Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

Sport, lecture, déjeuner… : quand le confinement déplace le quotidien dans le parc

Pour le projet final de ce cours qui concerne la ville en crise, je me suis intéressée à l’usage que font les personnes dans un parc lors d’une telle période. Ainsi, je me suis posé la question suivante : Quels comportements et buts ont les usagers allant sur les hauteurs du parc des Buttes Chaumont ?

Avec près de 25 hectares de verdure, ce parc est l’un des plus grands espaces verts de Paris. Il se situe dans le 19ème arrondissement, un quartier populaire et très fréquenté de la capitale française.

Pour s’interroger sur la ville en crise, quoi de mieux que d’analyser la période actuelle ? Depuis le 30 octobre dernier, la France se trouve à nouveau confinée compte tenu de l’évolution de l’épidémie du Coronavirus qui touche le monde entier depuis de nombreux mois. Ce quotidien, pesant et vécu par tous les français, est une énième épreuve à surmonter lors de cette crise sanitaire.

J’ai systématisé mon observation en adoptant un point de vue protocolaire. En effet, pour mon enquête, je me suis rendu, durant une semaine et à différents moments de la journée, sur les hauteurs du parc et je me suis assise, lorsque cela était possible, sur un banc. Aussi, aux vues de la période actuelle, j’ai décidé d’utiliser comme ressource primaire l’observation non participante durant laquelle j’ai pris des notes.

Mon idée de départ était de travailler sur le parc des Buttes Chaumont car c’est un parc dans lequel j’ai l’habitude d’aller et qui attire, depuis l’annonce du confinement, davantage d’usagers. J’ai ainsi choisi d’adopter l’axe des interactions, de ce qui fait la ville en période de crise en m’interrogeant sur l’importance d’avoir ce type d’espace vert proche de chez soi lorsque les libertés des individus sont réduites et contraintes. En me promenant aux Buttes Chaumont je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup d’usages et d’usagers différents. Pour mon enquête, il a fallu que je choisisse un point de vue. J’ai décidé de me consacrer au point de vue de l’espace : les hauteurs du parc en déterminant les comportements et buts des personnes qui s’y rendent. J’ai choisi de concentrer mon étude sur cela car je me rends souvent dans ces espaces du parc afin de faire du sport et je m’y sens bien. C’est dans cette optique que je souhaitais être pour mon enquête, d’où mon choix. Aussi, c’est un espace qui peut sembler moins accessible et donc limiter les usagers.

Lors de mon enquête j’ai rencontré un obstacle : étudier la crise tout en étant en crise moi-même. En effet, la contrainte d’une heure de sortie quotidienne et le fait d’habiter à un quart d’heure du lieu d’enquête m’ont limitée à mener mon investigation à raison de seulement 30 minutes par jour.

L’observation non participante m’a permis d’être entièrement disponible pour l’observation du terrain. De ce fait, je trouve que cela a légèrement restreint la limite de l’heure de sortie.

Aussi, cela m’a permis de passer inaperçue auprès des usagers.

Pour que mon observation soit plus précise, il aurait fallu que la durée de mon enquête soit plus longue.

Sportifs en reconnexion avec la nature

Photo : Séréna JUPILLE

J’ai pris la photographie n°1 en septembre dernier et je trouve qu’elle reflète parfaitement une de mes observations : de nombreuses personnes viennent sur les hauteurs des Buttes Chaumont afin de faire du sport, souvent de manière individuelle et sans masque. En effet, j’ai constaté que, surtout dans la matinée, ce sont beaucoup de pratiquants d’arts martiaux qui se trouvent sur ces hauteurs. Ils s’approprient entièrement l’espace qui s’offre à eux afin de pratiquer leur art.

Selon moi, ces personnes s’isolent des nombreux usagers qui restent en bas du parc. Ils cherchent de grands espaces libres afin de pratiquer leur activité en toute sérénité, sans se soucier de l’environnement. Aussi, je pense que cela leur permet de faire un échauffement avant leur entraînement : accéder aux hauteurs du parc n’est pas de tout repos !

Le quotidien sur les hauteurs

Photo : Séréna JUPILLE

Sur la photographie n°2 (samedi 21 novembre, 13h10) on observe, sur une des collines, une personne en train de lire et deux autres, assises un peu plus loin, qui discutent et mangent. Toutes trois font face à la Basilique du Sacré-Cœur.

Contrairement à la jeune femme qui lit tout en profitant, elle aussi, du soleil, on constate que les personnes qui mangent ne portent pas le masque. Toutefois, la distance physique entre les individus est bien respectée.

Photo : Séréna JUPILLE

Sur la photographie n°3 (mardi 24 novembre, 15h05) on voit l’ombre d’un couple qui vient de s’asseoir sur un banc. Eux non plus ne portent pas le masque, pourtant obligatoire. On ne voit personne dans le champ car seulement 6 personnes étaient présentes sur la grande place.

Ces deux dernières photographies sont significatives de mon observation : lors d’une grande partie de la journée, un nombre réduit de personnes se rend sur les hauteurs du parc. L’heure du midi et du goûter sont les moments où les personnes semblent le plus présentes. Toutefois, dû à mes horaires de cours, ce sont des moments que je n’ai pas pu beaucoup observer. Souvent, les personnes montent sur les collines et se posent sur l’herbe ou sur un banc. Elles prennent le temps de faire différentes choses qui relèvent souvent du quotidien (lecture, repas, discussion). Ainsi, ces actions du quotidien sont déplacées dans un espace public qui est signe de liberté, en temps de confinement.

Selon mes observations, je dirais que les personnes qui se rendent sur les hauteurs sont des personnes qui ont du temps : elles ne font pas que passer mais s’arrêtent, occupent l’espace et se l’approprient.

Les hauteurs des Buttes Chaumont sont, selon moi, un espace qui permet aux usagers de se retrouver, de ne pas être oppressé par la foule des endroits plus accessibles de la ville. Aussi, toujours selon moi, être dans un espace moins fréquenté, fait penser aux individus qu’ils sont davantage en sécurité dans cette ville en crise.

De cette observation je déduis également que les usagers profitent pleinement du grand air avant de repartir dans les espaces fermés où ils se retrouvent cloitrés à cause du confinement.

Pour moi, les hauteurs du parc, qui semblent difficilement accessibles, sont des espaces où les personnes s’affranchissent facilement des contraintes de la ville en crise. Ce semble être un endroit où les usagers s’autorisent une certaine liberté.

Ainsi, j’en déduis que ces espaces de la ville constituent de réelles échappatoires à la crise.

Lors d’une crise qui concerne la ville on constate que les usages des espaces ont changés. Un espace public qui semble, malgré les règles, signe de liberté devient un espace quotidien, presque privé. Il serait intéressant d’étudier à quel point les usagers s’approprient ces endroits de la ville, les moments où ils sont plus susceptibles de monter sur les hauteurs des Buttes Chaumont. En effet, on pourrait analyse les heures plus creuses afin de voir si cet espace est un espace où l’on prend le temps ou seulement un espace de passage qui permet aux usagers de se balader en respectant les contraintes que la crise impose.

Au coeur du Triangle d’or : enquête, orgueil et préjugés

L’auteur de Voyages de classes est un sociologue reconnu, anciennement professeur de sociologie à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Nicolas Jounin a publié plusieurs travaux semblables à Voyages de classes. Il y’a chantier interdit au public, il s’agit de l’immersion de l’auteur dans le monde du chantier en France. Il écrit également On bosse ici, on reste ici ! , ce livre raconte la lutte acharnée des travailleurs en situation irrégulière qui revendiquent tout simplement leur droit de rester sur le territoire français. Si, dans ces ouvrages, le profil des individus représentent les oubliés de la société, dans Voyages de classes, le sociologue s’intéresse à d’autres acteurs. Les corps observés ne sont pas des sans-papiers, des ouvriers ou des laissés-pour-compte. En fait, c’est tout le contraire. Les individus observés se promènent dans le Parc Monceau, achètent des sacs Hermès sur l’avenue Montaigne et boivent un café au Plaza Athénée. Le dessein de Nicolas Jounin est clair, il rend visible la flagrante opposition entre l’observateur et l’être observé, et ce, du début à la fin du texte. Dès les premières lignes, il n’est pas difficile pour le lecteur de comprendre qu’il assistera à une enquête. Les élèves de l’Université de Saint-Denis ont une « consigne » à respecter, ils doivent choisir un « lieu d’observation », sont priés de ne pas éveiller la curiosité des passants et « camoufler ». Tout ceci constitue les éléments d’une enquête. L’analyse des étudiants se compose en trois temps. L’observation, ils décrivent ce qu’ils voient, genre, ethnie, aspect physique, tranche d’âge . Ensuite, vient l’analyse, ils essaient de déterminer les intentions et le statut social des individus observés. Enfin, une fois l’analyse aboutie, les étudiants déduisent, raisonnent et tirent des conclusions sociologiques.

Quand l’observateur devient l’observé

Parfois, pour le bien de l’enquête, les jeunes se mélangent aux êtres observés afin de mieux les étudier, les comprendre, du moins ils essaient. Cette expérience peut s’avérer compliquée pour certains. En effet, beaucoup doivent s’aliéner et abandonner les codes de leur statut social pour adopter ceux des corps examinés. Mais voilà où réside la principale limite de cette enquête. L’observateur devient l’être observé. Les individus du 8ème arrondissement s’interrogent sur ce groupe de personnes qui ont l’air de venir d’un autre monde. Les policiers les traquent, les interrogent et se méfient. Ce schéma se répète  dans  plusieurs endroits, dans un magasin de luxe ou alors dans un café. Les étudiants sont reluqués, parfois dévisagés par la classe supérieur. Comment expliquer une telle méfiance, un tel mépris de la part de ces individus ? Se sentent-ils en danger ?  Envahis ? Alors que les observateurs devraient être en position de force, la balance s’inverse et ils  deviennent « les victimes » de leur propre expérience. Cette inversion rappelle tout simplement le grand fossé qui  sépare les observés et les observateurs et la volonté des riches  de garantir leur supériorité.

Une autre limite ?

Nicolas Jounin considère qu’il est impossible que les étudiants se travestissent en riches du 8ème arrondissement. Cette tâche peut sembler difficile mais pas impossible. Dans la société actuelle, le paraitre fait plus que jamais parti de notre vie, aujourd’hui, qui ne fait pas semblant, ne ment pas, ne triche pas ? Pour certains,  il est facile de sembler riche et heureux. Seulement, les étudiants n’étaient juste pas aptes à jouer cette comédie. Il ne suffit pas de mettre des vêtements de luxe et avoir l’attitude pour être riche, il faut le croire…

La reprise de la Bastille : l’embourgeoisement du Faubourg St-Antoine

Une rue après la rue de Paris… Voici le quartier qui attire l’attention par son histoire, les établissements et plusieurs activités matin au soirs.

L’article dessus évoque la curiosité de plonger le regard mais aussi désir vivre en plein source au plein cœur de quartier de Paris qui est Bastille et tout ce qu’il entoure.

Voici quelques extraits d’image, commentaire sur la description de riche mode de vie que l’on observe au plein de cœur de Paris. Ses nombreux immeubles construites dans les années de 1900, avant et ces modifications à aujourd’hui représentent un élément de décor de la ville. Chaque immeuble est décorés et ont son histoire, certaines restent invisible par la peinture blanc faites qui restent inchangeable contrairement ceux qui ont ornés par des motifs qui attirent l’attention des touristes nombreuses fois vus seulement en image ou dans les décoration générationnelle de leur amour pour la culture française.

“Voici le peuple: il prend la Bastille, il déplace toute l’ombre en marchant; voici la populace: Elle attend au passage Aristide, Jésus, Zénon, Bruno, Colomb, Jeanne, et crache dessus.” (Victor Hugo) 

Tous les habitants connaissent assez bien l’histoire de Bastille, surtout extrait de 1789 qui a frappé le monde et remué des nouvelle vague pour une autre construction de l’histoire de pays. Même les parisiens du quartier arrivent de plonger dans leur routines en oubliant ces histoires et la beauté de la ville, ses symbolismes et l’intensité de sa richesses. Parfois il est nécessaire de s’arrêter pour contempler les yeux pour s’attarder sur ces endroits…

Souvenez de vrai nom de Bastille, car on appelait la Bastille St Antoine, puisque St Antoine étais d’ailleurs le nom du quartier comme la rue du Faubourg St Antoine et la rue actuellement nommé par St Antoine.

Les passages…

De premier vue en plongeant dans les rues de ce quartier on pense voir les rues banales, sans sens de beauté du romantisme, beauté et de la présence, mais irons plus loin.

En commençant par la cour du Bel-Air, on perçoit les livres, les objets de cafés qui ont son charme et beauté uniques plein de décoration végétale, avec ces la cour artisanale, mais certaines cours sont fermées malheureusement par les portes et sa code. Mais entre les cours et passages, on retrouve les pavés, verdure qui évoque la paix loin de l’agitation de bruits de la ville, en évoquant coté village et exotisme de la vie à l’ancien sans oublier le mixe de sa néo-bourgeoisie qui est présente dans chaque coins et inspirent inconsciente nostalgie de passé.

Les ateliers libérés par les artisanats, on remarquera par les endroits où l’activité changent au fur à mesure. Tout dépend, ce que l’on cherche à connaitre, plus de touche de l’art, plus de sens de richesse. De plus, les prix sont relativement basse de loyer en dépit de sa position avantageuse de quartier.

La transformation de quartier

“Une vision singulièrement belle, ici la nuit: au pied de la colonne de la Bastille, le passage des rames de la ligne 1 dans un surface du sol – miracle fugitif d’un métro à la fois souterrain et aérien, et glissant même sur les eaux.” (Eloge de Paris (2019) Mael Renouard)

Exemple de la cour Damoye offre un exemple de rénovation mise ne place, avec ses logements, immeubles renouvelées, ateliers et commerces etc. Remarquons les détailles de l’aspect villageois de ces cours, proportionnés par ses avantages de la modernité. La construction de l’architecture représente une village situé au plein ville. L’aspect moderne et typique de quartier donnent un goût de réaliser les promenades sociologiques sans oublier le temps et l’époque que nous vivons.

On aime bien…

 “Les amoureux de la Bastille”, 1957, Willy Ronis

“A la Bastille. On aime bien Nini-Peau-d’chien: elle est si bonne et si gentille! On aime bien Nini-Peau-d’chien, A la Bastille.” (Dans la rue (1889-1895) de Aristide Louis Armand Bruand) 

Voici, l’observation de quartier nous amène faire notre remarque sur la population surtout, c’est elle qui vivifie la ville, ses habitants de leur beauté rappelant l’art de différentes couleurs qui illustre le cœur de Paris avec sa diversité. Le style un peu sophistiqué, classique rappelant côté bourgeois, à la fois on constate son coté “rebelle”, exemple dans la manière  de porter les tenus assez attirants, fascinants, certains de leur styles décontractés et multicolore, cela illustre la transformation et cohabitations de diverses populations.

Enfin, restons ici un temps pour mémoriser chaque instant de la vie de ce quartier qui n’arrêtera jamais ses activités malgré tout, car les touristes vont de plus en plus peupler la ville en admirant la beauté de mixage de la ville.

Du 93 au triangle d’or. “Voyage de classes” et passeports identitaires

Cet article relèvera de mon analyse personnelle à l’étude de Nicolas Jounin et son essai “Voyage des classes, des étudiants de Seine St Denis enquêtent dans les beaux quartiers”. Ainsi vous y comprendrez les enjeux socioéconomique et identitaire qu’aboutit ce voyage.

Voyage de classe “s”

Ces enquêtes se sont déroulées dans une partie du 8ème arrondissement de Paris, appelé le Triangle d’Or couvrant ainsi les quartiers délimités par les avenues Montaigne, George-V et les Champs-Elysées.

Cartographie du Triangle d’or parisien

Ce récit nous apprend comment Nicolas Jounin procède pour que ses étudiants s’emparent des méthodes et des outils de la sociologie. Il y met en lumière quels sont leurs sentiments face à des formes subtiles, mais présentes, de discriminations sociales et comment leurs regards d’explorateurs face aux rapports de classes évoluent au fil du temps. 

Ce texte tient deux postures. Celui de l’observateur et celui de l’observé. En effet on y trouve une double observation où le narrateur observe les étudiants dans leurs propres rôles d’observateurs. 

La mise en place de l’observation initiale des étudiants est la suivante. Choisir un lieu, une heure, récidiver les observations et le tout en discrétion. Pour Nicolas Jounin, l’idéal d’observation serait d’être invisible. Or d’après lui, « […]quand on n’a ni le look, ni les codes dominants localement » être invisible devient impossible. C’est comme cela que l’enclave sociale se fait ressentir avant même qu’une observation puisse être effectuée par les étudiants. 

Les “nounous” du parc Monceau

L’observation qui a attiré mon attention est celle des nourrices du parc Monceau. Première observation par les étudiants. Première affirmation de la distorsion ethnique parmi les observés. La couleur de peau fut alors un réel facteur commun quant à l’affirmation que les femmes observées devenaient « nounous » de ces enfants à partir de leurs différences physiques et ethniques. Dès lors que les étudiants observés des femmes noirs ou asiatiques, ils en tiraient conclusion simple qu’elles étaient les nounous. La seconde hypothèse de leurs analyses se lie à l’apparence vestimentaire. On en vient donc à cette déduction primitive : « un riche s’habille comme un riche ». 

Mais les observations relèvent toutes du questionnement ethnique, vestimentaire, culturel et financier. La divergence des univers sociaux est si forte que si l’on ne se noue pas avec les codes de ces derniers, on ne peut prétendre passer inaperçu. Le voyage des classes, au pluriel, oblige au décalage entre l’observation et le fait concret, bouscule les préjugés et met en lumière la complexité et la divergence des acteurs sociaux sans aucune condescendance.

Passeport identitaire ou critères d’intégration

Personnellement je trouve que l’essai pose les bonnes questions.

En réalité ce n’est pas si loin que de se rendre de Saint-Denis jusqu’aux beaux et riches quartiers de Paris, et pourtant. La véritable question est quelle frontière invisible sépare ces mondes ? L’argent me direz-vous.

Mais, au delà d’un chiffre dans un compte en banque, selon moi, cette frontière invisible n’est rien d’autre que l’éducation. Car oui, tout au long de notre éducation, on nous apprend à nous façonner à travers un groupe de référence. Néanmoins si l’on éduque, ou si l’on s’éduque, à ne pas porter d’idées préconçues, de préjugés, au caractère perceptible d’une classe sociale, alors il est possible que l’on devienne insensible aux « chocs » procuré sur ces deux territoires. 

Ce “choc” visuel, culturel et identitaire est bien présent. Peu importe de quel côté du périf nous nous trouvons, il est là. Aujourd’hui, l’enjeu socio-politique et économique de ces cas présents doit être une priorité dans les gouvernances de la ville. Il est important que ces sentiments d’inappartenance à une ville soient entendus et travaillés.

En lien avec notre travail final, je pense qu’il est pertinent d’opter pour une observation invisible même si l’auteur dans sa conclusion ne nous l’impose pas comme solution en soi. Je suis persuadée que le contraste ressentit sera le même selon l’histoire de chaque observant. Originaire de Marseille, je me considère personnellement comme une touriste à La Défense. Alors voyons ensemble si j’arriverai à me détacher de mes idées préconçues de Paris, ville où pour moi, tout y est touristique, riche de culture, beau, grand et déraisonnablement cher.

A suivre.

Angélique Minassian

L’observateur observé

Docteur en sociologie, Nicolas Jounin a enseigné pendant 7 ans à l’université Paris8 Vincennes-Saint-Denis. A travers Voyage de Classe nous allons pouvoir étudier l’approche des étudiants de Seine-Saint-Denis enquêtant sur les beaux quartiers, plus précisément le Triangle d’or, Monceau, Elysées-Madeleine.

Nous allons pouvoir interpréter comment des étudiants s’adaptent dans différentes situations. L’adaptation, l’approche et l’interprétation des étudiants vont varier tout le long de leur observation. Ils vont être confronté à de multiples situations.


Prenons celle au Parc Monceau. L’observation va se faire en trois temps :

    • L’observation : ils identifient les nourrices en constatant une différence physique entre l’enfant et la nourrice. 
    • L’analyse : comment sont-elles ? comment se comportent-elles ?
    • La conclusion : elles sont différentes de la population habituelle du quartier.

Contrairement à l’observation des nourrisses, dans une deuxième situation, à l’ambassade d’Algérie, les policiers ont à travers leur métier et leurs fonctions, l’obligation d’observer en permanence. Les étudiants se font donc rapidement détecter et sont rapidement considérés comme des intrus. Nous constatons qu’a travers ces multiples situations au sein d’un quartier chic, l’apparence n’est pas vue de la même manière selon l’endroit où nous nous plaçons. Notre apparence est souvent jugée. Notre façon d’observer l’est aussi. Comme lorsqu’ils décident de rentrer dans une boutique de luxe ou encore au Plaza Athénée. Un contraste est ressenti. Une différence de milieu social, et de style vestimentaire. Ils sont comme montrés du doigt.

Les étudiants ont été pris à leur propre jeu. Dans certaines situations nous pouvons passer inaperçu, où le regard de l’autre n’est pas immédiatement préoccupant. Mais pour d’autres, l’observation est une partie intégrante de leur métier. Comme pour un policier devant une ambassade, un concierge devant un hôtel ou encore un portier devant une boutique de luxe. Nous allons appeler ça ici l’observateur observé. Mais une question se pose, est-ce qu’on pourrait être invisible en tant qu’observateur ? 

“L’Observation flottante”, une méthode à l’épreuve du temps ?

L’article de Colette Pétonnet intitulé “l’Observation flottante” tiré de son ouvrage L’Homme, présente des points intéressants et à la fois complexes qui demandent une explication plus poussée que celle qu’en propose le texte. En effet, s’intéresser aux mécanismes de la ville en ayant pour point de départ le cimetière parisien du Père Lachaise et ses visiteurs comme objet d’étude donne matière à réflexion. 

Tombs along a footpath at the cemetery of Père Lachaise, Paris, France

Tout d’abord, nous pourrions nous demander pourquoi le choix d’un tel lieu ? Le cimetière est un lieu sombre et lugubre. Or ici, il apparaît comme un lieu plein de vie, bondé de monde et dont les allées sont parsemées de fleurs. Si bien que la description que nous propose l’auteure semble nous rappeler le “locus amoenus” maintes fois décrit par les poètes antiques ou encore baroques où ceux-ci évoquaient la fuite du temps et la perte du paradis humain imposant ainsi la finitude de l’homme et des choses comme inéluctable. Finalement, le cimetière abhorre un air de parc ou de jardin, un peu à l’image du jardin de Forez de l’Astrée d’Honoré d’Urfé (début XVIIème siècle) ou encore de l’Arcadie d’Ovide dans ses Métamorphoses (Rome antique).

Au départ, l’analyse de l’auteure semble se pencher sur les imperfections ou incomplétudes de l’ethnologie urbaine bien qu’elle en pose également les bases. En effet, si le premier mouvement se veut méthodologique, le second mouvement du texte, quant à lui met en exergue un nouveau concept : “l’observation flottante”. Ce nouveau concept inventé par l’auteure, qui nous le rappelons est l’une des pionnière en matière d’ethnographie urbaine, se présente comme un paradoxe. Comment une observation peut-elle être laissée en suspension et se laisser nourrir d’éléments extérieurs sans le consentement de l’homme ou encore sans qu’il fasse appel à ses connaissances passées et/ou à son vécu ? De prime abord, nous avons l’impression de nous retrouver face à une impasse, devant une question de nature insoluble dont la réponse ne pourrait-être trouvée qu’en la plaçant sous un angle philosophique. 

C’est tout le travail de base ethnologique qui est remis en question. Comment rendre compte de la temporalité de la ville dans un cimetière ? Comment rendre compte de l’urbanité du cimetière ? Il semblerait ici que C. Pétonnet ait préféré choisir le cimetière parisien en raison de sa notoriété. Mais, pourquoi dans ce cas formuler que le “phénomène urbain” n’a de sens que lorsque l’on s’intéresse à “l’inconnu”, aux “endroits” peu ou pas empruntés et/ou visités.

Photo du tombeau de Georges Rodenbach au cimetière Père Lachaise

La démarche paraît donc en elle-même contradictoire. Pourtant, on voit qu’il y a une déconstruction d’un mythe. Là, où l’on penserait que le cimetière ne pourrait être que sujet aux lamentations, à contrario celui-ci devient le lieu de communication (un lieu d’échange) ainsi qu’un lieu communicatif (un lieu d’exposition). Le passage entier étudié se présente tel un récit littéraire avec ses références historiques, architecturales, sa disposition graphique et le point de vue de la narratrice et de ses interlocuteurs. Ce qui en fait littéralement un journal de bord et rappelle, en même temps la vocation du chercheur. L’Homme apparait donc comme une œuvre fondamental.

Toutefois, il reste qu’on regrette le fait que cela soit purement descriptif. Il aurait été judicieux également de prendre des photos pour permettre de visualiser la chose autrement que par des métaphores textuelles. De plus, il semblerait que la démarche reste inachevée en témoigne l’aporie de “l’épilogue” :

“elle fait découvrir en quelques jours, un usage insoupçonnée du cimetière parisien, et l’existence de véritables professionnels du souvenir. Mais ceux-ci ne livrent leur secret qu’au hasard des rencontres”, Colette Pétonnet, L’homme

 

A travers l’idée de “hasard”, on retrouve la notion de temps. Dans ce cadre, les rencontres paraissent aléatoires. Or, le fait d’aller à la rencontre des gens n’a rien de hasardeux. Au contraire, c’est une entreprise qui émane d’un choix propre et personnel de l’individu ou du chercheur.

Ce que nous pouvons retenir ici, c’est le rapport à l’oralité qu’entretiennent les individus dans les espaces publics. Qu’est-ce ce qui s’y dit ? Qu’en apprend t-on ? C’est peut-être cela qui fait que ces espaces ne meurent pas et que les hommes continuent à interagir entres eux. Tout ce travail finalement de démythification, de décodification de l’espace urbain nous amène dans une moindre mesure à repenser le cimetière à l’épreuve du temps. En effet, le travail historique et de mémoire concret des hommes du passé s’est traduit par des politiques d’aménagements du territoire. 

Du cimetière Père Lachaise au quartier d’affaires de la Défense : comparaison de deux puissants symboles français.

Photo de reconstitution des quartiers de la Défense

A l’instar du quartier d’affaires de la Défense, lui aussi situé au cœur de la capitale française, on remarque que tous deux, le cimetière comme le célèbre quartier d’affaires parisien sont liés par l’idée de grandeur. L’un témoigne de la grandeur de personnages illustres français (le cimetière) et l’autre symbolise le pouvoir financier et urbain français (les gratte-ciels) que l’on retrouve dans la hauteur des bâtiments.

En résumé, ces lieux publics posent la question de l’aménagement du territoire et comment sur une place dite commune et célèbre des individus tentent de raconter les lieux à leur manière et de se l’approprier. La question de la temporalité devient donc centrale. Quel devenir pour ses édifices, pour nos monuments ? Comme les morts dans leur tombe, les édifices du célèbre quartier d’affaires français restent muets puisqu’ils sont inanimés. On comprend donc que la ville se raconte au travers des passants qui font et refont la ville au gré de leurs mouvements, activités et attitudes. La ville n’est donc animée que s’il y a des hommes pour la décrire et la définir d’eux-mêmes pour eux-mêmes.

Photo de la Grande Arche de la Défense

Comment se repère-t-on dans le métro ? La place de la signalétique

Compte rendu de Petite sociologie de la signalétique, Les coulisses des panneaux du métro, de Jérôme Denis et David Pointille.

Le texte dont on rend compte ici évoque la place de la signalétique, en tant qu’opérateur d’aménagements, qui permettent la dissolution des frontières entre l’environnement et l’ensemble des signes qui permettent de l’expliciter. C’est en observant les coulisses d’entreprises chargées de l’exploitation des transports publics que les auteurs, Jérôme Denis et David Pontille, vont s’attacher à analyser les conditions de production et d’entretien de la signalétique. Nous allons réfléchir dans un premier temps à la méthodologie utilisé par les auteurs, puis dans un second temps nous discuterons de la pertinence de l’axe choisi et du terrain utilisé.

Après avoir listé les différents axes d’analyse de la signalétique, à savoir : l’analyse sémiologique, l’analyse des usages et l’analyse des conditions de production. Les auteurs ont choisi d’opter pour la dernière, moins répandue que les deux premières, pour tenter de dresser un portrait sociologique de la signalétique. Ils vont ensuite préciser leur objet de recherche en se concentrant sur trois dimensions : Ils vont observer un « ensemble d’écrits » (1), c’est tout ce qui va se rapporter à la signalétique. Ces écrits vont ensuite être abordés dans une perspective « écologique » (2), c’est-à-dire que les auteurs vont chercher à comprendre comment ils permettent de créer un environnement pour les voyageurs. Mais aussi comment ils interagissent avec les autres écrits susceptibles d’exister dans un espace public. Enfin, J. Denis et D. Pontille vont avoir une approche « pragmatiste » (3), c’est-à-dire qu’ils vont s’intéresser aux différentes manières qu’ont les producteurs de signalétique de penser et concevoir les écrits. Leurs enquêtes de terrain se sont concentrées dans les coulisses de la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP) mais également dans la Metropolitan Transportation Authority (MTA).  Ils ont ainsi réalisé de manière assez classique des entretiens approfondis avec des employés de ces deux entreprises, le but premier était avant tout de savoir comment s’organise et se divise le travail pour répondre aux enjeux de la signalétique, mais aussi de connaître son importance dans l’environnement du métro. Ils ont également effectué un travail d’observation en accompagnant certains employés de la RATP dans leurs tâches quotidiennes. Enfin, ils ont élaboré une expérimentation en effectuant des trajets sur le réseau New Yorkais et Parisien en se servant uniquement des éléments de signalétique comme guide, afin d’isoler le dispositif pour mesurer son impact et son efficacité sans aides extérieurs.

Bien que les deux premiers axes d’analyse de la signalétique (analyse sémiologique et analyse des usages) aient déjà été bien exploités par la communauté scientifique, il me paraît difficile de dresser un portrait sociologique complet de la signalétique en ne s’intéressant qu’aux coulisses des entreprises chargées de l’exploitation des transports publics. C’est pourquoi, bien que les conditions de production et de maintenance de la signalétique sont importantes à théoriser, elles sont également à mettre en relation avec l’interprétation des signes et la pratique des usagers pour en comprendre leur totale complexité. Cela se ressent notamment dans les exemples choisis par les auteurs et les méthodes utilisés. En effet, l’exemple de l’épigraphe inscrit sur le mur indiquant le quai de la ligne 1 du métro direction La Défense montre, comme les auteurs le soulignent, que la signalétique n’est pas seulement conçue comme une information. Elle doit être mis en forme de manière à ce que chaque utilisateur puisse la comprendre naturellement grâce à l’harmonie globale entre les signes du réseau ; Ce qui permet de faciliter la navigation du voyageur. Il y a donc une réflexion sémantique derrière cette épigraphe. Enfin, lors de leur enquête de terrain, les auteurs se sont concentrés à effectuer une série de trajets en n’utilisant que des éléments de la signalétique pour se guider. Ils se sont donc finalement intéressé aux pratiques des usagers pour voir si entre la production de signalétique, sa mise en place, et sa compréhension par l’usager, il n’y avait pas de décalage entre les attentes de l’entreprise et la réalité. L’analyse des usages me paraît donc essentiel car la veille du réseau qu’elle implique permet d’effectuer des rectifications si on s’aperçoit d’un décalage entre le message produit et sa compréhension par l’usager. De plus, toutes les mobilités ne sont pas égales, c’est pourquoi il est intéressant de s’intéresser aux usages et pratiques pour adapter la signalétique au plus grand nombre. Notamment aux personnes en situation de handicap. Enfin, il aurait été intéressant de voir si la signalétique du métro requiert des codes et pratiques particulières, ou si elle peut être standardisé et applicables à d’autres réseaux de transport. Le terrain étudié était propice pour cela étant donné que La RATP possède des réseaux de bus, tramways et autres. 

Les auteurs ont ainsi raison de s’attacher à analyser les conditions de production de la signalétique ainsi que les coulisses des entreprises chargées de l’exploitations des transports publics. Toutefois, ces analyses sont à inscrire dans un cadre général et sont à observer de manière transversales avec des analyses sur les signes et sur les usages.

Sociologie : quand tout le monde devient observateur

Nicolas Jounin est un sociologue au Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPPA), maître de conférences à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. C’est un « holiste » car selon lui, c’est la société qui forme l’ individu grâce à la socialisation.  

« L’observateur observé » est un chapitre de l’ouvrage Voyage de classes, publié en 2004. Il s’agit d’une restitution d’une enquête collective. 

Jounin amène ses élèves faire une enquête sociologique à Paris dans le 8ème arrondissement. De cette expérience pédagogique, il en ressort un livre et on note un espèce de mise en abyme c’est-a-dire qu’il fait un travail sociologique sur un travail sociologique. Il montre qu’en sociologie, ce sont les catégories socioprofessionnelles élevées qui observent les milieux populaires. Dans cette enquête, la majeure partie de ses élèves sont issus des milieux populaires.  

La démarche de Jounin est une démarche ethnographique car les observateurs se plongent dans ces milieux avec une observation participante. Le chercheur est lui aussi plongé dans le milieu qu’il étudie avec des observations participantes. Ce qui est aussi intéressant c’est qu’il y’a aussi un espèce de mise en abime c’est a dire que le chercheur ( Jounin) est en observation participante et ses élèves aussi. Il observe ses élèves qui sont eux aussi observés.  On note un renversement de cette situation apparemment simple de jeunes ayant fait une enquête sociologique et qui se trouvent à être eux aussi observés. 

Dans son travail, Jounin montre comment ses élèves (les observateurs) ont un sentiment d’écrasent social. Ils vont dans des magasins et les vigiles ne les regardent pas de la meilleure des manières. Nous notons une ambivalence du fait que les jeunes sont à la fois étudiants enquêteurs et ressortissants des quartiers populaires. La réaction des personnes est liée aux catégories sociales des étudiants.  Quand on se place dans l’espace, on se retrouve dans un espace social où on va se confronter à une distance sociale. Le fait de se rendre dans un quartier où la catégorie sociale est différente de la notre, nous permet d’expérimenter cette différence sociale et ressentir le poids de la domination.

Nous pouvons faire référence à Fabien Truong ( professeur agrégé au département de sociologie de l’université Paris 8)  dans son travail sur châtelet les halles : « Aux halles, les jeunes de saint Denis ne se sentent pas observés ».  C’est un endroit où les jeunes des quartiers populaires se retrouvent car c’est un quartier different des autres.  Truong montre que le fait d’expérimenter la distance sociale modifie notre mobilité. Les jeunes de milieux populaires ou de banlieues parisiennes se rendent à châtelet les halles car ils ne se sentent pas dominer là-bas. Alors que dans les espaces alentours ils ressentent une forme de domination du fait de l’impact de leur mobilité.
Jounin montre ce qui se joue dans ces quartiers quand on est jeune issu du milieu populaire. 

Image tiré du magazine “rencontre”

La notion de “classe sociale” joue un rôle important dans ce chapitre. Chez
Karl Marx, on note deux classes sociales : les bourgeois et les prolétaires. C’est dire que la société est organisée d’une manière hiérarchique mais pas uniquement sur la question su statut social, mais aussi sur des questions d’activités et de classe avec une domination des classes supérieures sur les classes populaires. 

Nous notons la présence de ce qu’on appelle l’habitus dans ce chapitre. Selon Bourdieu, c’est l’ensemble des goûts et des capacités acquises par l’individu au cours de sa socialisation. Chaque catégorie socioprofessionnelle correspond à une habitus.

Chez Jounin , on note que les structures sociales jouent un grand rôle et qu’une société n’est pas uniquement entourée des individus agrégés entre eux mais qu’il y a un fonctionnement de la société de manière indépendant des individus. 

L’observation flottante ou l’école peripateticienne de la sociologie [1]

Nous nous proposons ici de faire une lecture critique d’une partie de l’article de Colette Pétonnet, ethnologue et anthropologue française, intitulé : L’observation flottante. L’exemple d’un cimetière parisien.

« L’observation flottante » est une méthode d’analyse de terrain que l’on peut qualifier d’empirique et qui consiste en une déambulation attentive au moindre détail, changeant toute expérience sensible en information sur le lieu étudié. L’idée derrière le terme « flottante » est de présenter le chercheur comme voguant au gré de ses observations et de ses échanges avec des passants, en ayant une ouverture d’esprit totale à tout type d’apport informatif, par opposition à une recherche organisée qui se voudrait focalisée sur un aspect spécifique d’un lieu et qui régirait la recherche en entraînant le sujet de tel ou tel côté pour dénicher l’objet souhaité. C’est le flot ininterrompu d’apport en informations qui devrait, selon Colette Pétonnet, laisser émerger les « règles sous-jacente » qui régissent le lieu. Consciente des limites de cette méthode, l’auteure l’évoque comme une solution provisoire nécessaire face aux lacunes de l’ethnologie urbaine et choisit le cimetière du Père-Lachaise comme un lieu test servant à mettre à l’épreuve « l’observation flottante ».   

Le processus…

L’étude de terrain est divisée en cinq temps, dont le premier correspond plutôt à une prise de contact avec le lieu, puis quatre autres visites les 3, 8, 16, 30 mars 1982. Le cimetière est d’abord assez minutieusement décrit, un peu à la façon des naturalistes, de sorte que des images s’imposent à l’esprit. On ne peut d’ailleurs qu’évoquer l’aspect littéraire de la description qui rompt avec la partie de présentation, plus ésotérique et jargonneuse. Il est également intéressant de noter que l’auteure emploie la troisième personne et parle du « chercheur » comme s’il était un personnage de fiction, de même, elle utilise les temps du récit : l’imparfait et le passé simple, ce qui donne à son texte des caractéristiques de roman.

En plus des détails physiques de la description du lieu, le chercheur analyse également les individus et leurs actions avec minutie et fait en sorte d’échanger avec eux pour obtenir le maximum d’informations. On peut lire des retranscriptions de bribes de conversation, et en déduire l’âge ou le milieu social des individus à leur façons de parler. L’auteure insiste notamment sur l’aspect culturelle du lieu en montrant comme chaque tombe renferme la mémoire d’un homme et d’une époque, celle d’un vécu : « Le Père-Lachaise est une encyclopédie ». Cependant, rares sont les quelques habitués au courant de toutes les anecdotes et les multitudes d’histoires qui habitent les allées ; mais c’est à leur contact que le passant peut s’instruire : il est question du vieillard sur le banc ou du « petit père » qui connaissent le cimetière comme leur poche, ou des deux dames qui prennent soin des chats errants et qui se repèrent grâce à leur parfaite connaissance des tombes sans prêter attention aux noms des petits chemins qui quadrillent cet espace. Au cours des échanges, on constate que le chercheur ne met pas les personnes qu’il rencontre au courant de sa démarche, il n’est qu’un individu parmi les autres promeneurs du cimetière. Ce détail, s’il peut sembler anodin, renforce en réalité le « flottant » de la recherche : le chercheur épouse les flux et se laisse porter par les dynamiques du lieu.

…a ses limites

Cette méthode de « l’observation flottante » semble très enrichissante car immersive : le cimetière étant un lieu public, donc dans lequel évoluent, outre certains personnages habitués comme « le petit père », des individus différents chaque jour ; aucune barrière ne se dresse entre le chercheur et les passants avec qui il peut y avoir des échanges. On ne rencontre pas l’embuche de l’intégration nécessaire à William Foote Whyte qu’il décrit dans Street corner society.  Ainsi, cette méthode permet une récolte d’informations assez rapide : en l’espace de cinq visites, l’auteure peut donner le la de cet espace dans la cadre temporel correspondant. Cependant, nous pouvons nous risquer à dire que, dans une recherche des « règles sous-jacentes » régissant un espace, il faudrait sans doute multiplier les visites afin d’élargir l’expérience du lieu à un lapse de temps suffisamment long pour qu’il soit représentatif d’un quotidien.

La connaissance empirique ne peut établir de règle générale sur des observations isolées. En effet, David Hume, éminent penseur de l’empirisme moderne, nous invite à ne pas confondre les énoncés indubitables tels que les règles mathématiques qui se trouvent être vérifiés « dans tous les mondes possibles » avec ce qu’il nomme les « associations de faits », connaissances émanant de l’expérience et qui peuvent se voir invalidées au moindre contre-exemple. Prenons le Soleil : on fonde en savoir que le soleil se lèvera demain car l’expérience de l’habitude quotidienne a tacitement enraciné le phénomène comme une règle dans notre esprit. Or rien ne semble a priori contrarier la possibilité qu’un astéroïde vienne un beau jour chambouler les rouages astronomiques de la rotation de la terre. Donc le levé du soleil n’est pas déterminé et ne saurait en aucun être entendu comme un phénomène nécessaire. Cette théorie illustre assez bien ce que nous pourrions opposer à cette application précise de « l’observation flottante ». Les dynamiques décrites par l’auteure sont essentiellement issues des échanges et des rencontres avec des personnes âgées et donc, probablement décédées aujourd’hui. Une nouvelle génération a-t-elle repris le flambeau du vieil homme du banc ou des dames aux chats ? Rien n’est moins sûr, ce qui peut nous laisser penser que les dynamiques se sont éteintes elles aussi. Pour avoir fréquenté ce cimetière, je me permettrais d’affirmer qu’il n’est pas si simple de rencontrer des individus assez renseignés, passionnés ou dévoués pour vous prendre par la main et vous faire découvrir les merveilles cachées du Père-Lachaise.

Compte tenu de la limite majeur constituée par cette méthode, à savoir, qu’elle requiert de nombreuses visites d’un lieu pour pouvoir en tirer des conclusions assez certaines. Il semble nécessaire de l’appliquer en multipliant les expériences de terrain afin de rendre l’analyse du lieu la plus fine possible. D’un autre côté, elle pourrait être efficace dans un lieu comme La Défense, très régulièrement rythmé par les horaires de travail comme on peut le soupçonner pour un quartier d’affaire. De même, il est animé par la présence d’infrastructures de divertissement : cinéma, centres commerciaux… ce qui pourrait laisser une marge de manœuvre d’échange avec les passants. L’école péripatéticienne de la sociologie est donc toujours en marche pour fournir encore quelques preuves de son efficacité.


[1] Du grec ancien peripatein « se promener » ou « peripatetikos » : « qui aime se promener ».  Ecole fondée en -335 par Aristote, qui enseignait en marchant.

L’observation réciproque. Quand l’observateur est observé !

Le texte «  L’observateur observé », constitue la deuxième partie de l’oeuvre « Voyage de classes, des étudiants de Seine saint Denis enquêtent dans les beaux quartiers » écrite par Nicolas Jounin ; c’est une oeuvre écrite à la suite d’une enquête menée par les étudiants de seine saint-Denis dans les beaux quartiers, plus précisément dans le 8ème arrondissement de Paris. Nicolas Jounin, l’auteur de cet ouvrage, est sociologue, et il a enseigné à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis pendant 7 ans. Il est aussi l’auteur de l’oeuvre « Chantier interdit au public », une enquête qu’il a mené  parmi les travailleurs du bâtiment, paru aux éditions Découverte en 2009. Dans cet ouvrage, Nicolas Jounin raconte le quotidien de ces ouvriers qui travaillent dans le bâtiment. Pour mener à bien son enquête, dans un milieu où les témoignages est difficile à avoir, l’enquêteur s’est fait passé pendant une année pour un ouvrier ordinaire. Il a aussi participé à l’écriture de l’œuvre « On bosse ici, on reste ici ! La grève des sans papiers : une aventure inédite” paru en  2011.

Pour analyser ce texte, je l’ai scindé en trois parties en fonction de la méthodologie d’enquête adapté par les apprentis sociologue de l’université Paris 8. La méthode d’observation utilisée par les étudiants depend avant tout de leur lieu d’enquête. Dans ce texte, les lieux d’enquête reposent sur trois parties : le parc Monceau, l’espace public, les boutiques de luxe. Comme nous le verrons dans la suite de notre analyse, la posture d’observation évolue tout au long de l’enquête et s’avère très compliquée pour certains à cause du rejet, du regard gênant etc. Certes ,Nicolas Jounin a donné aux étudiants la possibilité de négocier leur emplacement afin de mener à bien leur enquête. Donc, on voit clairement que Nicolas Jounin laisse à ses étudiants de choisir la direction qu’ils veulent donner à leur enquête (observation directe ou participative). Mais cela n’est tout de même pas évident pour ces étudiants qui suscitent de la curiosité rien que par leur simple présence dans ce quartier bourgeois de Paris. Avant de plonger dans l’analyse du texte, la première chose qui a attiré mon attention, c’est surtout le titre de l’oeuvre «  Voyage de classes » .

Contrairement à ce que j’avais découvert , je m’attendais à un vrai « voyage » dans un camp d’été où les étudiants racontent leur propre expérience sans accorder une grande importance aux normes sociologiques. Sans risque de me tromper, je dirais que ce terme « voyage » a été utilisé de manière ironique et paradoxale par Nicolas Jounin surtout quand on se rend compte que Saint-Denis se trouve à une trentaine de minutes de Paris. Les étudiants partent à la découverte d’un environnement qui est différent de leur. Donc, ils vont essayer d’analyser les comportements des individus dans un endroit géographiquement déterminé. Cependant, les étudiants se retrouvent observer en retour parce qu’ils font pas partis du milieu, ne répondent pas aux normes sociales de ce milieu, ou simplement suscitent d’interrogations par leur manière de procéder.

Dans la première partie, les étudiants enquêtent dans un espace public, c’est un espace qui laisse aux étudiants une certaine liberté d’observation car l’observé n’a absolument aucun contact avec l’observateur et ne soupçonne pas l’enquêteur d’enquêter sur lui. Dans cette première partie d’observation, le terrain d’observation «  jardin de Monceau » est accessible aux enquêteurs, à tout le public d’ailleurs. Donc les étudiants n’ont pas cette contrainte de négocier leur mobilité afin de mener leur enquête. La construction de l’objet d’enquête « les nounous » me parait un peu vague dans cette partie. Les personnes à enquêter bien  que designer théoriquement «  les nounous », ne peuvent pas être repérer avec exactitude. En fait, pendant l’observation, les étudiants se sont fier à leur intuition pour deviner le lien entre les enfants et ceux qui l’accompagnent. Les étudiants misent sur l’apparence physique pour déduire une appartenance “ethnoracial”.

J’ai l’impression que les étudiants se sont basés sur des données extérieurs de l’observation pour faire un lien avec leur enquête. C’est-à-dire sur les habitudes dans ce milieu où c’est les défavorisés qui s’occupent de plus aisés. Pour eux, les nounous sont  « différentes », «  africaines », « asiatiques ».  Donc , la présence des « femmes différentes » dans un parc au milieu d’un quartier bourgeois à moins qu’elles soient «  nounous » n ‘aurait absolument aucun sens . Comme nous l’explique d’ailleurs Nicolas Jounin, cela n’aurait pas la meme dimension dans un parc de la banlieue où la sociabilité, le partage, le vivre ensemble règnent. En se basant sur cette observation, on découvre clairement que certains personnes sont catégoriser en fonction de leur apparence physique, leur comportement, ou  leur vécu social. En effet, l’observation n’est pas participante dans le sens ou les personnes enquêtées n’ont absolument aucune interaction avec l’enquêteur. Nos enquêteurs mettent en avant leur imaginaire tout en oubliant le factuel, le concret. On retrouve aussi dans cette enquête, une sorte de « communautarisme », une mise à l’écart des défavorisés par la classe bourgeoise.

Décrire des événements qui se passent

La  méthodologie d’observation, dans la deuxième partie de ce texte, est différente de la première dans le sens où les étudiants sont menés à décrire des événements qui se passent sous leurs yeux (contrôle de police ) ; des situations dont ils sont les déclencheurs ( s’incruster dans une boutique pour riche, se poser dans un café dont on est visiblement pas la bienvenu). En fait, ce genre d’observation présente une double difficulté pour les étudiants issu de la banlieue qui pourraient d’ailleurs être contrôlés et observés par  la police  à cause de leur style vestimentaire. Ils peuvent facilement faire l’objet d’une fouille à l’improviste ou d’une interpellation. Selon moi, cela fait echo à cette « haine » qui existe entre la police et ceux de la banlieue, surtout  comme le décrit Nicolas Jounin, les « non blanc » , « au style vestimentaire jeune ». Chacun porte un regard différent sur l’autre, ou du moins se méfie. Pendant ce genre d’observation, l’enquêteur qui est censé observé fait aussi l’objet d’une observation, et cette observation peut mettre fin à son enquête dès le moindre soupçon. En effet, certains endroits comme « l’ambassade », « les ministères » sont sensible à l’observation, car cela peut être perçu comme du repérage ou faire l’objet d’une autre interpretation.

On retrouve aussi dans cette dernière partie du texte, une autre méthode d’observation utilisée par les étudiants : celle d’intégrer le milieu qu’il étudie comme étant membre. C’est ce qu’ils essayent de mettre en pratique  en visitant les boutiques de luxe comme étant des clients ordinaires, des potentiels acheteurs. Cependant on constate explicitement, comme le décrit Nicolas Jounin,  le mal être de ces étudiants qui n’arrivent pa à faire semblant, à répondre aux exigences du code de la bourgeoisie. Le cadre de la bourgeoisie est un cadre fermé, régie des codes et il faut répondre aux codes pour y être ; les étudiants révèlent surement de curiosité de part leur style vestimentaire mais aussi leur posture ou apparence physique. L’observation prend dans ce cas une autre tournure. L’observateur n’est pas du tout invisible et fait aussi part de l’observation de la part de celui qu’il observe. Pour éviter tous ces regards curieux, certains des étudiants ont décidé d’adapter une autre approche : négocier leur place avant de commencer leur observation. Je me demande bien si les étudiants auraient rencontrées le meme REJET s’ils avaient enquêter dans une boutique de saint Denis ? Je n’ai pas des données sociologiques pour déterminer cela, mais je dirais  « non » sans la moindre hésitation.

Pour clore mon analyse, je tiens à préciser que la dernière chose qui m’a surtout captivé dans cette expérience pédagogique des étudiants de Seine Saint Denis, c’est surtout la précision avec laquelle ils racontent leurs observations . Il m’arrive meme dans la lecture de certains passages de visualiser la scène , de la reproduire dans mon imaginaire, d’imaginer les personnes et leurs comportements à l’égard de ces étudiants qu’ils perçoivent comme étant « des êtres inférieurs » .