L’une des premières impressions que j’ai eues en lisant l’article Maintenance & Repair in Science and Technology Studies (2016), de Jérôme Denis, Alessandro Mongili et David Pontille, est que la question de l’entretien et de la réparation est nettement plus profonde et complexe. Cet article nous montre de quelle manière le champ d’étude de la maintenance et de la réparation aborde et reconsidère les opérations invisibles du quotidien tout en poursuivant la discussion en parlant de l’innovation, de la matérialité, et des processus de commande. Pour moi il existe une réelle problématique sociale, qui m’a poussé à discuter la place des acteurs de la maintenance et de la réparation et la manière dont ils sont perçus. La société les rendent-elles invisibles ? Pour quelle raison à travers le métier de la maintenance trouvons-nous une hiérarchie ?
La maintenance et la réparation, deux définitions
C’est à partir de deux définitions que j’ai dans un premier temps abordé cet article, car, en effet, pour moi, il est intéressant de partir de la définition la plus simple du dictionnaire et de voir de quelle manière, ils peuvent être déconstruits ou renforcés. Ainsi, la maintenance, d’après le dictionnaire Larousse, est un ensemble d’opérations permettant de maintenir ou de rétablir un matériel ou autre dans un état donné ou de lui restituer des caractéristiques de fonctionnement spécifiques. La réparation, d’après le Dictionnaire Larousse, est une action qui sert à rétablir quelque chose d’endommageé. Ces définitions me permettent donc de comprendre que tous deux ont des rôles et des caractéristiques qui peuvent se ressembler, mais qui pour autant sont singuliers. Pour moi, les définitions apportées par le dictionnaire ne représentent pas totalement l’importance de ces derniers et leur rapport avec la société. Mais en quoi la société participe à cette invisibilisation. Un réparateur est essentiel, on s’en rend compte dès lors que l’on a un appareil cassé, il ou elle devient la première personne à laquelle on pense. Le réparateur ou la réparatrice permet notamment d’éviter de tomber dans une matérialisation, et permet de plus faire attention à l’objet, de le considérer comme un « artefact », ce qui pour moi est un enjeux actuel. Je trouve que sur le long terme, cela encourage davantage à prendre soin de ces objets.
Maintenir un objet ou un lieu, un quotidien
Dans un premier temps, ce qui m’a totalement marquée dans l’article de Jérôme Denis, Alessandro Mongili et David Pontille (2016), c’est la volonté de montrer que l’entretien et la maintenance d’un objet ou d’un lieu sont des processus longs et réguliers. C’est-à-dire que ce dernier nécessite un engagement quotidien d’agents employés par des communes, des départements ou des entreprises. Dans un processus de négociations au sein de comité spécialisé chargé d’établir les besoins matériels ou encore physiques. L’un des premiers exemples qui m’est venu en tête lorsque l’on parle d’entretien ou encore de maintenance, c’est la préservation des lieux culturels par des gardiens, agents. En effet, la recherche de pratiques d’entretien est constamment discutée au sein des instances les plus hautes. Le deuxième exemple qui m’est venu en tête était le rôle du gardien d’immeubles qui entretient le bâtiment et qui veille à sa propreté. À partir de ce stade, je me suis arrêté pendant un moment, car, en effet, je trouve troublant de voir que l’exemple du gardien de bâtiments ne me soit venu que dans un second temps. En effet, habitant dans un immeuble, je le croise plus fréquemment que celui qui veille à préserver un lieu culturel. De même le statut du gardien du Louvre par exemple et celui du gardien d’immeuble ne sont pas perçus de la même manière. Ainsi, cela m’a poussé à me demander pourquoi ? Qu’est ce qui me pousse et nous pousse dans la société à les classer ? Avons-nous une hiérarchie au sein même de la maintenance ?
L’invisible dans la société
J’ai pu comprendre dans cet article que les acteurs concernés par la maintenance sont pour la plupart inconnus, voire même rendus invisibles. La question de l’invisibilité est pour moi centrale, c’est la chose principale que j’ai retenue, qui m’a marquée et que je souhaitais souligner. L’invisibilité ? je me suis demandé comment on pouvait utiliser ce nom, pour désigner ce qui fait une personne, car en effet, l’homme et la femme sont faits de chair, de sang, et sont tous deux dotés d’une faculté de raisonnement. Comment pouvait-il être considéré comme invisible tout en étant bien réel ? Et bien, cela est totalement possible, car, en effet, dans la société, il existe une hiérarchies, comme le démontre l’article de Jérôme Denis, Alessandro Mongili et David Pontille (2016).
Une hiérarchisation dans la maintenance
En effet, ces acteurs de la maintenance sont parfois hiérarchisés entre eux. L’un des exemples qui est pour moi pertinent est celui du gardien du Louvre qui entretient et préserve le lieu. Dans un premier temps, de part le lieu dans lequel il exerce son métier, sa présence reste assez marquée, le Louvre reste l’un des musées les plus visités au monde. Néanmoins, la visibilité du Louvre est-elle suffisante pour rendre visible ceux qui l’entretiennent ? En effet on a un effort, un intérêt qui est porté à la personnalité du gardien du Louvre, comme on peut voir avec la bande dessinée1. Les Gardiens du Louvre de Jiro Taniguchi co-édité par Louvre éditions et Futuropolis paru en 2014, on a ici une visibilité qui est donnée au gardien du Louvre à une échelle internationale. Face à cela, le gardien d’immeuble semble lui réaliser une tâche totalement différente, mais l’est-elle réellement ? Pourquoi avons-nous une hiérarchisation au sein de la maintenance ? Le rôle du gardien de bâtiment est d’entretenir le lieux, et de veiller à la pérennisation de l’infrastructure. Le gardien du Louvre à également pour but de veiller à son entretien. Pour autant on aurait tendance à valoriser l’un par rapport à l’autre, pour des raisons de renommée.
On parle de « dirty work » , ou de « sale boulot », expressions utilisées pour désigner un accomplissement, une tâche, ou encore une mission que réalise une personne. Cette tâche est pour le moins repoussante, délicate, pénible, ingrate ou encore humiliante. Ces termes ont tous une connotation négative et sont tous vus comme inférieurs, mais par qui ? La société établit des codes et des normes, créant la dévalorisation de ce qu’ils font, en parlant de travail de seconde zone. On a également des acteurs de la réparation qui produisent en permanence une grande quantité d’innovation, mais qui, malheureusement, ne sont pas reconnus comme tels. On a donc des tâches qui sont effectuées dans des lieux de travail qui sont à peine considérés comme honorables ou respectueux. J’ai trouvé qu’il était compliqué de réellement trouver la raison du pourquoi ? Je peux supposer que cela est lié au pouvoir, aux codes et mœurs déjà pré-établis dans la société, ou encore liée à l’argent, ou à quelque chose d’inconscient. Rendons-nous invisibles ces acteurs de la maintenance et leur pratique inconsciemment? Ou n’avons-nous en tant qu’un individu et société, pas fait assez d’efforts pour visibiliser ces métiers? Je n’ai aucune certitude.
L’invisible nécessaire à nos vies
On comprend rapidement que ces « invisibles » sont nous sont nécessaires. On a donc des emplois qui sont essentiels à la vie quotidienne, mais qui pour autant, de par leur pénibilité ou la répétition des gestes, sont considérés comme inférieurs, de seconde zone. De nombreuses choses sont impossibles sans eux, en effet tout parisien ne pourrait pas vivre à Paris sans les éboueurs, comme on l’a vu durant la grève de 2023. Ou encore le service de l’éducation nationale sans ses sociétés qui emploient des femmes et des hommes de ménages pour nettoyer les salles de classes.
Pour vous donner un autre exemple, ma mère, qui est une AESH, c’est-à-dire une accompagnante d’élèves en situation de handicap, est également victime de cette invisibilité par la société. Elle exerce un métier dur et honorable qui pour autant n’a pas la reconnaissance qu’ils méritent et reste inconnu. Malgré les nombreux efforts de certains députés pour revaloriser ce métier. La nécessité de ce métier est évidente, mais pour autant, de par le manque de reconnaissance, peu de personnes se dirigent vers cette profession et peu s’intéressent à ce dernier, s’inscrivant dans une invisibilité.
J’ai trouvé très pertinent le point de vue que les Jérôme Denis, Alessandro Mongili et David Pontille, ont prit dans leur article cela m’a permis de réellement remettre en question notre rapport au personnel d’entretien, notre rôle dans leur invisibilisation, mais également de quelle manière on pouvait avoir une hiérarchisation. Tous ces exemples peuvent nous pousser à revaloriser certains métiers et leur pratique. Pour autant on pourrait davantage approfondir cette question de l’invisibilité, avons nous dans certains cas une invisibilité voulu ou recherché?
Nouria DOUGANI
1 Les Gardiens du Louvre, Jiro Taniguchi, co-édité Louvre éditions et Futuropolis, 2014.
BIBLIOGRAPHIE :
Denis, Jérôme, et al. “Maintenance & Repair in Science and Technology Studies”. Tecnoscienza – Italian Journal of Science & Technology Studies, vol. 6, no. 2, Jan. 2015, pp. 5-15, doi:10.6092/issn.2038-3460/17251.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
nouriadougani (24 octobre 2024). L’invisible, est-il réel ? Les acteurs de la maintenance et de la réparation dans la société. Comment voit-on la ville ? Consulté le 16 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/12k3d
