Petit guide : rendez-vous à Paris, empruntez la ligne 4 du métro, arrêtez-vous au terminus « Porte de Clignancourt », sortez, passez devant une étrange réalisation artistique en forme de cœur, faufilez-vous au milieu des vendeurs de cigarettes à la sauvette et autres vendeurs de maïs, traversez les rails de la ligne T3B du tramway et rendez-vous au bout de l’avenue de la Porte de Clignancourt ; traversez le périphérique pour vous rendre à Saint-Ouen. Là, vous trouverez un marché original dans lequel se côtoient maillots de football, paires de sneakers, sweat-shirts, tee-shirts, appareils électroniques, jeans, nourriture, parfums, puff… Ici, trois fois par semaine (samedi, dimanche et lundi), dans des sortes de boutiques ouvertes sur l’extérieur, vous êtes happés par des vendeurs qui tentent de vous attirer vers leurs présentoirs, sur lesquels vous trouvez des produits Adidas, New Balance, The North Face, Stone Island, Puma… Ne vous fiez pas aux apparences (parfois trompeuses, d’autres fois moins), tous les produits vendus sont faux mais vendus à des prix moins onéreux que ceux réellement pratiqués par les grandes enseignes.
Désormais, vous savez à peu près à quoi vous attendre si vous désirez vous rendre au marché de Clignancourt. Néanmoins, cette brève description ne saurait suffire pour vous décrire fidèlement l’ambiance du marché. Pour cela, il faut vous plonger dans le sens et dans ses multiples définitions. Qu’il représente des fonctions psychophysiologiques (les fameux cinq sens), une aptitude à connaître, à apprécier quelque chose de façon immédiate et intuitive (le sens des affaires), une direction ou encore une raison d’être [1], c’est bien le sens, dans ses différentes facettes qui est stimulé au sein de ce marché. Au fur et à mesure de mes visites, tous mes questionnements tournaient autour de cette notion : Dans quel sens faut-il aller ? Quels-sont les sens éveillés dans le marché ? Quel est le sens de ma venue ?
« C’est bien le sens, dans ses différentes facettes qui est stimulé au sein de ce marché »
Je me suis donc rendu au marché de Clignancourt trois fois : deux fois avec mes camarades de master en information-communication et une fois seul. Afin de répondre à mes questionnements intérieurs, j’ai tenté plusieurs méthodes d’observation. D’abord, pendant environ une heure, je me suis baladé dans le marché avec deux de mes camarades sans prendre de notes, juste pour prendre le pouls des lieux. Ensuite, à l’occasion de mes autres venues, j’ai opté pour une méthode consistant à me mettre dans la peau d’un client potentiel des boutiques. J’essayais les vêtements, me renseignais sur les chaussures, demandais les prix, touchais le textile… Avec du recul, je ne sais pas si cette méthode m’a véritablement convaincu car, et j’y reviendrai plus tard, je n’ai pas véritablement le profil d’un client sur le marché de Clignancourt et n’avais pas véritablement l’intention d’acheter, ce qui m’empêchait de nouer des liens avec les vendeurs. C’est néanmoins cette méthode qui m’a accompagné pour mener ma réflexion sur le sens, sous toutes ses formes.
Sens, nom masculin « Direction dans laquelle se fait un mouvement »
Tout d’abord, la première définition du sens qui m’a marqué, dès mes premiers pas sur le marché, c’est celle qui renvoie à la notion de direction. Quand on arrive sur le marché, on est happés par les vendeurs qui viennent directement à nous pour nous vendre des appareils électroniques tels que des « AirPods pas chers ». Je suis de nature assez timide et n’aime pas tellement qu’on m’approche de la sorte, c’est pourquoi j’ai plutôt essayé d’éviter ces vendeurs. Pour moi la bonne direction, le bon sens de visite du marché, c’était celui qui me permettait de m’éloigner de ces vendeurs avenants. Ensuite, dans la partie située devant le stade Bertrand Dauvin, du côté parisien du marché, j’ai déambulé sans suivre une direction prédéfinie. D’ailleurs, je ne pense pas qu’il y ait de direction ou de marche à suivre. Les individus semblent soit savoir vers quel stand ils souhaitent aller, soit, pour la grande majorité, ils se déplacent de stand en stand afin de comparer ou de trouver les produits qui les intéressent. Dans cette partie du marché, je ne parlerais pas de boutiques mais plutôt de stands. En effet, il n’y a pas de locaux en dur mais des stands éphémères faits de tubes et de toiles, un peu à la manière des stands que l’on peut retrouver dans les marchés alimentaires. J’ai donc erré en long en large et en travers dans cette partie du marché qui est de taille assez modeste et ne compte que trois allées. Après en avoir fait plusieurs fois le tour, j’ai rapidement décidé de traverser le périphérique et de me rendre vers Saint-Ouen pour aller voir une nouvelle partie du marché. Pour me rendre d’un lieu à l’autre, il a fallu que je poursuive jusqu’au bout de la rue et passe sous le pont qui supporte le périphérique. La direction à suivre est apparue assez instinctive ; après avoir fait le tour de la première partie du marché, j’ai simplement suivi le mouvement, le sens de la marche, car de nombreux individus passent d’un côté à l’autre.
Une fois arrivé à Saint-Ouen, le marché change et on passe des stands aux boutiques en dur. Là encore, il n’y a pas vraiment de sens à suivre mais cette fois il y a une foule plus importante et pas de vendeurs d’objets électroniques. Là encore, j’ai suivi les différents mouvements. Même si certains s’arrêtent dans des boutiques, il y a un mouvement de foule continu qui remonte ou descend la rue Jean-Henri Fabre où se situent les boutiques et il suffit de suivre ce mouvement pour visiter le marché. Une fois extirpé de cette foule, je me suis rendu dans des petites rues adjacentes et me suis retrouvé dans le Marché Malik, plus connu sous le nom des Puces de Saint-Ouen.
Le changement d’ambiance était radical, je sortais d’une foule dense, navigant à l’air libre et cherchant à réaliser des bonnes affaires de contrefaçon pour me retrouver dans un bâtiment dans lesquelles les boutiques presque dépourvues de clients vendaient des vieux meubles, des vinyles, des vêtements de marque (des authentiques cette-fois). La fréquentation était également différente. De manière plutôt caricaturale, on pourrait dire que la population qui fréquente le marché de Clignancourt est populaire tandis que celle du Marché Malik semble plus aisée, troque le jogging, les baskets et le maillot de football pour des chaussures en cuir, un jean et une veste en velours. Ce qui est frappant, c’est que dans cette partie du marché, la direction est indiquée. Ici, les boutiques sont rangées en fonction de leur spécialité : les vinyles à l’étage, les meubles à l’entrée, les vêtements au fond… Cette fois, on retrouve des flèches qui nous indiquent où aller, qui nous guident. On peut ici faire un parallèle entre le guidage et la classe sociale.
« les lieux fréquentés par les classes populaires sont organisés sans véritable sens de visite […] les lieux fréquentés par des classes plus aisées possèdent un sens de visite »
A Clignancourt, les lieux fréquentés par les classes populaires sont organisés sans véritable sens de visite et on s’y déplace au gré de la foule tandis que les lieux fréquentés par des classes plus aisées possèdent un sens de visite ; comme si le guidage était un luxe. Cela témoigne aussi d’une vision occidentale d’un marché qui doit être organisé en sections et dans lequel le visiteur est guidé afin qu’il se rende dans les boutiques qui l’intéressent. Les parties extérieures sont majoritairement fréquentées et animées par des populations populaires, originaires d’Afrique du Nord ou d’Afrique Subsaharienne et l’organisation du marché témoigne d’une autre vision : on laisse l’acheteur potentiel se déplacer à son bon vouloir et on tente de l’attirer en l’appelant directement pour lui proposer des produits.
Finalement la réflexion sur le sens en tant que direction se révèle intéressante car elle permet de montrer que le guidage, ou l’absence de guidage, témoigne des différentes visions du marché. Dans le marché de Clignancourt, où aucune direction n’était indiquée, je n’ai jamais ressenti le besoin de demander mon chemin et je suis toujours parvenu à me déplacer et à me rendre vers les boutiques ou stands qui m’intéressaient ; cela se faisait de manière instinctive. Cela rappelle qu’il existe des conceptions différentes, mais pas inférieures, des conceptions occidentales dans lesquelles une visite doit être guidée. Qu’il y ait un sens à suivre ou non, on se retrouve toujours au marché de Clignancourt.
Sens, nom masculin « Ce que quelque chose signifie, ensemble d’idées que représente un signe, un symbole : Le sens d’une allégorie. »
Ensuite, le sens des affaires apparaît particulièrement aiguisé sur le marché de Clignancourt. Comme je l’ai déjà écrit précédemment, les vendeurs d’appareils électroniques viennent directement chercher les acheteurs en leur promettant des prix très attractifs. On m’a par exemple proposé des AirPods à cinquante euros alors que ceux vendus par Apple avoisinent les deux-cents euros. Au-delà de ces vendeurs ambulants qui ne possèdent ni stand ni boutique, on retrouve des vendeurs qui, eux, possèdent leurs petites échoppes. Ceux-là sont postés à l’entrée de leurs commerces et appellent les clients, leur expliquant qu’ils vendent tous types de marques pas cher. Le principal argument mis en avant est souvent celui du prix attractif. Cela m’a d’ailleurs surpris car je pensais, avant ma visite, que les vendeurs chercheraient à mettre en avant la qualité de leurs faux produits, leurs ressemblances avec ceux vendus directement par les marques ; mais aucun vendeur auquel j’ai eu affaire ne m’a avancé cet argument. Ici, on vend du faux mais on parle vrai. Quand je voulais voir des chaussures, les vendeurs me demandaient quelle marque je souhaitais essayer sans jamais me dire qu’il s’agissait d’imitations, comme si le faux n’était pas un sujet. Les vendeurs ne cherchent pas à vous tromper car tout le monde sait que les produits proposés sont contrefaits. Ici, on vient pour faire une affaire et la contrefaçon est tout à fait acceptée, elle fait partie de la culture du lieu.
Par ailleurs, le fait que les articles soient contrefaits structure véritablement le marché de Clignancourt et ses transactions. En effet, la contrefaçon étant illégale [2], les vendeurs ne possèdent pas véritablement le droit de vendre leurs produits bien que ceci semble toléré. Néanmoins, les boutiques semblent se montrer prêtes à fermer à tous moment afin d’échapper à tout contrôle de police. Sans le savoir, je me suis rendu sur le marché un jour où il est censé être fermé, un mardi. Certaines boutiques restaient tout de même ouvertes mais le marché était très peu fréquenté et seuls une grosse dizaine de clients s’y aventuraient. Tout ceci rendait plus facile la tâche des forces de l’ordre qui n’avaient pas à se faufiler au milieu d’une foule dense pour intervenir. Il y avait d’ailleurs presque autant de policiers que de visiteurs. Je me suis rendu dans une boutique et ait demandé à voir des chaussures. Le vendeur m’a emmené dans une sorte de petite remise à l’arrière de la boutique dans laquelle il y avait une proposition de chaussures et de vêtements plus importante que dans la boutique. Le vendeur m’a expliqué qu’il préférait garder ces produits dans cette arrière-boutique car il se méfiait des forces de l’ordre présentes sur le marché. A Clignancourt, le sens des affaires, c’est aussi un sens de l’esquive, du compromis. On vend des produits illégaux avec une certaine tolérance mais les vendeurs se tiennent prêts à fermer boutique à tout moment en cas de descente policière.
Enfin, sur le marché, l’acheteur négocie. Ce n’est pas ma spécialité mais j’ai pu observer mes camarades à l’œuvre. Lorsqu’un vendeur leurs proposaient une paire de chaussures à quatre-vingts euros, ils lui demandaient de baisser le prix à cinquante. Ensuite, le vendeur semblait hésiter mais baissait tout de même le prix en disant que quelque chose comme « je te la fais à soixante-dix euros, je peux pas faire mieux ». Il y a comme une forme de jeu entre l’acheteur qui propose un prix et le vendeur qui semble analyser son comportement pour adapter son prix.
A Clignancourt, il faut donc avoir le sens des affaires : on y vient pour réaliser des bonnes opérations qu’on négocie ; en retour le vendeur adapte le prix de produits de contrefaçon qu’il peut rapidement remballer en cas de contrôle policier.
Sens, nom masculin « Chacune des fonctions psychophysiologiques par lesquelles un organisme reçoit des informations sur certains éléments du milieu extérieur, de nature physique (vue, audition, sensibilité à la pesanteur, toucher) ou chimique (goût, odorat). »
Je dois l’avouer, c’est cette définition du sens qui m’a inspiré ce sujet. A Clignancourt, les cinq sens que sont l’odorat, le goût, le toucher, la vue et l’ouïe sont en ébullition. Tout d’abord, le goût est un sens que je n’ai pas mobilisé dans le marché. Il existe bien des stands de nourriture et à la sortie du métro, une femme vendait du maïs qu’elle faisait cuire dans un caddy de supermarché. Je n’avais pas faim et n’ait donc pas tenter de leur acheter de quoi manger.
Le premier sens que j’ai senti stimulé dans le marché est l’ouïe. Pour contextualiser, je viens de la campagne et ai grandi au milieu des champs avec pour seuls sons le vent et parfois le bruit des machines agricoles ; un milieu plutôt silencieux. Le marché de Clignancourt m’est donc apparu comme une sorte de brouhaha permanent et particulièrement bruyant. Aux voix des vendeurs se mélangent celles des clients, au son de la musique se mélange celui des voitures circulant sur le périphérique avoisinant.
Ensuite, le toucher est un sens majeur sur le marché. Pour chercher des vêtements, des chaussures, on fouille, on déplace, on touche la qualité du textile … On est constamment en train de toucher ce qui nous entoure à la recherche de la bonne affaire. Je suis un passionné de football et du Paris-Saint-Germain.

Les maillots du PSG étaient, naturellement, disposés de manière visible mais c’est en fouillant que j’ai pu trouver des maillots plus anciens qui m’intéressaient plus que les maillots actuels. Le marché de Clignancourt est avant tout un marché du toucher.
Par ailleurs, le marché est riche en couleurs. Les devantures taguées, les paires de chaussures multicolores, les maillots de foot, les parfums, tout cela tranche avec le gris du bitume et du ciel parisien. Jaune, orange, rouge, vert, au cours de mes visites, mon œil était toujours happé par les couleurs présentes au sein des boutiques. Cela m’amène à émettre l’hypothèse que les couleurs flashy font partie d’une véritable stratégie de vente car elles attrapent notre œil, attisent notre curiosité et nous poussent à nous rendre dans les boutiques.
Enfin, l’odorat est également sollicité au cours d’une venue sur le marché. On retrouve d’abord un grand nombre de vendeurs de parfum et on peut sentir des effluves au-delà des portes des boutiques. Ces senteurs se mélangent à celles moins agréables d’essence et parfois d’égouts. Des odeurs de nourritures en pleine cuisson viennent redonner une touche plus agréable à un environnement olfactif extrêmement varié.
Le marché de Clignancourt est donc une véritable expérience sensorielle ; on y touche, sent, mange, est attiré par les couleurs ou parfois dérangé par le bruit… ce qui est sûr, c’est qu’il faut vivre le marché et le ressentir pour en comprendre ses enjeux.
Sens, nom masculin « Raison d’être, valeur, finalité de quelque chose, ce qui le justifie et l’explique »
Finalement, ces visites sur le marché se sont apparentées à des véritables quêtes de sens pour moi. Pendant une dizaine d’années j’ai pratiqué le handball jusqu’à un niveau national et mes entraineurs n’ont eu de cesse de me répéter que pour progresser, il fallait que je donne un sens à mes actions. Chaque passe, chaque tir, chaque mouvement doit aller dans le sens du jeu. J’ai beaucoup été marqué par cette expérience et je m’impose, dans tout ce que je fais dans la vie, d’y apporter du sens. Quand j’assiste à un cours, que j’écris, que je travaille, voyage… j’essaie toujours de donner un sens à ce que je fais. Le problème est qu’une fois arrivé sur le marché, je n’en trouvais absolument aucun. Je n’ai aucun attrait pour la contrefaçon et n’avait aucune envie de faire une heure de trajet pour me rendre Porte de Clignancourt. Une fois arrivé sur le marché, je ne comprenais pas ce que ces visites pouvaient m’apporter ; je ne voyais que des individus qui venaient acheter des produits. Pour être tout à fait honnête, cela m’irritait fortement de me rendre sur ce marché et je le percevais comme une contrainte universitaire.
« cela m’irritait fortement de me rendre sur ce marché »
J’ai tout de même tenté de me faire violence et de me renseigner sur des produits pour interagir avec des vendeurs mais je n’avais aucune idée de là ou cela pourrait me mener et n’était pas d’une très grande volonté. Par ailleurs, je suis blanc, viens de la campagne, et j’ai un style vestimentaire semblable à celui des personnes qui fréquentent le marché Malik. Je n’ai donc pas véritablement le profil populaire et urbain du visiteur habituel du marché et quand je parlais aux vendeurs, je sentais que cette différence créait une sorte de barrière que ma timidité m’empêchait de briser. En outre, j’avais l’impression que j’étais le seul, au sein du marché, qui ne trouvait aucun sens à sa visite. Pour le public que j’observais, tout semblait censé. Il y avait des familles, des hommes, des femmes, un public très varié en âge pourtant tous semblaient connaître la raison de leur venue. Ils déambulaient entre les boutiques, s’arrêtaient dans les stands, fouillaient, cherchaient des produits, parlaient avec les vendeurs… Tout leur semblait naturel et ils avaient l’air de tous savoir ce qu’ils faisaient ici. Cela ne faisait que renforcer mon impression d’être perdu. Je suis allé voir les maillots de foot pour observer s’ils étaient conformes à ceux vendus par les clubs. Ils étaient, pour la plupart, assez fidèles aux originaux mais possédaient toujours un léger détail qui pouvait les trahir (logo un peu trop gros, virgule Nike avec une forme étrange, détail au mauvais endroit…) mais ce qui m’a le plus intéressé, c’étaient les maillots inédits. Certains maillots étaient vendus mais n’avaient jamais été portés par les clubs et n’avaient jamais été présenté de manière officielle par ces-derniers. Ce n’était donc pas vraiment de la contrefaçon puisqu’ils n’imitaient pas un maillot officiel d’un club. C’était un design uniquement destiné au marché du faux. Cette originalité d’un faux qui n’imitait rien de vrai m’intéressait mais je n’ai pas vraiment trouvé comment aborder le sujet alors j’ai abandonné cette piste, me laissant à ma quête de sens. Je suis retourné dans le marché Malik, un endroit dans lequel on retrouve de nombreuses friperies qui vendent des produits officiels que je serai plus enclin à porter. J’ai même discuté avec un vendeur qui vendait des maillots de l’équipe de France signés par Kylian Mbappé, des raquettes signées par Carlos Alcaraz et Novak Djokovic, des maillots cyclistes signés par Bernard Hinault… En bref, le paradis pour le fan de sport que je suis mais là encore cela n’a pas assouvi ma quête de sens : je ne voulais pas écrire sur une telle boutique car je ne la trouvais pas véritablement représentative du marché.
Finalement, je crois que je n’ai jamais trouvé le sens de ma venue sur le marché, et que c’est une très bonne chose. Cela m’a amené à quelque peu revoir ma philosophie puisque tout n’est pas obligé d’avoir un sens. Parfois, c’est quand on ne comprend pas ce qu’on fait, qu’on n’en voit pas l’intérêt, qu’on s’ennuie, que notre esprit devient créatif. Avant de m’y rendre, je pensais que le sens ma visite était de rencontrer des individus et d’apprendre à les connaître mais puisque je n’y suis pas parvenu, cela m’a poussé à me concentrer sur mon ressenti personnel par rapport au marché. L’absence de sens était peut-être la meilleure chose qui pouvait m’arriver.
En conclusion, le marché de Clignancourt est un véritable carrefour du sens et de ses différentes facettes. C’est un marché qui se sent, se touche, se bouscule, s’écoute et dans lequel on se déplace au gré de ses envies, sans suivre de direction prédéfinie. Il faut y avoir le sens des affaires et si, comme moi, ce n’est pas vraiment votre cas, il est possible que vous ne trouviez pas véritablement de sens à votre venue. Néanmoins, le marché vaut le détour car il vous permet de vivre une expérience aux multiples sens qui ne peut vous laisser indifférent.
Tom Robert-Favre
[1] Définitions issues du dictionnaire Larousse en ligne : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/sens/72087#:~:text=Aptitude%20%C3%A0%20conna%C3%AEtre%2C%20%C3%A0%20appr%C3%A9cier,Avoir%20le%20sens%20des%20nuances.&text=3.,Le%20sens%20d’une%20all%C3%A9gorie.&text=4.
[2] LOI n° 2007-1544 du 29 octobre 2007 de lutte contre la contrefaçon
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
tomrfavre (10 décembre 2025). Petit guide du sens au marché de Clignancourt. Comment voit-on la ville ? Consulté le 15 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15bdl

