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Sport, lecture, déjeuner… : quand le confinement déplace le quotidien dans le parc

Pour le projet final de ce cours qui concerne la ville en crise, je me suis intéressée à l’usage que font les personnes dans un parc lors d’une telle période. Ainsi, je me suis posé la question suivante : Quels comportements et buts ont les usagers allant sur les hauteurs du parc des Buttes Chaumont ?

Avec près de 25 hectares de verdure, ce parc est l’un des plus grands espaces verts de Paris. Il se situe dans le 19ème arrondissement, un quartier populaire et très fréquenté de la capitale française.

Pour s’interroger sur la ville en crise, quoi de mieux que d’analyser la période actuelle ? Depuis le 30 octobre dernier, la France se trouve à nouveau confinée compte tenu de l’évolution de l’épidémie du Coronavirus qui touche le monde entier depuis de nombreux mois. Ce quotidien, pesant et vécu par tous les français, est une énième épreuve à surmonter lors de cette crise sanitaire.

J’ai systématisé mon observation en adoptant un point de vue protocolaire. En effet, pour mon enquête, je me suis rendu, durant une semaine et à différents moments de la journée, sur les hauteurs du parc et je me suis assise, lorsque cela était possible, sur un banc. Aussi, aux vues de la période actuelle, j’ai décidé d’utiliser comme ressource primaire l’observation non participante durant laquelle j’ai pris des notes.

Mon idée de départ était de travailler sur le parc des Buttes Chaumont car c’est un parc dans lequel j’ai l’habitude d’aller et qui attire, depuis l’annonce du confinement, davantage d’usagers. J’ai ainsi choisi d’adopter l’axe des interactions, de ce qui fait la ville en période de crise en m’interrogeant sur l’importance d’avoir ce type d’espace vert proche de chez soi lorsque les libertés des individus sont réduites et contraintes. En me promenant aux Buttes Chaumont je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup d’usages et d’usagers différents. Pour mon enquête, il a fallu que je choisisse un point de vue. J’ai décidé de me consacrer au point de vue de l’espace : les hauteurs du parc en déterminant les comportements et buts des personnes qui s’y rendent. J’ai choisi de concentrer mon étude sur cela car je me rends souvent dans ces espaces du parc afin de faire du sport et je m’y sens bien. C’est dans cette optique que je souhaitais être pour mon enquête, d’où mon choix. Aussi, c’est un espace qui peut sembler moins accessible et donc limiter les usagers.

Lors de mon enquête j’ai rencontré un obstacle : étudier la crise tout en étant en crise moi-même. En effet, la contrainte d’une heure de sortie quotidienne et le fait d’habiter à un quart d’heure du lieu d’enquête m’ont limitée à mener mon investigation à raison de seulement 30 minutes par jour.

L’observation non participante m’a permis d’être entièrement disponible pour l’observation du terrain. De ce fait, je trouve que cela a légèrement restreint la limite de l’heure de sortie.

Aussi, cela m’a permis de passer inaperçue auprès des usagers.

Pour que mon observation soit plus précise, il aurait fallu que la durée de mon enquête soit plus longue.

Sportifs en reconnexion avec la nature

Photo : Séréna JUPILLE

J’ai pris la photographie n°1 en septembre dernier et je trouve qu’elle reflète parfaitement une de mes observations : de nombreuses personnes viennent sur les hauteurs des Buttes Chaumont afin de faire du sport, souvent de manière individuelle et sans masque. En effet, j’ai constaté que, surtout dans la matinée, ce sont beaucoup de pratiquants d’arts martiaux qui se trouvent sur ces hauteurs. Ils s’approprient entièrement l’espace qui s’offre à eux afin de pratiquer leur art.

Selon moi, ces personnes s’isolent des nombreux usagers qui restent en bas du parc. Ils cherchent de grands espaces libres afin de pratiquer leur activité en toute sérénité, sans se soucier de l’environnement. Aussi, je pense que cela leur permet de faire un échauffement avant leur entraînement : accéder aux hauteurs du parc n’est pas de tout repos !

Le quotidien sur les hauteurs

Photo : Séréna JUPILLE

Sur la photographie n°2 (samedi 21 novembre, 13h10) on observe, sur une des collines, une personne en train de lire et deux autres, assises un peu plus loin, qui discutent et mangent. Toutes trois font face à la Basilique du Sacré-Cœur.

Contrairement à la jeune femme qui lit tout en profitant, elle aussi, du soleil, on constate que les personnes qui mangent ne portent pas le masque. Toutefois, la distance physique entre les individus est bien respectée.

Photo : Séréna JUPILLE

Sur la photographie n°3 (mardi 24 novembre, 15h05) on voit l’ombre d’un couple qui vient de s’asseoir sur un banc. Eux non plus ne portent pas le masque, pourtant obligatoire. On ne voit personne dans le champ car seulement 6 personnes étaient présentes sur la grande place.

Ces deux dernières photographies sont significatives de mon observation : lors d’une grande partie de la journée, un nombre réduit de personnes se rend sur les hauteurs du parc. L’heure du midi et du goûter sont les moments où les personnes semblent le plus présentes. Toutefois, dû à mes horaires de cours, ce sont des moments que je n’ai pas pu beaucoup observer. Souvent, les personnes montent sur les collines et se posent sur l’herbe ou sur un banc. Elles prennent le temps de faire différentes choses qui relèvent souvent du quotidien (lecture, repas, discussion). Ainsi, ces actions du quotidien sont déplacées dans un espace public qui est signe de liberté, en temps de confinement.

Selon mes observations, je dirais que les personnes qui se rendent sur les hauteurs sont des personnes qui ont du temps : elles ne font pas que passer mais s’arrêtent, occupent l’espace et se l’approprient.

Les hauteurs des Buttes Chaumont sont, selon moi, un espace qui permet aux usagers de se retrouver, de ne pas être oppressé par la foule des endroits plus accessibles de la ville. Aussi, toujours selon moi, être dans un espace moins fréquenté, fait penser aux individus qu’ils sont davantage en sécurité dans cette ville en crise.

De cette observation je déduis également que les usagers profitent pleinement du grand air avant de repartir dans les espaces fermés où ils se retrouvent cloitrés à cause du confinement.

Pour moi, les hauteurs du parc, qui semblent difficilement accessibles, sont des espaces où les personnes s’affranchissent facilement des contraintes de la ville en crise. Ce semble être un endroit où les usagers s’autorisent une certaine liberté.

Ainsi, j’en déduis que ces espaces de la ville constituent de réelles échappatoires à la crise.

Lors d’une crise qui concerne la ville on constate que les usages des espaces ont changés. Un espace public qui semble, malgré les règles, signe de liberté devient un espace quotidien, presque privé. Il serait intéressant d’étudier à quel point les usagers s’approprient ces endroits de la ville, les moments où ils sont plus susceptibles de monter sur les hauteurs des Buttes Chaumont. En effet, on pourrait analyse les heures plus creuses afin de voir si cet espace est un espace où l’on prend le temps ou seulement un espace de passage qui permet aux usagers de se balader en respectant les contraintes que la crise impose.

Royan : La gestion de l’espace public dans un contexte de pandémie au sein d’une station balnéaire en période estivale

Au cœur d’une année 2020 bien mouvementée, les villes ont dû se réinventer, se transformer, s’adapter à cause de la crise du Covid-19. C’est cette idée de ville en crise qui apparaît sur toutes les bouches alors qu’il est bientôt l’heure de faire le bilan sur une des années les plus difficiles de ce début de siècle. Au centre des attentions depuis le déconfinement de mars dernier, la gestion estivale du virus a été le sujet de nombreux débats et un enjeu majeur, notamment dans les stations balnéaires. 

Le front de mer de Royan (Photo : Marc Côme)

Située sur la façade Atlantique entre La Rochelle et Bordeaux, la station balnéaire de Royan accueille chaque année des milliers de vacanciers venus de toute l’Europe. Classée parmi les stations balnéaires les plus importantes en France, la ville a dû faire face à de nombreuses contraintes, notamment sur son front de mer, qui depuis le début de l’été, n’est plus le même à cause des mesures mises en place par la municipalité pour faire face au virus. D’autres endroits de la ville ont bien évidemment eu le droit également à des transformations mais nous allons nous intéresser à l’espace du front de mer car c’est le lieu qui symbolise le mieux cette idée de la transformation de la ville à cause de la crise du Covid-19.

Nous avons donc décidé de nous intéresser à ces mesures qui ont grandement contribué à une “transformation de la ville” que ce soit en période estivale mais également à “l’héritage” que cela a pu laisser depuis l’été et aux mesures toujours en vigueur. Ayant personnellement travaillé à proximité du front de mer cet été, nous allons nous baser sur des observations réalisées à cette période et d’une enquête de terrain commencé depuis le début du second confinement. Nous aurons l’occasion de retrouver des témoignages de personnes ayant vécu ces périodes particulières pour avoir une idée précise de l’impact de ces mesures suite aux transformations dans la ville. Nous allons donc chercher à savoir si ces transformations ont changé le quotidien ou ont eu un impact chez les personnes qui ont fréquenté le front de mer mais également si ces mesures ont changé l’aspect de la ville.

Une station balnéaire sous haute-tension face à l’arrivée de l’été

Dès le début du mois de juin, la ville entame sa transformation estivale annuelle avec cette année une question supplémentaire : Comment gérer l’afflux important de vacanciers tout en respectant les gestes barrières ? Directement la ville de Royan va mettre en place des mesures importantes. Mise en place d’un sens de circulation sous les arcades du front de mer, indicateur de distanciation sociale à l’entrée des commerces et restaurants, limitation du nombre de personnes dans les boutiques mais encore fermeture de certains espaces de la ville font partie de ces mesures mises en place par la municipalité. Nous avons pu observer que les habitudes de la population estivale ont changé. Les voitures sur le front de mer ont laissé la place aux piétons. L’espace habituellement rempli de voitures était désormais un lieu où les personnes pouvaient se balader. C’était une nouvelle ville. Ayant passé de nombreuses années à Royan, nous n’avons pas reconnu notre ville complètement. Dès les premiers jours où ces mesures ont été appliquées, les personnes habitués à ce lieu avaient quelques difficultés à assimiler et mettre en pratique ces nouvelles habitudes. La police était sur place pour orienter les usagers de cet espace public afin que chacun puisse appliquer toute ces mesures. Néanmoins aucun problème n’a été observé, tout s’est déroulé dans le calme et l’envie de bien faire.

Une personne ayant passé ses vacances à Royan cet été et voulant garder l’anonymat témoigne “Cet été a été très particulier pour moi et ma famille. Nous venons à Royan depuis près de 15 ans et c’est la première année où nous ne faisons pas les mêmes choses. Nous avions l’habitude d’aller au restaurant par exemple mais nous avons voulu éviter ces endroits par peur du virus et par peur de le ramener chez nous. Le front de mer c’était particulier, presque comme si ce n’était plus le même. Il était plus difficile de circuler dans la ville avec la fermeture d’un bout de route.

Suite à la situation des derniers mois, notamment avec le confinement, il était primordial de sauver l’économie locale, principalement car la majorité du chiffre d’affaires de commerçants locaux se réalise en période estivale. Des mesures ont donc été prises pour que des commerces et restaurants bénéficient de plus d’espaces. Il a donc été décidé de fermer une partie du front de mer pour laisser les restaurants agrandir leur terrasse et aux piétons de se déplacer en respectant les gestes barrières. 

Fermeture d’une partie du front de mer, agrandissement des terrasses et port du masque conseillé

C’est une transformation majeure de la ville, une première dans son histoire. Ici cette cartographie permet d’apporter un éclaircissement des propos. La zone en bleu représente ici le port du masque qui est fortement conseillé seulement, le trait rouge correspond à la partie de la route fermée et les points verts nous montrent les restaurants qui ont agrandi leur terrasse sur la route et les places de stationnement. L’espace du front de mer est donc complètement transformé et tourné vers une gestion du virus qui a pour but de faire fonctionner l’économie locale malgré tout. Nous avons pu observer que l’espace est “plus vivant” que d’habitude, il y a plus de personnes à pied et en vélo. L’espace des commerces étant situé sous les arcades derrière les restaurants, il est impossible en temps normal de voir les personnes qui se promènent ou qui font les magasins. Avec ces mesures, nous avons pu observer que les personnes utilisaient pleinement l’espace supplémentaire sur l’habituelle route, délaissant légèrement le passage habituel sous les arcades.

Un après-été à enjeu

Après le départ des derniers estivants au début du mois d’octobre, la municipalité a décidé de rouvrir l’ensemble du front de mer à la circulation. Néanmoins des mesures différentes ont vu le jour. Le port du masque est devenu obligatoire sur de nombreux endroits de la ville. Les personnes ont donc moins fréquenté cet espace, désormais la voiture a repris sa place, contraignant les piétons à investir de nouveau les trottoirs et les arcades pour les commerces et restaurants, les déplacements ne sont plus les mêmes car le sens de circulation n’est plus de vigueur. C’est en quelque sorte un retour à la vie d’avant, que ce soit dans le comportement des personnes ou le respect des consignes sanitaires, le port du masque obligatoire en plus, un retour à la situation que connaissait Royan avant l’arrivée de l’été et ses mesures. Malgré ce retour apparent à la vie d’avant-été, le front de mer reste perturbé par le passage du Covid-19 qui a pris un peu d’ampleur dans la région depuis la mi-octobre. Mise en place de centre de tests pour la population, commerces qui ont fermé à la suite des mesures annoncées par le gouvernement, le front de mer est une nouvelle fois transformé.

Port du masque obligatoire sur le front de mer et ses abords

Sur cette cartographie, nous pouvons observer le développement des zones où le port du masque est obligatoire. Fini la fermeture d’une partie du front de mer, de l’extension des terrasses, la politique de la gestion de l’espace public a changé. Alors que les personnes peuvent désormais sortir un peu plus, le front de mer reste très calme, les personnes sur place respectent le port du masque. 

Pendant le confinement, l’espace du front de mer était inoccupé, seuls les déplacements vers les commerces alimentaires ont animé le lieu. Moins fréquenté l’hiver même quand la situation sanitaire était normale, le front de mer a subi une baisse de fréquentation inhabituelle depuis l’annonce du confinement. 

Malgré tout ça un paradoxe subsiste. En toute transparence, après avoir vu que presque plus personnes ne fréquentaient le front de mer nous avons pensé que cela resterait ainsi jusqu’à l’annonce d’un futur déconfinement. A l’arrivée d’un week-end où le beau temps était au rendez-vous, nous avons été surpris de voir que beaucoup plus de personnes utilisaient la sortie d’une heure autorisée par jour pour se promener en bord de mer en empruntant le front de mer. Cette affluence inhabituelle pour cette période de l’année nous fait penser que les personnes avaient besoin de sortir dans un cadre agréable pour s’échapper le temps d’une heure d’un confinement qui peut-être pesant pour certains.

L’espace du front de mer est donc un lieu stratégique dans l’organisation et l’animation de la ville. La fermeture d’une partie a causé plus de bouchons et des ralentissement dans le trafic sur les autres routes de la ville tout au long de l’été et a nécessité à la population de s’adapter. “Pour aller travailler j’ai dû partir 10 minutes plus tôt et emprunter une route différente que d’habitude. Je pense que c’était une bonne chose mais pour les personnes travaillant à proximité c’était un peu moins pratique. Le retour à la normale était vraiment appréciable, cela fait du bien de retrouver ses habitudes.” témoigne une personne travaillant sur le port de Royan. Une ville en crise qui a donc dû se transformer pour s’adapter, des habitants et vacanciers qui ont dû changer leurs façons de faire, Royan s’est réinventer à travers des mesures et une organisation particulière. 

Port du masque obligatoire sur le front de mer (Photo : Marc Côme)

Dès le début de l’enquête, nous avions des certitudes, des réponses que nous pensions être les bonnes. Malgré cela, à quelques reprises nous avons été surpris par le comportement des usagers de l’espace publique, ce qui nous a semblé intéressants car nous avions en face de nous une autre vérité, celle du terrain. Nous avons travaillé de façon à être au cœur de la question posée, être nous même acteur de “l’événement”. Ayant été très souvent sur le front de mer ces derniers mois, nous avions une réponse que nous pensions être commune à la plupart des personnes. Cette réponse était que nos habitudes avaient légèrement changé notamment sur la question de la circulation et du déplacement à travers l’espace visé par cette enquête mais après avoir étudié la question et après avoir été au contact d’autres personnes ayant vécu ces transformations, nous pouvons affirmer que chacun à une réponse différente. Certains retiendront les difficultés ou une modification des déplacements, certains une modification des habitudes et d’autres nous ont répondu que c’était “semblable à une coquille d’œuf vide où on reconnait la ville seulement par sa forme et ses bâtiments mais que l’esprit de Royan avait changé.” selon le témoignage de Jacques, un habitant royannais de longue date.

D’un point de vue personnel, nous en déduisons que certaines libertés ne sont plus présentes à cause de ces mesures sanitaires, nous ne pouvons plus vraiment faire ce que nous voulons et le fait de réfléchir à comment allier plus de liberté et respect des mesures sanitaires peut être intéressant pour un autre travail.

Annexe

Lien vers la cartographie : https://framacarte.org/fr/map/mesures-sanitaires-contre-le-covid-19_88202#16/45.6240/-1.0247

L’étang du Moulin à Vent : différents chemins pour le découvrir

Depuis la crise du Coronavirus j’ai découvert un nouveau lieu à quelques pas de chez moi : l’étang du moulin à vent. C’est une création artificielle de la ville de Guyancourt. L’étang du moulin à vent relie le quartier de l’Europe et celui de la Grande Ile. Je me balade chaque jour sur un chemin (figure 1) qui contourne l’étang. Je trouve que ce parc permet d’oublier la ville. Pourtant le parc en lui-même n’est pas très fréquenté surtout durant ce confinement commencé le 28 octobre 2020. Je n’ai jamais réalisé que dans le jardin, il y a un second chemin en périphérie du parc.

Figure 1 : L’itinéraire 1, celui que j’ai l’habitude de parcourir.
Figure 2 : L’itinéraire 2, le chemin le plus utilisé.

Je me représentais cet espace en dehors du parc. Il est plus large, très proche des commerces et de la route (figure 2). Par ailleurs, ce chemin surplombe le parc.

J’ai décidé de l’emprunter pour observer le parc sous un nouvel angle. Et ce qui m’a surprise c’est que ce chemin est bien plus fréquenté que l’autre. Néanmoins on entend les voitures de l’Avenue de l’Europe rouler à plus de la limitation autorisée. Les habitants sont de tout âge et on ne peut distinguer leurs origines sociales. C’est ainsi que je me suis posée la question : pourquoi les habitants de Guyancourt favorisent-ils le même itinéraire d’un parc dans un contexte de contraintes sanitaires ?

Je décide d’utiliser toujours la même méthodologie : des observations directes non participantes durant 40 minutes pendant sept jours. Au niveau de la temporalité, je choisis de mener des observations variables, mais fréquentes. Ce choix se justifie par la volonté d’identifier les variations selon les moments de la journée et de la semaine. Je prendrais en premier l’itinéraire 1 (figure 1) puis l’itinéraire 2 (figure 2). Je noterais le nombre de personnes et leurs activités qui changent peut-être en fonction du chemin. J’ai des idées préconçues sur les différents itinéraires c’est pourquoi je vais essayer de lâcher prise (Whyte, 1943). Mon objectif est de me fondre dans le milieu pour comprendre les dynamiques de ce jardin et de varier mes points de vues pour formuler des hypothèses.

Avant de faire part de mes observations, je peux identifier de nombreuses limites. L’échantillon qui compose mon enquête n’est que de soixante-dix personnes. Je n’ai pas pu analyser les délits commis dans ce parc. Mais il y avait de nombreux déchets près des bancs ou au bord de l’eau. Enfin en raison du contexte du coronavirus je n’ai ni approché, ni interrogé les différents usagers. Je n’ai pas pu comparer les changements d’avant et d’après crise.

Au préalable, j’ai recherché l’étang du moulin à vent sur Google et les réseaux sociaux car je pensais que le lieu était idéal pour partager des photos. Mais très peu d’informations sont disponibles. Les sites de pêche répertorient le parc. Je trouvais difficile de partir étudier un terrain dont je n’ai aucune information seulement ce dont je suis capable de voir.

Lors de ma première observation le 20 novembre, je remarque que les chemins se rejoignent pour longer un espace pour les enfants, puis un street workout et une école. L’espace street workout est souvent le lieu le plus fréquenté du parc : dans 50m² une dizaine de personnes se retrouvent pour faire du sport mais très souvent discuter, être au téléphone ou aider. Il n’y a pas de port de masque dans les espaces verts. C’est donc la “normalité”. Mais pour les riverains, est-ce un moyen de faire une parenthèse ou un moment d’introspection (Barthe, 1998) par rapport à cette pandémie et le reste de la ville ?

Le 21 novembre, sur l’itinéraire 1 je n’ai croisé que deux personnes. On est proche de l’eau et des animaux où l’on rencontre une dizaine d’espèces d’oiseaux différentes. Le chemin a l’air d’être au cœur d’une forêt, silencieux, boueux, entouré d’arbres et parfois de ronces peut-être pour protéger la faune. J’ai pensé que la météo influence sa fréquentation, c’est pourquoi pour mes prochaines observations j’ai décidé de l’observer.

Quant à l’itinéraire 2, il est très bruyant en raison de ce qui l’entoure. En effet à la gauche du chemin on observe (dans l’ordre) : des habitations, puis l’Avenue de l’Europe très empruntée avec de l’autre côté un stade, une station à essence enfin un McDonald’s. Par la suite nous longeons une station d’épuration ce qui implique de mauvaises odeurs. L’itinéraire 2 ressemble à un trottoir éloigné de la route. J’ai pourtant croisé ce matin-là en 30 minutes plus d’une vingtaine de personnes promeneurs et joggeurs.

Le 23 novembre à 16 heures le temps était nuageux et humide. J’avais oublié d’enlever mon masque. Je ne comprenais pas mais chaque passant me dévisageait. Porter le masque autour de l’étang est un comportement inhabituel. Dans l’itinéraire 1, j’ai croisé une dizaine de promeneurs et cinq chiens. Pourtant le sol était glissant. Une personne âgée était assise sur un banc et des personnes debout lui parlaient. J’ai remarqué que l’itinéraire 1 était le seul à avoir des bancs.

Dans l’itinéraire 2 j’ai croisé dix promeneurs avec leurs chiens et vélos. La station essence ajoute des nuisances sonores avec le bruit du lavage des voitures. Les deux itinéraires sont séparés par une pelouse vide que j’identifie comme une frontière. Cependant, un chien de l’itinéraire 2 et un chien de l’itinéraire 1 sont venus se rejoindre sur la pelouse brisant une frontière invisible forçant leurs maîtres à se saluer et à discuter de loin. La pelouse était aussi utilisée par deux adolescentes pour faire du sport.

Le 29 novembre le temps était très nuageux avec un vent frais et humide. Sur l’itinéraire 1 à 15 heures, j’ai pu croiser une dizaine de personnes. On rencontre toujours des animaux qui se promènent près du chemin. Sur l’itinéraire 2, il y a beaucoup plus de monde et de bruits. J’ai aussi remarqué beaucoup de poubelles alors que l’on en trouve peu sur l’itinéraire 1.

Mes trois dernières observations furent identiques : en fin d’après-midi avec un temps gris et humide. Sur l’itinéraire 1 je croisais une dizaine de promeneurs et certains se rendaient d’un chemin à l’autre en passant par la frontière que j’ai imaginée. Finalement, le temps était nuageux et humide durant toutes mes observations, ce qui ne m’a pas permis de constater si la météo peut avoir une influence ou non sur la fréquentation de l’étang. L’itinéraire 2 était suivi par plus de monde. Autour de l’étang on trouve de nombreux panneaux pour la pêche mais aussi des interdictions de nourrir les animaux ou des rappels pour respecter l’environnement. Je n’ai rencontré que deux pêcheurs durant ces sept jours.

Au terme de cette étude, j’ai voulu comprendre la géographie sociale de l’étang. J’ai pu observer un échantillon de personnes et leurs rapports à un espace qu’est le parc urbain. Ils ont le choix entre un itinéraire (figure 1) proche de la nature, étroit, salissant et d’un autre bien plus large entouré d’infrastructures (figure 2). Les mêmes usages individuels se répètent peu importe le lieu du parc : se promener seul ou avec son chien, courir ou faire du vélo. Ma première hypothèse est que le second circuit est le plus emprunté en raison de sa largeur et de sa vue sur l’ensemble du lac. Ma seconde hypothèse est que l’itinéraire 2 est considéré comme un axe pour rejoindre la ville. Tandis que l’itinéraire 1 est un lieu de détente avec des bancs. L’étang laisse voir tout ce qui s’y passe, des usages qui vont donner au parc sa véritable identité, aux dérives comme le passage entre chaque circuit par la pelouse. Je pense que l’itinéraire 2 est le plus utilisé car les visiteurs se dirigent immédiatement vers les autres usagers, dans une démarche grégaire (Long et Tonini, 2012). Ces hypothèses peuvent mener à une future enquête concernant l’appréciation du parc par ses riverains.

Par Laure Boursier

Bibliographie:

  • Barthe Deloizy Francine. «Parcs et jardins : Étude de pratiques spatiales urbaines.» In: L’information géographique, 1998. volume 62, n°3. pp. 130-132. URL : https://www.persee.fr/doc/ingeo_0020-0093_1998_num_62_3_2591
  • Guth Suzie, « Street Corner Society : une étape dans l’étude de la structuration des groupes », Sociétés contemporaines, 1997/1 (n° 25), pp. 105-126. URL : https://www.cairn.info/revue-societes-contemporaines-1997-1-page-105.htm
  • Long Nathalie et Tonini Brice. «Les espaces verts urbains : étude exploratoire des pratiques et du ressenti des usagers», Vertigo, Septembre 2012, volume 12 n°2. p.61. URL : https://journals.openedition.org/vertigo/12931
  • Whyte Foote William, «Street Corner Society, la structure sociale d’un quartier italo-américain». La Découverte Poche, 2007, p. 406.

Webographie :

  • «Promenons-nous dans la ville», Site de la ville de Guyancourt. [en ligne]. consulté le 01/12/2020. URL : https://www.ville-guyancourt.fr/vivre-a-guyancourt/environnement-et-cadre-de-vie/promenons-nous-dans-la-ville/

Le PDF de cette étude.