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Pixel Invasion : le talent artistique et l’interaction culturelle d’Invader dans les espaces urbains

Attention ! En marchant sur la route, vous pourriez déjà être « pris pour cible ». En plus des graffitis classiques, vous remarquerez des carreaux de mosaïque ornant les bâtiments et les murs, représentant des créatures extraterrestres ou des figurines pixelisées. En vous promenant dans la rue, il se peut que vous leviez la tête et que vous tombiez nez à nez avec eux.

Ce sont les chefs-d’œuvre d’un artiste de rue français sous le pseudonyme d’Invader, de son vrai nom Frank Slama inspiré du jeu vidéo Space Invader. Ces œuvres de street art présentent souvent des thèmes d’invasion extraterrestre (voir l’image au-dessous, pris par LP et Olivier Corsan) issus de films de science-fiction, envahissant tranquillement la ville de Paris la nuit. Non seulement à Paris, ces motifs de pixels ont également atterri dans des villes comme New York, Los Angeles et Hong Kong. Rien qu’à Paris, environ 1 500 créatures pixelisées vivent avec nous dans cette ville. Grâce à FlashInvaders, une application conçue par l’artiste, nous pouvons partir à la chasse aux mosaïques, les découvrir, les « flasher » et accumuler des points en fonction de leur taille et de leur rareté.

(Source : LP/Olivier Corsan)  

Les mosaïques pixelisées d’Invader s’inscrivent dans un langage graphique urbain comme graffiti, enrichissant l’atmosphère visuelle des villes. Comme l’a illustré l’article L’effacement des graffitis à Paris : un agencement de maintenance urbaine (Jérôme Denis, David Pontille, 2018), il existe un lien complexe entre l’entretien des espaces publics et la suppression des graffitis. Cela nous pousse à interroger la légalité des œuvres d’Invader et leur esthétique symbolique.

Comment les symboles graphiques d’Invader influencent-ils les dynamiques urbaines et l’interaction citoyenne, tout en affrontant les défis de la légalité et de l’acceptabilité ? Tout d’abord, nous discuterons des valeurs artistiques et commerciales des œuvres de créatures pixelisées elles-mêmes. Deuxièmement, nous aborderons la dynamique et l’interactivité des espaces publics urbains. Ensuite, envisageons leur légitimité et leur acceptation par le public. Enfin, nous discuterons si les pratiques de nettoyage peuvent s’appliquer à ces mosaïques comme pour les graffitis.

Talent artistique et commercial des mosaïques de pixels

En évoquant l’art d’Invader, il est impossible de ne pas penser à la tradition de la critique artistique du XVIIIe siècle. Dans Les Salons, Diderot commente les expositions de l’époque, explorant la relation entre l’art, la société et le public. Il ne se contente pas de juger la valeur esthétique des œuvres, mais examine également comment celles-ci dialoguent avec le spectateur, suscitant émotions et réflexions.

De la même manière, bien que les œuvres d’Invader se présentent sous la forme de mosaïques en pixel, leur dimension artistique est indéniable. Comme l’a soutenu Diderot dans Les Salons, un grand art est celui qui interagit avec le public. Invader parvient à intégrer l’esthétique des pixels des jeux vidéo dans le paysage urbain, brisant ainsi les frontières de l’espace d’exposition traditionnel et transformant la ville en un espace d’exposition ouvert. Cette interactivité fait écho à la vision de Diderot selon laquelle l’art ne doit pas être réservé à une élite, mais doit inviter tous les publics à participer et réfléchir.

Je considère ces pièces de mosaïque pixellisées comme des œuvres d’art contemporain. Premièrement, il est artistique et original. Le style de travail d’Invader est principalement caractérisé par le pixel art, un style inspiré des jeux vidéo des années 1980, en particulier les formes minimalistes des premières images pixel. Son travail utilise souvent des mosaïques en céramique aux couleurs vives composées de motifs et de formes simples pour créer des effets visuels expressifs. Cette conception rend ses œuvres uniques et accrocheuses dans les espaces urbains. Nous pouvons considérer cette forme d’art comme une innovation du langage artistique traditionnel, démontrant son originalité comme d’autres œuvres d’art contemporain dans les musées et les galeries. De nombreux musées et expositions d’art, tel que le Musée en Herbe à Paris,  incluent également les œuvres d’Invader, renforçant ainsi son statut artistique.

De plus, sur le marché de l’art, les œuvres d’Invader sont également considérées comme des œuvres d’art de collection. De nombreux amateurs d’art le conservent dans des galeries privées. Certaines de ses œuvres sont apparues dans des maisons de ventes internationales comme Sotheby’s et Christie’s et vendues à des prix élevés, comme « Hong Kong Phooey », prouvant une fois de plus le statut artistique de ses œuvres tant sur le plan commercial que culturel. La reconnaissance du marché de l’art signifie que ces œuvres ne sont pas seulement considérées comme des décorations publiques ou des interventions dans la rue, mais aussi comme des œuvres ayant une valeur artistique et marchande.

Dynamique et interactivité des espaces publics urbains

Les espaces urbains n’ont pas seulement des fonctions physiques, ils sont aussi chargés de symbolisme culturel et artistique. Avec l’application FlashInvaders, l’interaction entre les œuvres d’art et les citoyens n’a jamais été aussi grande. L’application ne se contente pas d’apprécier l’art, elle transforme le processus de recherche de ces œuvres d’art en un jeu amusant. Ce format modifie non seulement la perception de la ville, mais donne également un nouveau sens à l’espace urbain.

Les mosaïques pixelisées d’Invader ne sont pas seulement incrustées dans les murs ou les bâtiments, mais sont parfois même cachées sous des tunnels ou des ponts, une disposition qui abolit les frontières entre l’art et le tissu urbain. Les œuvres d’art ne sont pas de simples décorations statiques, mais font partie de la vie urbaine et participent de manière interactive aux promenades quotidiennes et à l’exploration de la ville.

En outre, cette expérience dynamique permet aux gens d’interagir avec l’espace urbain d’une manière qui stimule leur sensibilité et leur curiosité à l’égard de leur environnement. Les œuvres d’art d’Invader sont astucieusement dissimulées dans toute la ville, obligeant les participants à réexaminer leur environnement quotidien sous un angle différent. Ce comportement transforme le paysage urbain statique en un « terrain de jeu artistique » vivant, transformant la ville en un espace d’exposition ouvert et en constante évolution. Avec les pas des joueurs, les rues, les bâtiments et même les musées deviennent partie intégrante de l’œuvre d’art, conférant à l’espace urbain une nouvelle dynamique et de multiples significations.

En même temps, cette forme d’art fait entrer l’observation traditionnelle de l’art dans l’ère numérique. Grâce au GPS et aux systèmes de classement, les joueurs ne sont pas seulement des spectateurs passifs, mais des explorateurs actifs de la ville, dont le comportement rend la ville interactive. Les œuvres d’Invader ne sont pas seulement physiquement intégrées dans le tissu urbain, mais grâce à cette interaction numérique, elles sont devenues une partie importante de la culture mondiale de l’art de la rue. La ville n’est plus seulement une toile de fond dans ce processus, mais une plateforme culturelle vibrante et en constante évolution.

Légitimité et acceptation par le public

En fait, tous ces graffitis en mosaïque ont été réalisés en douce par l’auteur sans le consentement de quiconque qui sont illégaux au regard de la loi. Dans la plupart des villes, l’art public non autorisé est souvent classé comme graffiti ou vandalisme et n’est donc pas légalement autorisé, et le créateur a été arrêté pour installations illégales, ce qui montre aux artistes pratiquant l’art public les risques juridiques et les défis rencontrés lors de la création.

Pourtant, l’accueil réservé au travail d’Invader varie d’une ville à l’autre. Dans de nombreux endroits, le public a accueilli favorablement ses œuvres, affirmant qu’elles ajoutent de la couleur et de la vitalité à la ville. À Tokyo, par exemple, lorsqu’une œuvre représentant Astro Boy a été retirée, les citoyens ont exprimé une forte opposition à cette décision, arguant qu’il s’agissait d’une œuvre d’art et qu’elle devait être correctement préservée. Cette réaction reflète la reconnaissance de l’art d’Invader et la poursuite de l’embellissement urbain. On peut considérer ses œuvres comme faisant partie du paysage urbain plutôt que comme un simple acte de graffiti.

(Astro Boy supprimé à Tokyo, © Edouard Marzin) 

Il y a même des fans ardents qui, pour imiter et suivre ses traces, ont constitué de nombreuses mosaïques déroutantes, comme des images extraterrestres. Bien que les créations artistiques d’Invader soient légalement controversées, le soutien et l’appréciation du public témoignent de la reconnaissance de la valeur de l’art de rue. Ce phénomène reflète également l’évolution de l’utilisation et de l’esthétique de l’espace urbain par la société, suggérant que de plus en plus de citoyens considèrent ces œuvres comme faisant partie de leur patrimoine culturel.

Façons d’effacement : existe-t-il une analogie avec le graffiti ?

L’esthétique est une question très subjective, certains peuvent la classer comme une « pollution visuelle » tandis que d’autres la voient comme une œuvre d’art. Il existe également un phénomène de nettoyage de ces œuvres en mosaïque : plus d’une dizaine d’œuvres discrètement placées au Louvre par Invader ont été supprimées. L’article que j’ai lu soulignait également que la suppression des graffitis est également sélective, nécessitant un jugement qualitatif sur les aspects artistiques et sociaux des graffitis et mettant en œuvre une politique de tolérance zéro pour les graffitis au contenu offensant. Ces jugements peuvent également être utilisés pour la dépose d’œuvres en mosaïque. Cependant, le style des œuvres mosaïque est relativement uniforme et il n’y a pas de contenu offensant, donc je pense que ces œuvres peuvent éviter le sort d’être effacées.

Nous devons également éliminer correctement le matériel s’il doit être retiré. Ces mosaïques sont constituées de petits carreaux carrés. S’ils sont fixés au mur avec de la colle, ils peuvent être retirés physiquement : à l’aide d’un outil approprié (pelle, grattoir par exemple), décollez-les délicatement du mur. Nous pouvons également utiliser certains solvants chimiques, comme des adhésifs adoucissants, pour faciliter le nettoyage. Ceux-ci nécessitent une exploitation minutieuse par des professionnels pour éviter de causer des dommages plus importants au mur et maintenir la fragilité de la surface urbaine.

Plutôt que de se débarrasser des œuvres, il serait préférable de les déplacer vers un endroit spécifique pour les préserver, par exemple en créant un musée ou une exposition spéciale, mais ce ne sont que de belles conceptions pour le moment.

En fait, le plus parfait serait de laisser ces créatures en mosaïque rester là où elles sont, leur permettant ainsi d’enrichir notre paysage urbain et de vivre avec nous. Cependant, cette situation présente certaines complications, car elle n’est pas autorisée par la loi, mais les responsables de la ville maintiennent toujours une attitude tolérante à son égard. La grande majorité des œuvres apparaissent dans les rues et ruelles de la ville sous forme de street art. Cette forme d’art améliore non seulement l’esthétique des espaces urbains, mais encourage également les citoyens à réexaminer leur environnement et à participer à la vie culturelle.

En conclusion, les œuvres d’art de rue en mosaïque d’Invader se distinguent par leur talent artistique exceptionnel et leur unicité, tout en affichant une valeur commerciale élevée. Ces créations, souvent perçues comme des graffitis, méritent d’être préservées car elles permettent au public d’interagir directement avec l’art et de redécouvrir les espaces urbains qui les entourent. Cette interaction enrichit non seulement l’esthétique de notre environnement, mais incite également chacun à réévaluer son propre espace.

La question de la légalisation de ces œuvres est toujours débattue, tout comme celle de leur éventuelle suppression. En effet, envisager l’élimination de ces œuvres nécessite une réflexion globale qui englobe le gouvernement, le public, l’espace urbain et l’art lui-même. Dans ce cadre, il est intéressant de se demander : pourquoi sommes-nous tolérants envers les œuvres de street art ? Cette tolérance peut être appréhendée non seulement à travers la perspective des citoyens, mais aussi celle des autorités gouvernementales.

Les gouvernements et les instances concernées peuvent choisir d’être tolérants pour plusieurs raisons. D’une part, l’art de rue est souvent considéré comme une composante essentielle de la culture urbaine, capable d’attirer les touristes et de valoriser l’image de la ville. D’autre part, une suppression radicale de ces œuvres pourrait entraîner des réactions négatives du public et même des manifestations, ce qui nuirait à la légitimité des autorités. Par ailleurs, ces dernières peuvent réaliser qu’une approche mesurée favorise la diversité artistique et l’innovation, contribuant ainsi au dynamisme de la ville.

Ce ne sont que des hypothèses basées sur l’expérience, et on attend toujours une réponse de la part du gouvernement et des autorités compétentes. Cependant, il est indéniable que ces œuvres d’art de rue sont devenues une partie intégrante de l’espace urbain et du paysage.


Références

  • Le site officiel d’Invader

https://www.space-invaders.com/

  • French Street Artist Space Invader Back At It In NYC After Arrest

Phillipe Martin Chatelain, 2013

https://www.untappedcities.com/french-street-artist-space-invader-back-after-arrest-nyc/

  • Hong Kong Phooey takes his revenge at Sotheby’s with record $307k price for French artist Invader

Philippe Lopez, 2015

https://www.abc.net.au/news/2015-01-21/hong-kong-phooey-invader-mosaic-sells-at-sothebys-auction/6031980

  • The duality of Graffiti: is it vandalism or art?, CeROArt [Online], HS

Alain Colombini, 2018

https://journals.openedition.org/ceroart/5745

 

Les graffitis, une forme d’art ou de dégradation de la ville ?

Les sociologues Jérôme Denis et David Pontille s’intéressent au processus d’effacement des graffitis dans la capitale comme un « ordre esthétique » et un « dispositif d’entretien » dans une enquête intitulée « L’effacement des graffitis à Paris : un agencement de maintenance urbaine » paru en novembre 2018. 

Une mise en ordre esthétique 

Cela met en évidence le caractère matériel et linguistique de la ville et révèle une partie de sa structure organisationnelle. L’opération de nettoyage du système rend invisibles les graffitis considérés comme dangereux. L’enquête montre que restituer la forme tangible de l’espace urbain partagé nécessite de passer par l’invisibilité d’un autre. Il y a une opposition entre les graffeurs et les agents d’entretien.La propreté est primordiale car les graffitis représentent la brutalité et la violence. L’initiative de « programme opération mur propres » pour éviter la dégradation des murs et la vulnérabilité des lieux. Donc il a été mis en place pour repeindre les murs par Jean Tibéri maire de Paris .Cela relève d’une gestion politique et contrôle de la ville de Paris contrairement à certaines villes urbaines. 

Le street art une forme de graffitis dans les milieux urbains 

À l’inverse de la ville de Paris les graffitis sont une forme d’art urbain. La ville de Choisy-Le-roi a décidé de poursuivre vers le sud ce musée à ciel ouvert en créant un sentier de street art. À la différence d’autres villes, ils ont choisi de travailler ce sujet de manière participative avec les habitants qui décideront avec les artistes ce qu’il y aura sur les murs de la ville.Il y a un portrait de Nelson Mandela sur les murs de l’école maternelle Nelson Mandela de Choisy-Le-Roi pour la mémoire du président sud-africain.      

 Le street art est si répandu dans cette ville que ses habitants ont pris l’habitude de participer à la prise de décision, mais aussi à la réalisation, la bombe de peinture sur les mains !Cette initiative est intégrée au sentier street art, ce cheminement balisé par des fresques qui relie sur 15 km plusieurs villes du Val de marne (Arcueil , Ivry etc…). L’enjeu de la ville est double :  embellir pour valoriser la ville et favoriser l’appropriation de l’espace public par les Choisyennes et les Choisyens en les associant à la réalisation de ce sentier.     

Crédit : @Choisy-Le-Roi.fr                                           

Toutefois , utiliser  une bombe de peinture, ou tout simplement peindre une œuvre sur un mur n’est pas si simple que ça, c’est du travail qui reflète une idée ou un symbole.Pour le graffeur ce n’est pas simplement une forme de vulgarité mais de l’art gravé sur un mur. 

Aissata-Laure Diop 


Denis J., Pontille D. (2018), « L’effacement des graffitis à Paris. Un agencement de maintenance urbaine », dans Dodier N. et A. Stavrianakis (dir.), Agencements, dispositifs, assemblages, Paris, Éditions de l’EHESS (Raisons Pratiques), pp. 41-74.

Lutte contre le graffiti à Paris, une activité d’entretien quotidien dans l’espace urbain ?

Afin d’aborder le sujet de la lutte contre le graffiti, Jérôme Denis et David Pontille, dans l’article « L’effacement des graffitis à Paris : un agencement de maintenance urbaine » paru en novembre 2018, observent et arborent les rues de Paris pour en connaître sa face cachée. Qui sont ces hommes de l’ombre maintenant l’ordre ainsi que la prospérité dans l’espace public et comment procèdent-ils pour ne laisser aucune trace de leur passage ?

Apercevoir des graffitis dans les rues de Paris et sa périphérie n’a rien d’anodin. Cette pratique remonte à la fin des années 1960 aux Etats-Unis. Malgré son effet artistique puis culturel, le graffiti s’est installé comme problème public en créant un sentiment d’insécurité chez les citadins. S’étant ensuite répandu à l’international, une lutte officielle fût créée en France pendant la Troisième République, avec ce que Phillipe Artières a appelé « Une police de l’écriture ».

Les premiers échecs de l’effacement

Les graffitis se sont vite retrouvés dans la catégorie des « nuisances visuelles ». Avec les propos injurieux et le sentiment d’insécurité qu’ils apportent dans les espaces publics, la municipalité a dû rapidement mettre en œuvre des techniques d’effacements afin de protéger la ville. S’inspirant de la politique « tolérance zéro » instaurée à New York en 1994, cette pratique consiste à être intransigeante face à quelconques infractions sur la voie publique. Malgré tous les moyens fournis, cette politique n’eut pas grand succès. En effet, les graffitis ont tout de même continué à se multiplier en masse.

Une ouverture vers le maintien de l’ordre public :
La théorie de « la vitre cassée »

James Q. Wilson, politologue, ainsi que George L. Kelling, criminologue, travaillaient tous deux à l’Université de Harvard. Leur initiative en termes d’instauration du maintien de l’ordre commença par changer les méthodes policières pour notre cas présent.

La théorie de la vitre cassée est une analogie, selon laquelle une légère détérioration de l’espace public engendrerait inexorablement une détérioration plus générale de l’encadrement et un accroissement d’un certain sentiment d’impunité de la part des citoyens.

Le problème étant la multiplication redondante des graffitis dans les espaces publics, plutôt que de se concentrer sur des problèmes plus importants, il faudrait plutôt maintenir un ordre quotidien au plus proche de la population. En effet, plus les choses paraissent en ordre, moins les infractions se multiplient.

Que ressentez-vous lorsque vous voyez un immeuble avec une vitre cassée ou un graffiti sur un immeuble ? Cela, ne vous procure-t-il pas un sentiment d’abandon de cet immeuble ? Un sentiment d’insécurité face à cette architecture délabrée ? C’est pour ces raisons qu’une lutte contre ces impressions est impérative afin de réagir rapidement.

Pour empêcher la propagation de ces récidives, quoi de mieux que de réagir directement, de façon quotidienne ? C’est ce que nous ont démontré James Q. Wilson et George L. Kelling. Le maintien de l’ordre s’effectue face à des infractions a priori sans gravité.

Dans un autre contexte, prenons l’exemple d’une nécropole. Afin de maintenir un certain ordre de propreté et d’entretien, des éléments qui peuvent sembler mineurs sont finalement extrêmement importants pour une conservation quotidienne. Ainsi, un démoussage d’une pierre tombale non faite, des mauvaises herbes errantes ou encore une végétalisation non développée sont autant de causes du ressenti de délaissement. Cet entretien quotidien entre dans la théorie de la vitre cassée.

Comment Paris s’organise pour lutter contre les graffiteurs :
L’opération « murs propres »

Face à l’abondance des graffitis dans les espaces urbains, Paris rompt l’exclusivité des services de propreté de la ville sur les activités d’effacement et fait appel à des prestataires extérieurs. Ces prestataires sont régulièrement contrôlés et sous contrat. L’objectif premier était d’effacer 240 000 m² de graffitis, soit 90 %, sous douze mois. Il était ensuite condition d’éliminer tout nouveau graffiti détecté durant les cinq années suivantes.

Les prestataires d’effacements de graffitis sont ensuite contrôlés une fois par mois, pour voir si le quota de murs propres est bien atteint, selon un parcours aléatoire dans la zone désignée de chaque prestataire.

Les inscriptions sur les murs sont mesurées en m², considérées individuellement selon leurs aspects puis effacées avec le matériel adéquat.

C’est alors que la notion de « double invisibilité » entre en jeu. La première étant l’effacement du graffiti, et la seconde étant la seconde vie de la surface nettoyée par les prestataires. Un travail propre et réussi est un travail non seulement effectué, mais également sans trace d’après-passage.

Nous sommes sur une invisibilité constante autant pour les agents de maintien que pour les graffiteurs qui ne se montrent jamais. Cette réflexion m’a poussé à me demander : « Le travail effectué par la maintenance renforce-t-il vraiment le sentiment d’appartenance de la ville ? ». Le street art et l’art graphique peuvent apporter un embellissement de la ville de Paris, créant ainsi un « musée à ciel ouvert ». Ce qui m’amène à me demander si certaines zones dessinées ne mériteraient-elles pas d’être laissées exposées, de laisser passer un message à la population urbaine.

Crédit : Waian Serano