Logo rose, prix bas, rayons pleins à craquer… On trouvait de tout à Tati. L’enseigne française de vente de textile et de bazar bon marché a définitivement disparu en 2021. Mais avant cette date, Tati a connu un grand succès. L’ethnologue Emmanuelle Lallement ¹ revient sur ce magasin mythique. C’est dans le quartier de Barbès à Paris, en 1948, que le premier Tati voit le jour, avant de s’installer aussi en région.

À la lecture de l’article d’Emmanuelle Lallement, j’ai immédiatement pensé à analyser l’enseigne Tati sous le prisme de mon histoire personnelle. Pour cela, j’ai mobilisé mes propres souvenirs et interrogé mon père (57 ans, résident de La Seyne-sur-Mer, 83). Ce choix n’est pas anodin : il se rendait à Tati pour y acheter des produits ménager et babioles pour la maison. Echanger avec lui a permis de raviver certains de mes souvenirs. Petite, il m’y emmenait, ma sœur et moi, une fois par mois environ. Il y avait un Tati près de chez nous, chemin de la Farlède (La Seyne-sur-Mer). Mon collège se situait juste en face.
“La plus grande surface de fringue à quatre sous”
En posant des questions à mon père, je me suis rendu compte que les caractéristiques qu’il attribue à Tati sont concomitantes de celles décrites dans l’article. Emmanuelle Lallement écrit que l’enseigne était “connue depuis son ouverture pour son slogan “Tati les plus bas prix”, pour son logo rose, son sac et sa toile en vichy des années Bardot, son image de “Galeries Lafayette des immigrés”, enfin son inscription légendaire dans le quartier, Tati incarne “la grande surface de la fringue à quatre sous”.”
J’ai demandé à mon père : “Quand je te dis Tati, à quoi penses-tu immédiatement ?”. Il m’a répondu : “à une Foir’Fouille, aux produits en vrac, au magasin parisien [à Barbès] où tout n’est pas rangé, contrairement aux Galeries Lafayette”. Emmanuelle Lallement et mon père font tous les deux allusion aux “Galeries Lafayette” pour caractériser l’opposé du magasin Tati.
Je me souviens du “logo rose” et de cette “grande surface de la fringue à quatre sous”. Nous y achetions des babioles, ustensiles de cuisine, objets de décoration, rideaux, vêtements, produits ménagers. Tout ça à des prix très compétitifs. Certains articles étaient à un ou deux euros. Les vêtements les moins chers – “collants” et “culottes” – étaient dans des “bacs”.
J’ai eu l’occasion de me rendre à Tati avec mes amies. On regardait les rayons et on testait le maquillage. Je me souviens de ces “robes de mariées” et autres “accessoires” de “cérémonies” qu’Emmanuelle Lallement mentionne. Ils étaient en effet “classés par taille” et par “matière”. J’aimais passer du temps dans tous les rayons. Il y en avait pour tous les goûts.
Peut-on établir une typologie des clients de Tati ?
Tati a attiré une clientèle variée. Emmanuelle Lallement utilise le critère géographique et générationnel pour qualifier les acheteurs de Tati Barbès (des “Parisiens, banlieusards, Français et immigrés, jeunes et vieux”). Outre l’origine, elle fait une distinction par la culture et la religion. L’objectif premier de Tati, selon elle, a été de s’adapter à la culture d’immigrés arrivés en France. Le rayon des accessoires religieux et des robes de mariées est le parfait exemple de ce mix de civilisations. Une vaste gamme de produits attendait “les futures mariées catholiques, musulmanes ou juives, familles préparant un baptême, une communion, une bar mitzvah et même des Quinceaneras”. La clientèle était donc diversifiée et désireuse de “bonnes affaires”.
Emmanuelle Lallement aborde peu la classe sociale dans la caractérisation de la clientèle de Tati Barbès. De fait, elle est difficilement déterminable. Comment peut-on affirmer qu’un client est riche ou pauvre à vue d’œil ?
A Tati La Seyne-sur-Mer, je n’ai pas non plus réussi à faire une typologie de classe sociale en fonction des clients. En revanche, il est possible d’aborder l’âge de ceux-ci. Le magasin de province attirait autant de personnes âgées que de familles et de jeunes générations. Ma mamie (80 ans actuellement) y allait beaucoup, tout comme moi, à 11 ans. Sur le plan géographique, le magasin était situé dans une zone d’activité dynamique. Une localisation stratégique puisqu’elle regorge d’actifs. Par rapport à Barbès, la dimension culturelle et ethnique était moins marquée, mais des populations issues de l’immigration y venaient. Mon père en fait partie. Né au Vietnam, il a fui la guerre avec sa famille en 1968, date où il est arrivé en France.
La disparition d’une grande enseigne


Comme l’indique La Provence, treize magasins Tati ont été fermés en 2019 dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. A La Seyne-sur-Mer, l’établissement a été remplacé par Maxi Bazar. Le principe du nouveau magasin est quasi identique : des bons plans et petits prix. Au niveau de la gamme de produits, nous sommes loin de Tati. Maxi Bazar propose essentiellement des produits de décoration pour la maison et le jardin mais pas de textile, élément phare de Tati. Finalement, l’enseigne a-t-elle été remplacée ? Dans une certaine mesure, son concept a été repris par d’autres magasins. Mais les Tati restent des pionniers dans leur domaine.
J’ai voulu savoir ce que mon père pensait de la fermeture de Tati. Je lui ai posé la question et il est plutôt indifférent. Selon lui, le magasin a été un pionnier de la vente de textiles et de bazar bon marché. Toutefois, il existe aujourd’hui de nombreuses enseignes qui reprennent le même concept. Il pense notamment à la Foir’Fouille, par rapport à la similarité des produits vendus (babioles, décorations, accessoires).
Ainsi, Tati reste gravé dans la mémoire des Français. Mais ce souvenir est tout de même subjectif. Il comporte des similitudes : Tati nous fait penser unanimement à une enseigne d’objets et de vêtements pas chers. Néanmoins, la dimension culturelle et ethnique est beaucoup plus marquée en fonction de l’emplacement géographique. C’est le cas de Tati Barbès, là où tout a commencé et où s’est créée une “vaste scène marchande” (Lallement).
Julie Pham
- Emmanuelle Lallement, “Espaces marchands et mode à Barbès. Un fashion mix urbain et cosmopolite”, p. 45-53, Hommes & migrations, 2015
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
juliepham (5 novembre 2025). Quel souvenir reste-t-il des magasins Tati ? Comment voit-on la ville ? Consulté le 14 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/153jq
