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Les Sims freeplay, la construction d’une ville prospère : Le reflet complexe de la société occidentale dans l’univers virtuel

 

"les sims inspirés accomplissent plus rapidement les taches et sont susceptible de gagner plus de simflouz/XP"

Le jeu Les Sims FreePlay, héritier d’une franchise de jeux vidéo issue de l’imagination de Will Wright et développée par Maxis, s’est inscrit comme une simulation de vie captivante depuis sa première apparition en 2000. Adaptée aux plateformes mobiles par EA Games et Firemint, cette expérience ludique offre aux joueurs une immersion dans la construction et la gestion de vies virtuelles au sein d’une société simulée « simville ». Au-delà du divertissement, Les Sims FreePlay soulève des questions profondes sur la réalité virtuelle, le capitalisme simulé et les frontières de l’imagination, révélant ainsi un miroir complexe de la société occidentale. 

Avant d’explorer les ramifications sociétales du jeu, plongeons dans les mécanismes plus ou moins complexes qui définissent les Sims FreePlay. Ce jeu, qui offre une apparente liberté dans la création d’avatars personnalisés et dans la construction de villes idéales, impose néanmoins des contraintes structurelles. Après un téléchargement préalable, le joueur accède aux premières étapes de la construction de sa ville idéale. Avec une alliance pour le moins paradoxale entre la liberté de choix de l’utilisateur en ce qui concerne l’apparence de son personnage et en même temps des bornes techniques et visuelles, à la construction et organisation de sa ville. En effet, une fois l’avatar choisi et créer; mais dans le cas des sims il parait plus approprié d’utiliser le terme de personnage; l’utilisateur a la possibilité de lui conférer une véritable identité, en choisissant son patronyme, ses caractéristiques et sa personnalité, qui transparaissent tous dans l’apparence physique. Dès lors le premier personnage peut être excentrique en arborant des tenues pour le moins particulières, ou bien neutres. Puis, à l’aide d’un tutoriel guidant les premiers moments dans le jeu, le joueur débute son aventure dans les sims, on lui indique quand bâtir une nouvelle maison, ou un nouvel édifice.

arrivée du personnage dans le jeu

Pour autant, j’ai pu observer certaines récurrences dans les premiers moments de jeu, par exemple certains édifices doivent être construits à un moment bien précis. Des lieux clés sont introduits de manière préétablie, soulevant des questions sur la véritable liberté de choix du joueur.  Le parc est l’une des premières constructions presque « imposée » au joueur, à un moment bien précis de son aventure, le jeu lui indique « le parc est disponible et prêt à être construit ». D’abord, on construit une première maison, assez modeste avec un seul personnage, puis on accède progressivement à des lieux caractéristiques d’une ville ; tel que la mairie, le lycée, la caserne de pompier et ainsi de suite. À chaque lieu construit s’accompagne un nouveau métier disponible que peuvent exercer un ou plusieurs sims.

Au départ, les tâches sont assez simples « envoyez un sims au parc pour son humeur » ou alors « faites regarder les informations à votre sims pour sa culture générale » et en évoluant dans le jeu, on acquiert de plus en plus de maîtrise et les tâches se compliquent. Par ailleurs, l’accomplissement de tâches génère toujours une forme de récompense; de l’argent par exemple avec les « Simflouz », ou bien des rémunérations moins directes telles que des PMV « point de mode de vie » qui permettent de passer des tâches ou d’accélérer certaines actions, notamment la construction d’un édifice pouvant aller de 2 heures à 24 heures. Enfin le passage d’un niveau à un autre se fait avec des « XP » que l’on obtient à chaque tâche accomplie au même titre que les Simflouz. 

 Les mécanismes des Sims comme reflet de la société occidentale

Au cœur du jeu réside le Simflouz, une monnaie virtuelle dont la valeur croissante est une métaphore subtile du capitalisme. La corrélation entre le niveau du joueur et la valeur de la ville virtuelle interroge sur les fondements du système économique mondial; puisqu’il s’agit tout bonnement du principe du « PIB » (1), qui généralement indique le niveau de développement d’un pays, plus le PIB sera important; par habitant ou non, plus le niveau de développement du pays est actée, par exemple pour les Etats-unis, notons que le chiffre d’affaire de certaines de leurs entreprises ou firmes telles que Target ou Apple, est supérieur au PIB de certains pays d’Afrique ou d’Asie, ce qui indique déjà le niveau de développement du pays. Dans ce jeu il semble que ce soit le même principe, plus nous évoluons en niveau, plus notre ville vaut de l’argent.  enfin, le jeu simplifie l’accès au monde virtuel, en éliminant les compétences techniques requises, et en facilitant la compréhension du fonctionnement.

L’emploi et la construction d’une vie occidentale idéalisée

Les Sims reproduisent les structures sociales occidentales, de la dépendance au travail pour financer un style de vie occidental idéalisé, à la hiérarchie des salaires et des loyers. Cependant, le jeu occulte certains aspects négatifs de la réalité, soulevant des interrogations sur l’impact de cette vision idéalisée sur la perception des joueurs. En effet, dans le jeu, nous percevons un loyer pour chaque maison que nous possédons, de même pour les autres édifices, qui, une fois construit nous rapporte de l’argent à une intervalle pouvant aller de 30 secondes à 24 heures. Dès lors, il est notable que tous les aspects négatifs de la vie réelle sont occultée, le jeu offre une vision relativement simpliste de la vie, avec des phrases telles que  « pas le temps de dormir ? Achetez une machine à café » ou alors le fait que les sims dits « inspiré » sont plus productifs. Par « inspirés » on entend ceux dont tous les besoins ont été remplis, ils peuvent donc gagner plus d’argent. 

L’immersion virtuelle dévoilée : regards croisés entre ‘Black Mirror Bandersnatch’ et Les Sims 

La série “Black Mirror” propose une vision dystopique de la réalité virtuelle, soulignant les dangers potentiels d’une immersion totale dans un monde virtuel. Dans l’une de ses dernières saison, intitulée « bandersnatch » nous suivons l’histoire d’un personnage qui rêve de devenir concepteur de jeux video, mais plus nous avançons dans le visionnage plus nous constatons que le rôle qui nous est attribué n’est pas seulement celui de spectateur, mais également celui de scénaristes. Ainsi à des moments clés de la série, des choix s’offrent à nous, « tuer » ou ne pas tuer, choisir telle ou telle marque de céréales, cela va de la plus insignifiante des décisions, à la plus importante, et tant que nous n’avons pas étudier tous les scénarios, nous sommes condamnés à vivre encore et encore les mêmes moments. Dès lors cette saison, montre un aspect bien effrayant du monde virtuel, celui dans lequel un être humain, un acteur devient un avatar pour des spectateurs, les rôles sont inversés, nous avons donc un humain qui se substitue à un avatar. C’est ce même aspect simpliste qui semble presque effrayant dans les sims, le joueur choisi telle ou telle action et la réalise en 20 min ou 1 heure, la seule différence étant l’absence de conséquences dans l’un. La comparaison avec Les Sims met en lumière la délicate frontière entre l’utopie et la dystopie dans les univers virtuels, car nous pouvons voir qu’il est bien facile de basculer dans ces aspects, à condition de porter un autre regard que le regard passif du joueur. J’ai joué à ce jeu durant toute mon enfance, et c’est dans le cadre de cet exercice que je me suis mise à réfléchir sur les sens et métaphores cachées du jeu, la majorité de ces éléments sont des choses que j’avais déjà constatée depuis bien longtemps, sans jamais m’interroger sur des potentiels sens cachés. En outre, Black Mirror: Bandersnatch et “Les Sims” offrent des perspectives distinctes sur les mondes virtuels tout en partageant des similitudes intrigantes. Dans “Bandersnatch”, la série explore la dystopie de la réalité virtuelle en soulignant les risques liés à une immersion totale, où les spectateurs deviennent non seulement des observateurs mais aussi des scénaristes. Les choix cruciaux présentés aux spectateurs, allant de décisions triviales à des dilemmes moraux, créent une expérience interactive unique.

Cette dynamique d’interaction et de choix rappelle étrangement l’expérience du joueur dans “Les Sims”. Dans le jeu, le joueur assume le rôle de créateur et de maître de la vie virtuelle, prenant des décisions qui influent sur le destin des avatars. Cependant, contrairement à “Bandersnatch”, les actions du joueur dans “Les Sims” ne portent généralement pas de conséquences graves, soulignant une différence essentielle. Les deux œuvres explorent la notion troublante où l’humain devient l’avatar, inversant les rôles traditionnels. Tandis que “Bandersnatch” plonge les spectateurs dans une spirale de choix menant à des répétitions cauchemardesques, “Les Sims” offre une version plus légère, mais tout aussi intrigante, où les actions du joueur façonnent la vie virtuelle sans conséquences graves.

“Les Sims” met en avant la capacité du joueur à façonner sa réalité virtuelle sans les lourdes répercussions explorées par la série. Il s’agit là d’une des caractéristiques propre au jeu, puisque comme nous avons pu le relever, il n’y a jamais de conséquences graves aux actions et choix, et toute action peut être annulée par une autre, si nous faisons le choix d’instaurer une relation d’hostilité entre deux sims, en les faisant « se battre » ou « s’insulter », nous pouvons annuler les effets de ces choix, avec d’autres choix tels que « se réconcilier » ou « devenir amis », rien n’est définitif dans les sims.

L’organisation politique

Bien que présente, l’organisation politique des Sims est simplifiée. Les choix politiques et la construction de l’identité virtuelle soulèvent des questions sur la représentation et la reproduction de la réalité dans le monde virtuel. En effet, la question politique n’est présente que de façon indirecte ou très discrète dans ce jeu, par des symboles notamment, nous pouvons construire une mairie, et nos sims peuvent y travailler; devenir politicien; mais c’est toujours de façon secondaire. J’entend par là que ce n’est pas ce qui est le plus mis en avant dans le jeu. En Outre, les sims peuvent travailler dans tous les édifices qui sont déjà construits, être pompier, danseur, athlète ou acteur; mais j’ai pu constater une certaine hiérarchie des métiers dans ce jeu, certains paraissent plus prestigieux que d’autre, puisque le joueur à la possibilité d’accompagner son personnage au travail, mais c’est uniquement disponible pour certains métiers, tels que acteurs, ou policier, tandis que pour d’autres métiers, cette caractéristique est occultée.

Les Sims : Construire le bonheur, la métaphore du Self-made man dans un univers virtuel

La métaphore du self-made man (2) dans le jeu Les Sims s’exprime de manière subtile à travers la gestion des besoins des sims. La barre de vie et la satisfaction des besoins deviennent des  indicateurs cruciaux du bonheur de l’avatar, soulignant ainsi un parallèle avec le concept du self-made man. Dans la quête du bonheur virtuel, les joueurs sont appelés à maintenir constamment l’équilibre entre des besoins variés tels que la faim, la propreté, la socialisation et la carrière, créant ainsi une métaphore de la gestion de sa propre vie. La satisfaction de ces besoins devient une condition préalable au bonheur de l’avatar, ce qui évoque la nécessité de l’autosuffisance et de la gestion personnelle, des qualités souvent associées au self-made man, à titre d’exemple, après une longue période d’absence du jeu, lorsque nous revenons, il y a deux possibilités, soit la barre de vie des sims sont extrêmement bas, et dès lors ils peuvent refuser de faire certaines taches par exemple aller au travail, ce qui peut s’apparenter à une forme de dépression du sims; soit dans le cas contraire, il y a une mise à jour automatique, et à notre retour les sims sont « inspirés » c’est-à-dire que tous les besoins de la barre de vie sont complets. Je n’ai pas encore eu la possibilité de découvrir comment cela se faisait. Par ailleurs dans le deuxième cas de figure, nous avons souvent une « récompense » financière qui s’apparente davantage à un « appât » puisque la phrase suivante « vous avez beaucoup manqué à vos sims, voici 100 simflouz pour leur remonter le moral », dès lors le jeu semble partir du principe qu’une compensation financière permet l’atteinte du bonheur des sims, cela pourrait également être un moyen d’inciter le joueur à rester plus longtemps dans le jeu. Dès lors, on serait tout simplement dans un jeu de capture de l’attention et du temps.

Par ailleurs, l’aspect intéressant réside dans les conditions d’accès au jeu et la symbolique du mythe du self-made man qu’elles véhiculent. En début de partie, les joueurs sont souvent confrontés à des défis financiers et doivent progresser étape par étape dans la construction de leur ville virtuelle. Cette progression reflète d’une certaine manière le mythe du self-made man, où l’individu commence avec peu de ressources et doit grimper les échelons de la réussite par ses propres moyens. La réflexion sur la construction progressive de la ville virtuelle offre un regard plus profond sur la notion de réussite dans le jeu. Les joueurs doivent planifier et construire méticuleusement leur environnement virtuel, prenant des décisions stratégiques pour stimuler la croissance économique et sociale de leur ville. Cette construction progressive peut être interprétée comme une métaphore de la construction d’une vie réussie dans le monde réel, où chaque décision et action contribuent à l’édification de son propre chemin vers le succès. Ainsi, Les Sims, par sa gestion détaillée des besoins et sa représentation symbolique du parcours vers la réussite, offre une réflexion nuancée sur le concept du self-made man, tout en suscitant des questionnements sur la portée de cette autonomie dans la réalité. À noter que dans le jeu, il semble y avoir un parallèle entre cette notion, et la nécessaire atteinte du bonheur par les avatars, c’est-à-dire que même si cette notion n’était pas spécialement reliée au bonheur, le jeu semble les mettre en lien, en rendant indispensable un certain état d’esprit des sims pour être productifs et donc pour avoir une réussite professionnelle ou personnelle.

L’art subtil des interactions virtuelles, une mosaïque de relations nuancées

Les interactions sociales dans Les Sims transcendent la simple mécanique de conversation pour offrir des dynamiques relationnelles riches et nuancées. Les interactions sociales semblent jouer un rôle cruciale dans le jeu, permettant de gagner des XP ou même figurant parmi les catégories de la barre de vie permettant à un sims d’être épanoui, l’importance des interactions entre deux avatars ne doit pas être occulté. Lorsque deux Sims engagent une discussion animée, les émotions exprimées, qu’elles soient joyeuses, conflictuelles ou romantiques, influent directement sur le statut de la relation. Par exemple, des échanges humoristiques peuvent renforcer une amitié naissante, tandis que des disputes répétées peuvent détériorer une relation. Les rendez-vous romantiques, avec la possibilité de déclarations passionnées ou de gestes affectueux, déterminent également la trajectoire des relations amoureuses. Ces interactions ne sont pas de simples animations, mais des éléments clés qui façonnent la qualité des relations virtuelles. Ainsi, le réalisme des interactions sociales dans Les Sims réside dans leur capacité à reproduire, avec une finesse surprenante, les subtilités des relations humaines, en rendant chaque interaction significative pour le développement des personnages virtuels.

 

In fine, les Sims FreePlay, bien plus qu’un simple jeu, offre une exploration approfondie des mécanismes sociaux, économiques et culturels qui définissent notre société occidentale. En examinant ces éléments à travers le prisme du jeu, nous sommes confrontés à une réflexion profonde sur la manière dont la réalité virtuelle façonne et reflète notre compréhension du monde réel. Les frontières entre le virtuel et le réel s’estompent, nous invitant à repenser notre propre interaction avec ces univers simulés. Alors que Les Sims FreePlay continue de captiver des millions de joueurs, il demeure un sujet de fascination et d’interrogation quant à la façon dont il révèle les nuances complexes de notre réalité.


NB : toutes les images sont issues du jeu, et sont des captures d’écran de chaque partie.

1 : produit intérieur brut 

2 : Le concept du “self-made man” désigne une personne qui a atteint le succès et la prospérité principalement par ses propres efforts, souvent en surmontant des obstacles ou en partant de rien. Un self-made man est donc quelqu’un qui s’est élevé socialement ou financièrement par son propre travail acharné, sa persévérance, et son initiative personnelle, sans dépendre significativement de l’aide extérieure, de la chance ou de l’héritage. Ce terme est souvent utilisé pour décrire une réussite individuelle basée sur la volonté, la détermination, et l’autonomie.

L’observation auditive: à l’écoute du cimetière Père-Lachaise

REBAINE Naomi, 13/12/22

Allée du cimetière Père-Lachaise

La vie après la mort est un sujet qui passionne depuis des siècles, cependant, ce que nous pouvons observer ce sont les hommages rendus par les mortels aux défunts. Ces hommages, sont la plupart du temps matérialisés par des sépultures, ou des pierres tombales. Ces dernières se regroupent, généralement, en un seul et même lieu, le cimetière. 

Le cimetière comme gardien de la mémoire des défunts, 

Le cimetière comme repère secret des êtres qui nous ont quittés, 

Le cimetière comme nouveau lieu d’habitat pour les défunts : une forme de ‘vie’ après la mort. 

Ce lieu caractérise donc l’endroit de vie, des morts. 

Ces sépultures, incarnant la mémoire des défunts, se doivent d’être entretenu. C’est pourquoi plus l’entretien sera réalisé au fil des années, et plus longtemps la mémoire en sera préservée, c’est ce que l’on appelle la maintenance. Par ailleurs, nous discuterons longuement du sujet de la mémoire et de la maintenance, deux sujets qui à mon sens vont de pair.  

J’aimerais vous transporter au travers de ces lignes. Celles-ci révèlent mon observation du cimetière, et plus particulièrement mon observation du cimetière Père-Lachaise, le plus grand cimetière de France, situé à Paris, recouvrant 43 hectares, du 20ème arrondissement. Mondialement connu, il héberge les sépultures, de célébrités comme Jim Morrison, Fernand Braudel ou encore Edith Piaf, mais également des sépultures célèbres par leur originalité, comme la tombe de Victor noir, ou encore le mausolée des amoureux Abélard et Héloïse. 

Le 25 octobre, je foulais le sol du cimetière Père-Lachaise pour la première fois, à la recherche d’un sujet d’étude. J’ai pris quelques notes sur mon observation : les différentes sépultures, les allées de tailles variables, ou encore des ouvriers en pleine réparation de sépulture. Lors de ma seconde visite, une chose me frappa au sein du cimetière, et celle-ci fait partie intégrante du cimetière : le calme. 

De ce calme, découle l’atmosphère, du cimetière. 

Cette sensation (que nous expliquerons plus tard) que nous avons lorsque nous foulons l’entrée du cimetière, est principalement le fruit du calme ambiant, au-delà même, des sépultures tapissant le paysage que l’on aperçoit en premier lieu. Le terme ‘observer’ s’apparente au sens de la vue traditionnellement, cependant, je vous propose dans mon étude, de l’apparenter à l’ouïe : observer par l’écoute. L’‘observation auditive’, prédominera dans mon analyse, bien que parfois, il est question de voir, et ‘d’observer’ la source de bruit. Mais partons de l’ouïe comme repère dans cette étude : l’observation auditive. Il s’agit d’une autre façon d’observer, et c’est pourquoi en guise de soutien, j’inclurai des vidéos, afin que vous puissiez vous plonger dans l’atmosphère du cimetière, mais surtout que vous puissiez écouter. J’aimerais vous proposer une immersion complète.L’apport d’une étude centré principalement sur l’audition, permet d’aller au-delà de ce que l’on voit, et tenter de comprendre les phénomènes auditifs. La compréhension et l’analyse, des composantes de la création de cette atmosphère sera au cœur de cet article. 

Nous analyserons ensemble, les bruits au sein du cimetière, les facteurs de ce bruit, et leur contribution au cimetière. Nous partirons de ce point et apporterons d’autres éléments afin de compléter l’article. Pour ce faire, j’ai principalement, visité le cimetière et écouté attentivement ce qui m’entourait.Le travail d’écoute est un travail particulièrement minutieux, car nous nous devons d’analyser de décortiquer et de comprendre, l’origine des sons qui parfois se juxtaposent entre eux. C’est un travail d’écoute rigoureux et parfois déroutant, tant ce que l’on peut percevoir de calme, ne l’est pas tout le temps. Il réside, toujours, un bruit dans ce calme, qu’il soit sourd ou peu audible. C’est ce qui rend le travail de décortication si déroutant. 

Ce travail fut davantage intéressant, car je me devais de rester concentrée afin d’étudier et d’interpréter les sons qui m’entouraient. De plus, étant donné qu’il s’agissait d’un grand cimetière, les sons étaient assez disparates : plus nous nous situons en périphérie du cimetière et plus les sons de la ville se faisaient entendre (véhicules, passants…). Plus je m’enfonçais au centre du cimetière et moins j’entendais les bruits de la ville. Le centre paraissait plus calme, mais nous verrons que des bruits sont parfois entendus. 

Et c’est principalement de ces sons dont il est question. 

Le cimetière semble se refermer sur nous, lorsque nous nous éloignons des abords de la périphérie. C’est une atmosphère assez particulière qui est accentuée par la particularité du cimetière Père Lachaise qui constitue « le plus grand espace vert de Paris », avec pas moins de « 4 000 arbres […], les produits phytosanitaires sont bannis depuis 2015. De quoi laisser la nature s’épanouir en toute tranquillité ». Il s’agit donc d’un grand espace vert, propice aux balades. 

Cette double fonction, lui apporte authenticité et originalité. Et c’est pourquoi nous nous attelons aujourd’hui dans une étude auditive du cimetière, qui nous permettra d’en apprendre davantage sur le cimetière et surtout d’en comprendre les phénomènes, et les éléments constitutifs de son décor. 

Un silence de plomb 

Une sensation particulière nous envahit lorsque l’on entre dans le cimetière, et très, vite je me suis rendu compte que le calme qui surplombe le cimetière, était le coupable de cette sensation. 

En effet, le calme est responsable de la vulnérabilité que l’on peut ressentir dans ce lieu. Cette vulnérabilité s’explique par le bruit que nous avons l’habitude de côtoyer chaque jour. En effet, ce sentiment rend d’autant plus attentif à chacun des phénomènes qui nous entourent.  

Pour ma part, j’ai tenté de décortiquer ce calme… 

De plus, lorsque l’on se rend dans un cimetière, nous avons cet automatisme de chuchoter. Vous remarquerez que si vous chuchotez, c’est principalement, car il y a très peu de bruit autour de vous, et donc vous ne voulez pas briser ce silence, voir ne pas le perturber. Le respect des âmes défuntes passe par ce silence. Mais nous pouvons aussi l’interpréter autrement : le recueillement est un acte spirituel qui nous pousse à nous concentrer sur notre spiritualité. Pour ce faire, nous avons besoin du calme, le bruit environnant pouvant perturber. Au-delà du bruit, nous devons également adopter une attitude exemplaire, « se comporter avec décence ». Cette attitude passe, par le calme dit extérieur. 

Tous ces éléments seraient donc l’explication de ce silence, et installeraient une atmosphère calme dites de paix. L’authenticité du lieu résiderait donc dans une tradition dite de perpétuer le calme et la paix. 

Ce silence qui engendre une atmosphère calme voir apaisante, pourrait faire lien avec le silence éternel des défunts. En pleine conscience du lieu auquel nous nous situons nous nous plions à l’exercice du chuchotement, et donc nous chuchotons inconsciemment pour faire perdurer ce silence. 

Lorsque nous entrons dans le cimetière le silence est donc notre premier réflexe. Ce comportement peut être interprété comme du respect auprès des défunts (un hommage). Cette action (chuchoter), peut être traduite comme une forme de conservation de la mémoire : en l’espace d’un instant, nous passons de notre langage universel à celui des défunts. L’austérité des cimetières auxquels nous ont habitué les contenus audiovisuels, n’est pas perceptible au père Lachaise. En effet, elle est atténuée voire inexistante, car, la nature fait son chemin au sein du cimetière. Comme nous l’avons écrit plus haut, le cimetière est comparé à un espace vert, à cause de sa végétation. 

Conjointement, le calme des lieux et son décor conduit à l’apaisement, ce qui anime l’envie de se balader au Père Lachaise. 

Des bruits lointains sont cependant perceptibles, j’aimerai les qualifiés de bruits secondaires pour plusieurs raisons : nous n’y accordons pas tant d’importance, car ils ne sont pas en lien avec le cimetière, et ne font donc pas partie intégrante du cimetière. Notre étude nous emmène donc à distinguer deux types de bruits : les bruits principaux et les bruits secondaires. 

De plus, une différence d’atmosphère est perceptible entre la partie Nord (construite lors de l’agrandissement, côté métro Gambetta) et la partie sud (métro Père Lachaise). La partie Nord étant plus récente, nous entendons beaucoup plus les bruits extérieurs, cela s’explique, car les pierres tombales de la partie nord sont plutôt basses, comparées aux mausolées perceptibles dans la partie sud, c’est une question de réverbération du sons. De plus, il faut aussi prendre en compte la topographie du Père Lachaise, la partie Nord étant un terrain plat en hauteur, tandis que la partie sud, est principalement en pente. 

Ma visite ayant lieu durant la période hivernale, elle s’accompagne donc de la froideur de l’hiver et du calme, qui rendent l’atmosphère particulière. Ce silence, conduit à l’installation d’un calme, en rapport avec la fonction première des lieux (lieu de recueil pour les familles des défunts). L’intégrité du site se reflète dans ce silence perpétuel.

Cependant, ce silence peut parfois être interrompu par des visiteurs…

Les visiteurs 

Les bruits entendus au sein du cimetière peuvent être émis par les visiteurs, il en existe deux sortes, les animaux et les humains. 

Une allée du cimetière Père-Lachaise

Il est vrai que le cimetière Père Lachaise, abrite une biodiversité exceptionnelle, comme des chats, des pigeons, des mésanges, mais aussi des corbeaux. 

Ma visite fut principalement accompagnée de leurs bruits. Cette cohabitation des êtres vivants et des défunts est particulièrement intéressante et s’emboîtent parfaitement. 

La cohabitation du vivant et de la mort : des sons produits par des êtres vivants n’ayant pas conscience de la véritable fonction du lieu qu’est le cimetière. Cette inconscience leur permet d’avoir la possibilité de remplir cette fonction sonore. Cependant, cette cohabitation est parfaitement en symbiose (chant des êtres vivants/silence des défunts) et apporte de la légèreté au lieu. Ces êtres vivants font en quelques sortes vivre les lieux et contribuent indirectement à la mémoire du site. Les sons émis par les animaux participent donc à cet apaisement que l’on peut ressentir au Père Lachaise. Ces bruits nous transportent et nous font presque voyager. Ces chants allègent l’atmosphère et contribuent à sa paisibilité.  

Il existe également des visiteurs du cimetière Père Lachaise : des habitants des environs ou encore des touristes. J’ai croisé quelques-unes de ces personnes, et les principaux bruits qu’ils émettaient étaient des bruits de pas, et de chuchotement. Le bruit des pas est un son distinctif, qui nous permet de savoir si l’on est proche ou d’un individu. Le second bruit émis par ces visiteurs, les bruits de chuchotement renvoie à la notion précédemment expliquée : le chuchotement dans l’exercice de la conservation de la mémoire. 

De plus, le chuchotement des riverains que nous croisons nous rappelle indirectement, notre devoir de chuchoter. Il s’agit ici d’une forme de pression sociale indirecte. En effet, nous ne voulons pas déranger les personnes nous entourant, donc nous nous plions à l’exercice. Inversement, si nous croisons des visiteurs en train de s’esclaffer, nous trouverons cela particulièrement désagréable. Aucune règle n’est inscrite, du moins lors de mes visites, je n’ai croisé aucun panneau indiquant qu’il faille chuchoter. Cependant, la société dans laquelle nous vivons nous a indirectement appris, ce code de conduite à adopter dans les cimetières. 

J’ai croisé un groupe de touristes en pleine discussion, et il s’avère que le son de leur discussion n’était pas adapté au lieu. Le cimetière silencieux nous faisait comprendre que le son de leur voix était trop élevé, par rapport au lieu dans lequel il se situait. Sans un mot, le cimetière su se défendre par son silence. Tous ces sons apportent une authenticité au lieu, tout en participant à son animation. La création de l’atmosphère du cimetière est donc instaurée par le cumul de tous ces sons.

La maintenance, comme renaissance 

Certains sons sont émis par des machines de bricolage, ce qui me laissa perplexe dans un premier temps. Mais très vite lorsque j’aperçus des ouvriers presque sous terre, je compris qu’ils étaient présents afin d’entretenir les tombeaux. 

Parfois, les pierres tombales étaient totalement dégradées, la plupart du temps cela était causé par les racines des arbres nouvellement plantés. 

Au-delà de la rénovation des tombes, j’ai parfois entendu le bruit de souffleur de feuilles. Les camions d’entretien passaient également afin de vider les poubelles du site. Les jardiniers étaient également présents, moins bruyants que les précédents étant donné qu’ils n’avaient pas de machine bruyante. 

Toutes ces équipes sont chargées du bon entretien du cimetière. Les bruits qu’ils émettent sont donc nécessaires à l’exercice de la maintenance. Ils entretiennent le cimetière afin de pouvoir accueillir les visiteurs dans les meilleures conditions. 

Il existe également des riverains qui contribuent, individuellement à cet exercice de la maintenance. 

En effet, durant ma seconde visite, j’entendis des bruits de marteau. Et j’aperçus au lieu un riverain, en pleins travaux d’aménagements.Je lui ai alors posé quelques questions concernant la nature de ces travaux : « Je suis en pleine rénovation de mon tombeau familial, étant le dernier des ayant droits* de la concession à perpétuité**, le cimetière m’a appelé et je viens faire des travaux, car cela fait plus de 100 ans qu’aucun membre de ma famille n’a été enterré ici ». Monsieur Fabien, m’explique que le coût des travaux est bien trop élevé pour engager une société, c’est pourquoi il s’en occupe. De plus, il ajoute « durant les années 90, il y avait des sortes de soirées nocturnes, organisées au sein du cimetière. Ces soirées ont totalement dégradé la sépulture familiale. Une statue nous a été volée, et plusieurs dégâts ont été perceptibles. Je me devais de la rénover, elle avait besoin d’un coup de neuf ». 

Le saccage des sépultures, démontre que la mémoire peut aussi être dégradée par les hommes. Cependant, monsieur Fabien illustre bien l’exemple de la conservation de la mémoire par-delà les aléas de la vie et du temps. Ces deux catégories de personnes ont un point commun : la restauration d’éléments constitutifs du cimetière. 

Ces bruits que l’on entend au père Lachaise font donc partie intégrante du cimetière, car ils sont la source d’importants travaux de maintenance. Les bruits issus de la maintenance, brisent le silence (incarnant la mémoire) le temps d’un instant afin de se consacrer à la réhabilitation de la mémoire, par les travaux de maintenance. En effet, ils permettent une longévité de l’exercice de la mémoire. 

Sans maintenance, la mémoire serait brève.

Un son, une histoire 

Les sons produits au sein du cimetière, ont donc tous un rôle prépondérant dans la création de l’atmosphère si particulier du cimetière Père Lachaise. 

Sans aucun son, le cimetière perdrait de son authenticité et de son originalité. Le paysage du cimetière couplé à ses bruits forme une parfaite symbiose : un consensus parfait entre la vie (bruit) et la mort (silence). 

Les bruits émanent donc de ces visiteurs, dont le rôle prépondérant est celui de gardien de la mémoire. Sans ces multiples passages, la mémoire ne subsisteraient pas.

À travers cette étude, dans laquelle nous avons catégorisé par l’analyse, les sonorités du cimetière, il était question ici de démontrer qu’il est possible de se soustraire à l’exercice unique de l’écoute, et plus particulièrement d’y prêter une attention plus rigoureuse. Savoir laisser s’exprimer ce que l’on entend, au-delà même de ce que l’on voit. Bien que ces deux sens aillent de pair dans le cadre d’une visite. 

Le calme, les sons émis par les visiteurs, ainsi que les personnes en charge de la maintenance sont des sons particulièrement importants dans la construction de la particularité sonore du cimetière : chacun à sa fonction comme démontré plus haut. 

Pouvoir décrire, non pas ce que l’on voit, mais ce que l’on entend, est un exercice intéressant. 

*Ayant droits : Le dernier de la lignée familiale à qui appartient la sépulture au sein du cimetière. Il est donc son responsable ou bien, il peut se décharger de cette fonction. 

**Concession à perpétuité : La sépulture ne peut être déplacée ni même détruit, à partir du moment où la lignée familiale perdure, et qu’un ayant droit puissent prendre le rôle de responsable de la sépulture. L’extinction d’une famille conduit à la fin de la concession à perpétuité (car plus d’ayant droit).