à Paris, celui qui m’avait interpellé le plus c’était celui du 68 rue du Faubourg Saint-Honoré. Comment un data canter pouvait-il exister à deux pas du palais présidentiel, de l’Élysée ? 

Le 9 décembre, je me levai donc avec plein de doutes : pourrai-je observer quelque chose ? L’accès à l’immeuble sera-t-il possible ? Quels clients pourraient bénéficier d’un tel emplacement ? J’avais aussi légèrement peur de faire des observations dans ce quartier de la Madeleine, synonyme de pouvoir. 

Dans la ligne 1 du métro, station Concorde, il n’y avait pas beaucoup de gens à 13h de l’après-midi. En sortant, je vis surtout des touristes aux regards curieux qui ne cessaient de s’arrêter devant les monuments. Je voulus d’abord faire un tour du quartier pour comprendre son écosystème, ses commerces et raisons d’être. Je pris donc la rue de Rivoli, puis à gauche, rue de Castiglione, pour monter vers la place Vendôme. Sans surprise, j’observai les grands hôtels et boutiques de luxe qui s’enchaînaient. 

En arrivant place Vendôme je fis le tour de joailleries, du Ministère de la Justice, puis notai les différentes entreprises situées aux quatre coins de la place royale.

Photo de la liste des entreprises et organismes logés à l’Hôtel d’Evreux, 19 place Vendôme (75008)

Ci-dessus, je prends en photo les noms des entreprises et bureaux installés dans l’un des somptueux hôtels particuliers de la place.

En comprenant que de nombreuses grandes marques de luxe (Valentino, Dior, Schiaparelli, etc.) et de bureaux d’avocats s’étaient installés dans le quartier, je me dis que le data center rue du Faubourg Saint-Honoré leur serait utile grâce à sa localisation toute proche. 

Je pris ensuite le tracé médiéval de la rue Saint-Honoré, au nord de la place, pour marcher vers l’ouest, en direction du data center. La rue sinueuse me présenta des centaines de boutiques de luxe et de joaillerie qui s’enchaînaient l’une après l’autre, leur renom devenant majeur le plus je m’avançais. Par moments, des portes se trouvaient ouvertes pour présenter une liste d’entreprises et de bureaux dans leurs bâtiments respectifs, comme photographié ci-dessous :

Photo prise de l’interphone d’un immeuble situé rue Saint-Honoré (75008). À noter : les bureaux de Dior, Valentino, et plusieurs bureaux d’avocats.

Je continuai, émerveillé par la beauté de la rue et par le nombre impressionnant de passants, touristes bien habillés et véhicules, puis traversai la rue Royale pour arriver enfin rue du Faubourg Saint-Honoré. 

Continuation de la rue où je me trouvais, je ne fus pas surpris par ce qu’elle me proposait : boutiques de luxe, grandes marques de mode. Je notai cependant un nombre moindre de gens sur la rue, comme si j’entrais véritablement dans le faubourg d’une ville. Il y avait encore beaucoup de boutiques, certes, mais elles devenaient de plus en plus exclusives (Hermès, Roger Vivier, Cartier, Saint-Laurent, etc…) et leurs portes étaient gardées. 

Après une pause déjeuner rue de Surène, juste à côté, j’allai enfin vers le data center, à deux pas. Je vis l’ambassade d’Ouzbékistan en descendant la rue d’Aguesseau, puis arrivai rue du Faubourg Saint-Honoré devant la résidence de l’ambassadeur américain : j’étais certainement à côté du pouvoir. 

En regardant à droite, il n’y avait plus de véhicules : je vis l’Élysée. Je marchai vers le numéro 68, et décidai d’y entrer. Comme le data center rue des Jeûneurs, les portes automatiques s’ouvrirent. À ma surprise, et contrairement au premier data center, celui-ci (Claranet) était indiqué, aux côtés des autres noms logés à l’adresse, dès l’entrée du bâtiment (voir photo ci-dessous).

Je m’avançai le long d’un couloir moderne, immaculé, et arrivai à l’accueil. Devant moi, un immense jardin intérieur était entouré d’immeubles. J’expliquai à une jeune femme qui j’étais, pourquoi je venais, et lui demandai si elle connaissait l’existence du data center dans l’immeuble. Elle me dit que non, qu’elle ne savait pas car elle avait récemment commencé à travailler à cette adresse. En me dit ensuite que si je souhaitais entrer il fallait que je prenne rendez-vous. 

J’aurais bien aimé lui poser plus de questions, l’interroger sur d’éventuelles nuisances sonores (en sachant que c’est l’une des particularités des data centers), mais dans le stress du moment je sortis dans la rue et restai devant l’immeuble. 

Après une recherche rapide sur le site de Claranet, je vis, comme pour le premier data center, l’idée de « Cloud de proximité ». J’appris aussi que Claranet avait des partenariats avec des géants du stockage, comme Google Cloud, Amazon Web Services et Microsoft.

 

Ma conclusion de ce centre de données, si proche du pouvoir, de grandes entreprises et de milliers de bureaux, fut qu’il avait été installé rue du Faubourg Saint-Honoré pour des questions (comme le premier) de proximité. En ayant des liens avec les géants du stockage, ce ne serait pas surprenant d’apprendre que les grandes entreprises parisiennes et marques de luxe du quartier, profitant d’une grande couverture médiatique, chercheraient à stocker leurs données au coeur de la ville. Bien que je sois resté avec l’envie d’entrer dans l’immeuble et de tenter d’observer plus d’indices visuelles de son existence, je reste intrigué par la présence du nom à l’entrée du lieu et par l’ignorance de l’accueil, comme si j’avais eu devant moi un grand paradoxe du visible et de l’invisible, du dit et de l’inconnu. 

Photo prise de la rue du Faubourg Saint-Honoré le 9 décembre 2021 à 14h25
Entrée de l’immeuble moderne du 68 rue du Faubourg Saint-Honoré

 

Paris 17ème : le data center (presque) invisible de la rue de la Condamine

Ma dernière visite eut lieu le même jour, quelques heures plus tard, dans le quartier des Batignolles du 17ème arrondissement. 

Je pris le métro à Pyramides, avenue de l’Opéra, puis arrivai à Pont Cardinet vers 15h. Après quelques minutes de marche, je compris que je n’étais plus dans même quartier ; il n’y avait plus de boutiques de luxe ni de ministères, mais un nombre impressionnant de commerces, services, cafés, restaurants… Les Batignolles sont un quartier différent, et à 15h ce jeudi il était très animé. Son architecture, comme partout dans Paris, est assez dense. Mais celle du quartier est un peu plus basse, vestige du village qu’il était il y a quelques siècles. 

Après avoir pris la rue Boursault, je montai par la rue de la Condamine, où se trouve le data center. Je remarquai que dans la rue il n’y avait pas trop de passants, mais qu’elle était un lieu de passage de véhicules, assez bruyante. 

Photo prise de la rue de la Condamine (75017) le 9 décembre à 15h23

En arrivant devant l’immeuble je fus impressionné par son aspect vétuste. Tout semblait indiquer que l’immeuble était abandonné : porte principale condamnée (voir photo ci-dessous), fenêtres du rez-de-chaussé opaques… Bref, j’allai sur le trottoir d’en face pour regarder les fenêtres des autres étages, mais l’immeuble semblait complètement vide. 

Porte couverte/condamnée du data center de la rue de la Condamine
Sonnette du data center rue de la Condamine, avec sa caméra de surveillance et le nom du centre de données

J’approchai donc une porte de garage, à gauche de l’immeuble, et trouvai une toute petite sonnette accompagnée d’une caméra de surveillance avec « Global SP » marqué juste au-dessus. En vérifiant sur le site des data centers, je confirmai qu’il s’appelait ainsi. 

Je sonnai et la porte s’ouvrit quelques secondes après. J’étais dans une grande réception, aux plafonds hauts et à l’aspect aussi vétuste, mais avec un acceuil à ma gauche et plusieurs d’affiches informatives. J’approchai d’une dame blonde, dans la trentaine, et lui expliquai que j’étais étudiant et que je voulais juste avoir quelques informations concernant le data center. 

Avant de lui demander quoi que ce soit, elle me dit qu’elle ne pouvait pas me répondre, et que si j’avais besoin d’informations je devais tout simplement aller sur le site web. Plus précisément, elle me dit qu’elle n’avait « aucune information à ce sujet ». En face de l’immeuble, une jeune dame rangeait des outils dans un atelier do it yourself. En lui demandant si elle savait qu’un data center se trouvait juste en face, elle répondit affirmativement, puis me dit qu’elle discutait souvent avec les techniciens et femmes de ménage du centre. Après lui avoir demandé si elles percevait des nuisances sonores, elle me dit que ça faisait une quinzaine d’années qu’elle était là et n’entendait rien, puis m’indiqua le haut de l’immeuble avec son doigt, en disant que je devrais surtout interroger les voisins. 

Je vis là-haut le seul indice clair de l’existence du centre : des jalousies baissées au dernier étage, comme si les machines étaient installés en haut de l’immeuble, à l’image du premier data center observé. 

Jalousies baissées au dernier étage de l’immeuble rue de la Condamine

Je n’eus plus de réponses, mais restai devant cet immeuble du 19ème siècle, vieux, à l’esprit abandonnée. Je pensai à la façon dont ce data center, à différence des autres, s’était approprié tout un immeuble, tout une structure dans un quartier résidentiel. En cherchant sur le site web, j’appris la même chose que pour les deux autres : le data center proposait, avant tout, la proximité. 

 

Pour conclure, les trois observations faites le 9 novembre et le 9 décembre m’ont montré des visages différents de la manière dont les data centers s’intègrent dans le paysage parisien. 

Dans la dense capitale mondiale qu’est Paris, il est intéressant de comprendre les manières dont ces nouvelles machines, miroirs de la société numérique dans laquelle on vit, prennent place, s’installent, se montrent ou se cachent. Je postule que les data centers parisiens sont installés dans au coeur de la ville pour des raisons de proximité avec les nombreuses entreprises ou organismes présents, mais il est certain qu’il y a plein d’autres raisons à explorer.  

J’aurais bien aimé comprendre, lors de mes recherches, qui étaient exactement les clients de ces centres de données parisiens. Cela m’aurait donnée une vision plus claire des choses, et du choix de leur emplacement. J’aurais aussi aimé passer plus de temps dans leurs quartiers respectifs, observer les entrées et sorties des gens dans les immeubles, et acquérir une vision globale de l’écosystème dans lequel ces machines s’insèrent. 

Je resterai, grâce à cet exercice, plus attentif aux choses qui m’entourent, et aux signes clairs des transformations numériques et sociales qui révolutionnent notre monde. Pour l’instant, il reste encore beaucoup de mystère, mais n’a-t-on pas le pouvoir de déchiffrer nos villes ?