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Quand la banalité urbaine protège nos données

Avant de nous intéresser en profondeur à ces piliers de l’ère numérique, nous n’aurions jamais eu l’idée de les étudier. Mais de quoi parlons-nous ? Les data centers, objets à la fois fascinants et mystérieux, gages de la sécurité de nos données, au cœur de nos nouvelles vies virtuelles, ces bâtiments protéiformes et presque secrets constituent l’objet central de notre étude.

Structures matérielles protégeant l’immatériel, les data centers ont nourri tout autant notre réflexion qu’ils ont créé en nous des interrogations. Pour ce compte-rendu, nous nous intéressons à deux dimensions caractéristiques : la sécurité et l’invisibilité. Pour ce faire, nous choisissons de nous intéresser à une entreprise phare spécialisée dans les data centers, située dans plusieurs bâtiments à Aubervilliers. Nous choisissons un site majeur de l’entreprise, endossant parfaitement ces deux caractéristiques. Nommés également « espaces de colocation neutres » par Clément Marquet dans sa thèse, cette appellation démontre bien la complexité de ces infrastructures, à la fois à la grande fonctionnalité mais aussi subtilement discrètes. Aussi invisibles qu’inaccessibles, aussi discrets qu’austères, et aussi sécurisés qu’aseptisés, les data centers questionnent. Ainsi, notre problématique sera la suivante : Comment les data centers allient-t-ils habilement invisibilité et sécurité, en s’implantant dans la ville d’Aubervilliers ?  

En effet, ces deux caractéristiques sont le fruit de nombreuses interrogations. Comment un bâtiment si caché peut-il être aussi protégé ? Et à l’inverse, comment sécuriser un lieu lorsque celui-ci passe inaperçu ? Invisibilité et sécurité sont-ils complémentaires ? Indissociables ? Toutes ces problématiques constituent des objets d’études abordés par de nombreux chercheurs et notamment les architectes. En tant que créateurs de structures, la controverse des data centers nourrit leurs interrogations. L’architecte Soline Nivet propose d’ailleurs une étude de ces milieux construits dans son ouvrage où elle les associe à de grands « Bernard l’Hermites », comme cachés sous leur coquille (Architectures et espaces des économies numériques, 2019). En effet, ces nouveaux bâtiments, qui n’existaient pas avant, offrent une nouvelle façon d’envisager la fonctionnalité de nos espaces. Ces structures, l’architecte les nomme pertinemment de nouvelles « espèces d’espaces ». Une vision originale qui nous a amené à nous pencher en partie sur l’aspect visuel de ces lieux, combiné bien évidemment à une dimension fondamentale : la sécurité.

C’est pourquoi, tels des détectives du numérique, nous nous prenons au jeu. Nous endossons, Mathilde Chantreuil et Brian Akloo, nos casquettes d’observateurs afin d’esquisser le plus fidèlement possible, les phénomènes controversés mais riches que constituent ces puissants gardiens du numérique.

9h17 : Arrivée sur les lieux et visite du data center 

Mardi matin, 9 heures et des poussières, un froid de canard au thermomètre, une belle lumière d’hiver. Le froid sec nous prend puissamment au cou et nous réveille. Nous sortons juste de la ligne 12 du métro à l’arrêt Front Populaire. La ville est calme, vide et désertée par les habitants partis travailler à Paris. Notre observation commence vers 9h20, nous entrons dans un site, puis deux, accompagnés par nos collègues de master. Certains data centers sont plus bruyants que d’autres, certains sont sales et à la façade presque délabrée. Le premier que nous observons jouxte des poubelles, des déchets, tels une grande décharge amassée devant ce bâtiment secret. Pas étonnant que cela surprenne, car au premier abord, rien ne nous donnerait envie de rentrer. Après une première observation en petit groupe de classe, très peu concluante, nous décidons de nous éclipser tous les deux, afin d’augmenter nos chances de recueillir les ressentis des passants. On ne va pas se mentir, un binôme effraie moins que tout un groupe d’étudiants, même souriants. À la recherche de témoignages vrais, spontanés, mis surtout sur le vif, nous embarquons pour la deuxième partie de notre observation.

C’est après quelques errances dans la ville vide d’Aubervilliers, que nous nous imprégnons d’une atmosphère particulière, à la fois industrielle et étrange. Au croisement de l’avenue des Chemins de fer industriels et de l’avenue Victor Hugo, se dresse le bâtiment 260. Siège de l’entreprise, cet imposant bâtiment nous séduit de par son allure et son apparence si lisse. Au cœur d’une zone industrielle, où seules quelques boutiques font face au data-center, nous sommes seuls. Devant nous, un portail blanc avec un grand feu rouge. Nous prenons notre courage à deux mains et sonnons. Un petite porte s’ouvre et nous pénétrons à l’intérieur de l’accueil de l’entreprise.

Une femme nous accueille, derrière une vitre blindée. Elle est souriante, rassurante et ne paraît absolument pas sceptique quant à notre venue dans ce lieu inhabituel. Avec elle, ancienne étudiante en communication, nous échangeons quelques mots sur l’objet de notre observation. Nous lui demandons si nous pouvons entrer pour visiter. Malheureusement, c’est presque impossible. « Vous pourriez rédiger une lettre à l’intention du directeur du site, pour éventuellement visiter, mais je ne vous promets rien » nous dit-elle. Les visites, hors professionnelles, sont très rares, mais nous ne perdons rien à tenter. Nous nous attelons donc à rédiger notre lettre, consciencieusement. Après plus de deux semaines, cette dernière restera sans réponse. Nous saluons la femme de l’accueil après avoir obtenu une photographie de son précieux badge survolant son polo gris au nom de la société. Nous nous éclipsons ensuite par la même porte blindée par laquelle nous sommes rentrés. Le feu vert s’allume, puis s’éteint. Le verrou se ferme, les caméras nous surveillent probablement, mais notre mission est terminée, ou presque. Nous sommes déjà ravis d’avoir pu rentrer dans cet immense laboratoire à la façade tout sauf chaleureuse.

Cette expérience, malgré un accueil agréable au sein du data-center, nous montre à quel point la sécurité doit être irréprochable. À l’intérieur, des portiques dignes d’un hall d’aéroport, et une propreté à l’image d’un cabinet dentaire. La dimension ultra procédurière nous impressionne, mais nous sortons du bâtiment et continuons notre observation car après tout, une lettre sans réponse est aussi une réponse…

Photographie de l’angle de la rue face au data center
Zoom sur le feu rouge du portail du data center d’Aubervilliers

10h29 : Entretiens avec les commerçants et micro-trottoirs 

Bâtiments matériels protégeant l’immatériel, structures physiques conservant le non physique, les data centers ont nourri tout autant notre réflexion qu’ils ont créé en nous des interrogations. Dans l’ouvrage « Data centers, derrière la façade » (Diguet C., Lopez F., 2018), les deux chercheuses qualifient ces bâtiments comme les « infrastructures stratégiques de nos vies numériques ». Relativement contradictoire car si ces objets jouent une place fondamentale dans nos quotidiens, ils ne paraissent pas jouer un rôle aussi important au sein de nos espaces urbains. Presque camouflés par leur banalité, ils passent inaperçus, ou presque. À la différence d’une jolie façade sur laquelle on se retournerait en marchant, les data centers sont totalement à l’opposé. Ce côté invisible est d’ailleurs souligné par Stephen Graham (Impact spatial et énergétique des data centers, 2015) qui désigne la « furtivité » comme caractéristique majeure de ces lieux. De plus,  l’invisibilité est aussi une des caractéristiques phares qu’on retrouve dans la littérature en Infrastructures studies, et notamment dans les travaux de Brian Larkin (The Politics and Poetics of infrastructures, 2013).

Il est quasiment 10h30 et notre observation nous permet déjà d’appréhender plus concrètement ces gardiens du numérique. L’ambiance est assez froide et déserte, mais nous prenons notre courage à deux mains, et tentons de pénétrer les boutiques faisant face à ce bâtiment de marbre. 3 magasins, quasiment similaires, longent un grand trottoir en béton, un peu surélevé. Nous poussons la lourde porte vitrée et entrons dans la première boutique, où les grands mannequins en plastique dégagent une ambiance un peu austère. Pour ne pas surprendre les gens, nous décidons de jouer sur l’innocence et la curiosité. Nous restons évasifs dans notre approche, sans aborder le sujet des data centers et nous nous présentons comme des étudiants faisant une étude du quartier.

Les premières commerçantes, méfiantes, nous répondent très furtivement : « je ne sais pas » ou bien « je ne me suis jamais posé la question ». Nous tentons d’accueillir chaque mot des vendeuses avec le sourire, surpris par leur méconnaissance. Nous entrons dans une autre boutique, remplie de robes de mariés, à la décoration festive, un peu insolite. Les réponses sont les mêmes mais cette fois, le terme de « bureaux » apparait : « je crois que ce sont des bureaux, on voit pas mal de gens passer » nous dit-elle. Nous décidons de la questionner quant à l’aspect visuel du bâtiment. « Ce n’est pas très beau non, c’est sûr, mais bon je ne fais pas tellement attention, ça fait tellement longtemps qu’il est là » nous dit-elle. En d’autre termes, un lieu inesthétique, mais passable, qui ne fait pas tâche avec le paysage. Ainsi, la mission d’invisibilité du data center est réussie et le bâtiment n’attire pas plus que cela le regard des habitants. Une observation ressort tout de même : une absence de curiosité et d’intérêt de la part des passants. À Aubervilliers, personne ne souhaite réellement savoir ce qui se cache derrière ce grand Bernard-l’Hermite de béton. Et lorsque le terme « centre de données » est évoqué, l’enthousiasme n’est pas tellement grandissant.

Nous sortons des boutiques et commençons un micro-trottoir en interpellant les livreurs et autres commerçants dehors. Ils déchargent des camions de cartons de vêtements et autres marchandises. Certains fument des cigarettes, adossés à des parcelles bétonnées. Une lueur du soleil d’hiver nous éclaire, l’ambiance est calme. Le data center, au sein de ce tableau industriel aux couleurs ternes, se fond dans le paysage. Presque invisible, d’une banalité évidente, il s’harmonise avec les dizaines de façades grises du secteur. Nous en déduisons que le bâtiment que nous observons passe réellement inaperçu. Notre ressenti sera vite corroboré par notre prochain interlocuteur, un commerçant habitué, de passage dans le quartier. “D’après vous, qu’est ce que ce bâtiment en face de nous là ?” Nous lui demandons, en pointant le data center du doigt. « Ça ? Pour moi c’est un dépôt, un entrepôt ou quoique ce soit. Si vous ne m’en aviez pas parlé, je n’aurais même pas fait attention. Je ne regarde pas ça. Car même pour les numéros 254, 255, c’est la même chose, c’est gris en ferraille. » nous répond-il. Plutôt démonstratif du caractère invisible du data center, le témoignage souligne l’extrême discrétion de la structure au sein de la zone industrielle. Comme il nous le fait savoir, “exactement la même chose que les autres”. Ainsi, le data center se fond entièrement dans le décor et les couleurs des bâtiments qui l’entourent. La banalité évidente et la discrétion est donc pertinemment pointée du doigt par le livreur.

C’est d’ailleurs le fil conducteur de la réflexion de Stephen Graham, pour qui ces bâtiments sont « impossibles à identifier, si ce n’est pour une poignée d’enthousiastes des infrastructures.» (Graham, 2015, p. 35). Ce constat participe à l’opacité qui règne autour des data centers. Mais, pour ces structures, c’est aussi un gage de qualité et de sécurité auprès de leurs clients, ce qui nous fait faire le lien avec l’aspect sécuritaire fondamental. Au cœur d’une zone industrielle à la limite de la désuétude, le data center s’implante dans un paysage relativement vide, uniquement ponctué par les aller-retours des camions de livraison. C’est ce que souligne Clément Marquet dans son travail Les data centers enfoncent le cloud : enjeux politiques et impacts environnementaux d’internet. Le chercheur évoque que ces immenses infrastructures se situent souvent “dans les campagnes, profitant d’hectares de terrains peu chers.”

Vue depuis la vitrine du magasin en face du data center

11h02 : Échange avec les ouvriers du data center 

Après ces échanges en face du data center, nous décidons de contourner celui-ci afin d’interroger des ouvriers qui travaillent du côté  de l’avenue des chemins de fer industriels. En gardant la même approche, nous abordons deux ouvriers en uniforme, en plein travail sur un îlot de terre jouxtant le grand bâtiment. Du béton sortent plein de fils, comme des pâles, ou des conduits d’aération. Nous supposons qu’ils sont électriciens. Mais pour qui travaillent-ils  ?

Timides, nous osons nous approcher. Un homme d’une quarantaine d’années  tenant des papiers à la main, s’approche de nous. Plutôt avenant et souriant, il accepte de nous répondre. Il se présente comme le chef des travaux, mais quels travaux ? Nous commençons premièrement par l’interroger sur le bâtiment sans en aborder la fonction. De suite, il paraît surpris, voire méfiant. L’homme commence par nous dire qu’il ne sait pas ce qu’est le bâtiment, qu’il n’en sait rien. Plutôt étonnant pour quelqu’un qui y travaille… Surpris par sa réponse, nous décidons de creuser un peu en révélant cette fois-ci le réel sujet de notre étude : les data centers. Soudainement, l’ouvrier, auparavant sceptique, se détend. En quelques secondes seulement la discussion prend une nouvelle tournure, cette fois délivrée de toute appréhension de sa part. L’échange se poursuit de façon fluide. L’homme est chargé de projet pour la climatisation de data centers. Nous comprenons donc que bien qu’il savait ce qu’était le bâtiment, il a refusé de nous le dire au début de notre échange. Le nom “data center” comme gardé secret par l’ouvrier souligne le caractère mystérieux, presque inquiétant du lieu. Comme quoi, même face à deux étudiants innocents, la fonction du lieu ne doit pas être divulguée. Devoir de confidentialité ou conscience professionnelle ? Nous n’en savons trop rien, mais même courte, cette attitude nous en dit long sur l’univers tant secret de ces gardiens du numérique.

L’échange se poursuit, l’homme se détend de plus en plus, esquisse parfois des sourires, amusé par notre étude insolite. Portés par la richesse de son témoignage, nous nous laissons plonger dans le récit de sa carrière, au sein de plusieurs data centers de la région parisienne. Cet homme est notre interlocuteur parfait : il a expérimenté de fond en comble les moindres recoins de ces bâtiments. Nous nous laissons absorbés par ses propos, révélateurs d’une extrême sécurité : « Le data center pour lequel j’ai travaillé à Saint-Denis, je ne me souviens plus du nom, mais c’est un très gros data center. Le plus gros que j’ai vraiment vu, ça m’a vraiment marqué. C’est impressionnant, c’est très propre, on croirait un laboratoire ». Il concède que comparé à Saint-Denis, celui d’Aubervilliers est bien plus petit. À croire que certains data centers sont comparables à des usines géantes. L’ouvrier poursuit en nous expliquant les procédures draconiennes auxquelles il est confronté dans son travail : « On avait un cahier des charges et il fallait que j’explique le mode opératoire, et quand je disais, il faut faire un trou ici, il fallait que ça soit là. […] si je dis ah merde, on avait prévu de faire un trou là et finalement il faut le faire ici, il faut refaire une procédure, envoyer aux USA, les USA doivent valider, et le chantier d’arrêtait ». Extrêmement marqué par les règles très strictes des data centers, l’homme compare le bâtiment à un immense laboratoire ou un hôpital.

Ainsi, des procédures d’entrée et de sortie au déroulement des travaux, chaque travailleur doit suivre à la lettre des directives strictes. Clément Marquet l’exposait d’ailleurs dans son article, en parlant des portes avec authentification d’empreinte, et des portiques de sécurité à franchir (Les data centers enfoncent le cloud : enjeux politiques et impacts environnementaux d’internet, 2019). La description de notre interlocuteur nous rappelle aussi l’incendie du data center d’OVH. Depuis cet incident, des dispositions ont été actées pour que lors des appels d’offres, des informations sur la norme certifications APSAD concernant le mode de construction et de fonctionnement du bâtiment soient être communiquées. Ainsi, des procédures indiscutables combinées à une grande discrétion illustrent bien la nécessité de conserver les data centers dans un univers clos. Ainsi, invisibilité et sécurité iraient de paire, dans un paysage industriel où la dernière des volontés serait d’attirer la curiosité, ou pire encore… les regards.

Cliché de la façade droite du data center

11h58 : Fin de la visite, notes et réflexions 

Nous rentrons à la station de métro, il est presque midi et après avoir passé toute la matinée debout dans le froid, la faim nous creuse l’estomac. Heureux d’avoir recueilli autant d’échanges si pertinents, les témoignages de nos différents interlocuteurs ont corroboré notre hypothèse de départ : Ainsi, les deux caractéristiques majeures des data centers seraient étroitement liées. À la fois invisibles et sécurisés, inaccessibles et aseptisés, les data-center où ces “bernard-l’hermites” du web réussissent leur mission en s’implantant directement dans le paysage d’Aubervilliers. Comme fondus dans un tableau gris, industriel, presque terne, ces infrastructures stratégiques de nos vies virtuelles réussissent avec brio leur mission : celle de protéger nos données.

Nous ne cachons pas qu’il était très délicat d’aborder un sujet aussi inhabituel et inconnu pour nous que les data centers. En effet, difficile de saisir la complexité et le caractère mystérieux de ces bâtiments si inconnus de tous, sans s’y confronter réellement. Sans nos témoignages, photographies, micro-trottoirs et une observation sur la durée, nous n’aurions jamais pu saisir ce qui fait l’unicité et les contradictions de ces nouveaux objets de l’ère numérique. La première observation à Paris n’a pas été concluante et nous étions plutôt perplexes quant à la productivité de cette méthode. Mais lors de la seconde observation (celle recensée dans ce présent compte-rendu), la richesse de nos entretiens et la grandeur des lieux nous ont d’autant plus stimulés à approfondir notre étude. En presque 3 heures d’observation de terrain active, nous sommes revenus les mains gelées, les carnets plein de gribouillages, le téléphones plein de clichés et surtout l’esprit nourri par des questionnements divers et variés. C’est en nous confrontant à la réalité de ces objets qui ont un rôle fondamental dans nos vies de citoyens connectés, que nous nous sommes laissés guider par un sujet d’étude aux infinies possibilités.

Ainsi, cet aspect sécuritaire du data-center pourrait être abordé du point de vue de la sécurité du personnel, travaillant dans ces bâtiments. En effet, si des données sensibles venaient à être dévoilées, elles pourraient attirer la convoitise de certains. De même, afin d’étayer les angles d’attaque quant aux data centers, il serait pertinent de s’intéresser à l’aspect nationaliste des états, qui ont un contrôle sur les données des géants du web. De ce fait, les états pourraient obliger les GAFAM à utiliser des data centers basés uniquement dans le pays où ils opèrent. Cette réflexion interroge notamment les enjeux de souveraineté d’un pays et de protection des citoyens. Comme quoi, nous pensons que les data centers constituent indiscutablement des objets d’études extrêmement riches, sources de beaux questionnements et futurs travaux scientifiques. Alors, invisibles pour les citoyens mais présents dans le paysage urbain, méconnus de tous mais utiles à tous, les data centers sont en réalité des mines précieuses sans lesquelles notre vie virtuelle et certains de nos souverains n’existeraient plus. S’intéresser à eux, c’est regarder la ville différemment, car si aujourd’hui le tissu urbain et les bâtiments nous abritent nous, êtres humains, certains abritent nos données. Et sans nous en rendre compte, nous cohabitons en réalité sans cesse avec le cloud. 

Finalement, l’ère grandissante du numérique nous prouve que la fonction de la ville dépasse de loin les frontières de la simple vie physique. Désormais, il est peut-être temps de regarder différemment le paysage urbain et d’imaginer que derrière ces façades bétonnées et ces portes blindées ne se cachent pas toujours des vies humaines, mais des vies… virtuelles.

Par Mathilde Chantreuil et Brian Akloo 

Les enjeux derrière la localisation des data centers

Lors de la première séance d’observation, qui a eu lieu dans le quartier du Sentier dans le 2e arrondissement parisien, Lina et moi évoluons avec nos camarades. L’intention de départ de chacun étant de visiter les datas center du quartier. Cependant, l’effet de groupe conjugué au caractère “à l’improviste” de nos visites, effrayait le personnel des datas center. Face à aux refus de visiter, et au fait que tout le monde se concentrait sur la même chose autrement dit le data center en soit, nôtre binôme à décider qu’il fallait regarder ailleurs. 

Dès lors, nous avons commencé à nous balader autour des datas center avec les questions suivantes en tête : qu’est ce qui les entourent ? Sont-ils connectés avec les acteurs du quartier ? Pourquoi ont ils été implantés ici précisément ?

De cette première séance d’observation est ressortie le fait que les data centers sont situés à côté d’espaces de coworking, d’établissements d’enseignement, des bureaux. 

L’enjeu de la deuxième séance d’observation était donc de savoir si oui ou non à Aubervilliers, l’écosystème observé à Sentier allait se répéter. 

À Aubervilliers, on retrouve une concentration forte de data center sur un périmètre assez restreint. Et dans ce périmètre, on retrouve des campus universitaires (EHESS, PSL, Paris Nanterre,…), des espaces de coworking, des bureaux, des studios de cinéma,… Autrement dit des acteurs qui produisent beaucoup de données et qui ont besoin de les stocker.  

Ce qui nous a interpellé c’est donc l’écosystème dans lequel se trouve les datas center. En se doutant bien que ces derniers se trouvaient dans ces ​​lieux par hasard, nous avons ainsi eu envie de creuser le pourquoi avoir choisi le quartier du Sentier et Aubervilliers ? 

De cette dynamique découle d’autres interrogations plus larges : Pourquoi la localisation des data center est-elle importante ? Qu’est ce qui va déterminer l’implantation d’un data center ? Qu’est ce qu’un territoire attractif pour un data center ? De quels enjeux dépend la localisation d’un data center ? 

Pour répondre à ces questions, nous travaillons à partir des notes, des photographies et de vidéos prises lors des visites, et aussi à partir des cartes car le choix d’implanter un data center se fait avant tout à l’échelle nationale. En effet, nous verrons dans le compte rendu que la localisation, l’implantation d’un data center, résulte d’enjeux politiques (stabilité politique du pays, législation), économiques (être favorablement positionné par rapport à nos clients pour leurs proposer le meilleur service), et géographiques (localisation des data centers concurrents à proximité, approvisionnement en énergie, nécessité que la localisation soit stratégique).

Nous verrons également qu’il existe un cercle vertueux entre les data center et leurs clients (entreprises, université,…), ainsi on observe une relation interdépendance. L’un, attire l’autre : la construction de bureaux va attirer l’implantation de data center et inversement.  

I)  Les enjeux politiques :

Avant les deux séances d’observation, on s’y attendait, à se retrouver face à des bâtiments froids, à des boîtes noires d’accumulation de données informatiques. Répartis au quatre coins du monde, de la baie de San Francisco aux fjords finlandais, nous nous retrouvions sur le territoire de la Plaine Commune, là où les datas center se multiplient. Notre premier objectif était de suivre le groupe. On avait tous décidé qu’il était important de pénétrer dans ces infrastructures. Notre curiosité débordante a joué de nous puisqu’aucun intervenant ne nous a laissé dépasser l’accueil. Par ailleurs, l’accueil était déjà un endroit recouvrant de multitudes d’informations. Carla et moi s’étions entendues pour établir une partie sur les enjeux politiques des datas center. Notre attention était alors de trouver des informations permettant de répondre à cette problématique. Le premier datacenter visité sur la Plaine Commune, Equinix PA5, nous a permis d’aborder cette partie avec pleins d’idées en tête.

Carte de l’ensemble des établissements Equinix dans le monde
Source Equinix

Cette carte (ci contre), prise en photographie dans l’accueil du data center Equinix, témoigne d’enjeux profondément politiques mais aussi géographiques. On remarque la forte implantation des datacenters dans les pays du Nord, et très peu dans les pays du Sud. 

Pourquoi ce phénomène de concentration occidentalisée ? Pourquoi on trouve des datacenters en France et pas en Afghanistan ?

 

Cette carte nous a donné l’idée de trouver une autre carte neutre. Ainsi, nous avons décidé de “dé zoomer” et passer à l’échelle internationale pour étudier la répartition des centres de données dans le monde à l’aide de la « data center map »(ci-dessous).

Carte datacenters monde, Datacenters map

De cette dernière, on observe un grand nombre de centres de données dans les pays occidentaux contre très peu dans les pays dit du Sud, notamment sur le continent Africain où l’on en compte 55 dont 19 se situent en Afrique du sud (le pays). Les Etats-Unis en compte à eux seuls 2705. De ces chiffres on en déduit qu’il est primordial pour l’implantation de data centers que la politique et la sécurité du pays soient stables. En effet, il est nécessaire de disposer d’un système de hauts niveaux de sécurité, de connectivité, de services et de compétences. 

En ce sens, l’implantation d’un data center résulte donc avant toute chose d’enjeux politiques et notamment des législations à l’échelle européenne et nationale. Les flux de données et d’autant plus lorsqu’il s’agit de données personnelles sont très légiférées, à l’image de la directive européenne qui interdit les transferts des données personnelles en dehors de l’Union Européenne à moins que le pays ou le destinataire n’assure un niveau de protection suffisant. Donc en fonction des différentes lois, il sera plus ou moins intéressant pour une entreprises qui stock des données de s’installer ou non sur un territoire.  

À l’échelle locale, l’implantation de data centers dépend également des politiques et dynamiques adoptées par la ville. L’important nombre de data center que nous avons recensé à Aubervilliers traduit d’une volonté politique de la mairie de vouloir développer ce marché sur son territoire. Si la volonté de la ville avait été contraire au développement de data center, il n’y en aurait pas autant. Pour les entreprises proposant un service de stockage de données, il est primordial que les acteurs locaux soient “facilitateurs“. 

II ) Enjeux géographiques

D’après la carte Datacenter France 2021, la carte ci-dessous représentant les centres de données en France métropolitaine en 2021, on observe que les centres de données sont principalement situés dans Paris et sa proche banlieue.

Cartographie des data centers 2021
Global Security Mag

En effet, sur environ 190 data centers, 65 se situent en Ile de France.

Cette forte concentration s’explique par différents facteurs : 

Premièrement, Paris est une ville connectée avec des infrastructures technologiques développées, ce qui est primordiale pour les data center de par leur consommation importante en électricité. En effet, la France et Paris en particulier possèdent un réseau électrique dense et efficace permettant un approvisionnement en énergie fiable et continu. Ce qui représente un atout déterminant dans le choix d’implanter un centre de données sur un territoire.

Deuxièmement, en 2019 l’INSEE chiffrait à 1 377 233 établissements en Ile de France, ce chiffre traduit une forte demande de stockage de données informatiques. Lors de nos deux visites autours des data centers dans le quartier du Sentier à Paris et ceux de Front Populaire à Aubervilliers, nous avons remarqué des espaces de coworking abritant des sociétés diverses , des bureaux.

Photographie prise à Aubervilliers

D’après un technicien rencontré à Aubervilliers, pour les centres de données, être à proximité de ses clients « c’est plus simple en cas de problème, et ça améliore le service ». Côté entreprise, c’est un réel avantage que ses données soient stockées à proximité de ses locaux, la localisation des données a un réel impact sur la qualité du service dont vous pouvez bénéficier en termes de rapidité et sécurité des communications. Le technicien poursuit “l’idéal pour un data center c’est qu’il soit situé à proximité des nœuds de transit entre l’entreprise, ses propres serveurs et ses propres clients. On parle alors de “data center de proximité”, autrement dit le besoin de faire appel à des centres de données plus proches. Cette proximité entre ces acteurs engendre pour les entreprises un gain en autonomie et en rapidité, et optimise également la latence et le coût des communications.

Par ailleurs, lors de notre séance d’observation à Aubervilliers et plus précisément dans les environs de la station de métro Front populaire, la grande proximité entre les six datas centers  Equinix PA6, Intexions (PAR1, PAR2, PAR5) et GTT nous a interpellé. Dans un deuxième temps, suite à l’étude d’une carte qui recense les centres de données dans les environs (Aubervilliers, Pantin, Saint Denis, La Courneuve), on constate que les treize data centers situés dans ces quatre communes sont relativement proches. Ils se concentrent dans un rayon d’environ 6 km. Cette concentration s’explique par les arguments développés précédemment, mais également par le fait qu’il est bénéfique pour une entreprise qui stock des données d’être implantée dans un environnement technologique et concurrentiel. Le technicien interrogé, à propos de l’intérêt de cette proximité, nous a brièvement parlé du phénomène d’interconnexion de data centers. Il s’agit d’une technologie permettant de mettre en relation un grand nombre de centres de données. Cette interconnexion engendre un partage des ressources physiques et virtuelles entre les différents sites. 

On parle d’effet d’agglomération, autrement dit, la possibilité de réaliser des gains de productivité grâce à la proximité géographique des entreprises les unes avec les autres. Elles ont intérêt à se regrouper, de manière à économiser ces coûts et à générer des externalités positives.

Cet effet d’agglomération attire d’autres acteurs, voulant également bénéficier des diverses externalités positives. Ainsi, ce technicien nous a confié avoir été formé à l’université Paris 13 à Villetaneuse, ville environnante de la Plaine Commune.  La présence de ce centre de formation à proximité de nombreux data centers est une aubaine pour ces derniers qui bénéficient d’une main d’œuvre qualifiée et disponible. Et inversement pour les diplômés, qui disposent d’une grande offre d’emplois.  

Cet effet d’agglomération attire également d’autres acteurs dont nous n’avons pas forcément idée. À l’image de la découverte que nous avons faite lors de notre visite du quartier du Sentier, ainsi nous sommes tombés nez à nez avec un camion stationné devant le centre de données TELEHOUSE Paris Jeûneurs. Sur ce camion était marqué « Confidentialys, la destruction sécurisée de vos documents, PAPREC groupe ».

Photographie prise dans la rue du Sentier, Paris 2 ème

Dès lors, nous nous sommes renseigné sur Paprec, qui est une société offrant en autres un service d’effacement des données, de poinçonnage des disques durs (pour les rendre inutilisable) et broyage de ceux-ci. Et leur site qui s’occupe de ce service se trouve à… Sarcelles ! Autrement un site implanté dans une région où la concentration en data centers y est forte.

III) Enjeux économiques :

Lors de nos visites, nous avons été interpellé par la différence entre les data center de Sentier et ceux d’Aubervilliers, les premiers étaient beaucoup plus petits en termes de superficie . Le centre de données Telehouse à Sentier se compose d’un étage contre des centaines mètres carrés à Aubervilliers. De plus, cette carte

Carte datacenters Ile-de-France, Global Security Mag, 2021

témoigne du nombre élevé de centres situés en banlieue comparé à ceux situés dans Paris. Cette différence de superficie s’explique par le prix du foncier très élevé dans Paris intra muros. Face à cette contrainte financière, les entreprises privilégient l’implantation de data centers autour de Paris. Cette concentration s’explique de par la proximité avec beaucoup de sièges d’entreprises, et  par la connectivité  sur le territoire francilien. Comme on peut le voir sur cette photo (lignes de bus) prise à Aubervilliers témoigne de ce besoin d’être connecté.  Aubervilliers en l’occurrence est très bien desservie en termes de transport comme l’indique ce panneau. 

Par ailleurs, nous nous sommes demandé pourquoi un data center doit être proche de ses clients ?

Le premier data center visité se trouvait à Bonne Nouvelle : on avait les bureaux de Total Energies juste en face : le bâtiment en face, mais aussi la Maif start up qui se trouvait au premier et au deuxième étage de l’immeuble. Les deux derniers étages ne sont pas mentionnés pour des causes de sécurité. Mais lorsqu’on s’aventure dans ces derniers, on voit qu’il y a bel et bien un  « petit » data center. L’adjectif ‘petit’ est emprunté au technicien qui nous a ouvert les portes de cette boîte noire. L’idée d’être proche de sa clientèle rejoint l’accessibilité de la structure. Se trouvant au dernier étage, ce data center permet au start up, se trouvant plus bas, une proximité de ses données. Il nous indique qu’il en existe un plus grand à Charonne. Cette phrase nous a marqué puisqu’elle sous-entend que développer des petites structures permet une plus grande présence sur le territoire engendrant la multiplication de clients, et donc de l’offre. La proximité avec la clientèle a l’avantage de faciliter le contact entre les parties et d’améliorer le service en cas de problème par exemple.

En outre, le deuxième datacenter – visité dans le quartier du Sentier – était intéressant car il a conforté notre idée “d’écosystème” autour des data centers.  On a observé de plus près les « plaquettes » retranscrivant toutes les entreprises dans ce même bâtiment. La photographie rend sensible la multitude des entreprises se trouvant dans ce même bâtiment.

Photographie prise dans le bâtiment au 26 rue du Sentier, Paris 2 ème

Or, l’entreprise, et la présence du datacenter ne sont pas mentionnées sur la plaquette. Entre société de consultants en ingénierie et agence de relations publiques, tous les acteurs se retrouvent dans ce même immeuble au 26 rue du Sentier. En tant qu’entreprise, la proximité est intéressante, mais aussi rassurante. Ce simple et même immeuble est à lui seul un exemple d’ écosystème. Rien n’est externalisé, tout se tient dans bâtiment à la façade haussmanienne

La proximité de la clientèle témoigne d’un enjeu purement économique. Les datas centers à Aubervilliers sont encore plus flagrants : la proximité entre les deux et les centres dynamiques, autrement dit des entreprises, des campus universitaires… C’est pourquoi nous avons décidé d’élaborer une carte interactive afin de percevoir la myriade d’acteurs se trouvant autour de ces infrastructures. Elle permet d’observer la concentration de datas center et de leurs clients/acteurs sur un même territoire, ici le territoire de la Plaine Commune. Les acteurs sont grands puisqu’on retrouve des campus universitaires, des centres de recherches ou encore la Banque de France. Notre observation était assez répétitive à la Plaine Commune, car les structures apparentes étaient les mêmes, et la proximité était telle que nous avions rapidement fait le tour. L’idée de faire une carte interactive était intéressante puisqu’elle permettait de prendre du recul sur ce qu’on avait observé. Mais surtout elle permettait de quantifier les acteurs environnants. 

Pour la carte, il faut cliquer sur les insignes afin d’avoir le lieu exact. Les bleues sont les datacenters, et les rouges les acteurs environnants : 

Carte Écosystème des datacenters sur le territoire de la Plaine Commune, Unmap

http://umap.openstreetmap.fr/fr/map/anonymous-edit/688927:1YGgQbXfSGajZOtjWkswU7kHshk

Ainsi, ces lieux de démesure entrent aussi  en compte dans la question de la gestion des données. Cette implantation dépend aussi de la clientèle : la proximité des centres dynamiques est un atout commercial pour les data centers. Cette histoire se répète aujourd’hui, par exemple, pour les universités. Lors de la conception de la carte interactive, ce qui a le plus retenu notre attention c’était bien le nombre de campus universitaires autour de ces structures. Après plusieurs recherches approfondies, nous avons compris pourquoi ces infrastructures étaient aussi proches d’elles ! En réalité, les universités voient leur base de données croître. Ainsi, face à cette nouvelle demande, les universités se doivent de stocker leurs données dans de plus grandes structures, et avec la plus grande sécurité. Voilà pourquoi la Plaine Commune est en partie une concentration d’infrastructures. De plus, être près des productions électriques permet de faire des économies sur ces coûts

Finalement, nous pouvons dire qu’il existe une sorte de cercle vertueux autour de l’écosystème du data center. Ces derniers sont des acteurs indispensables à l’activité économique et au développement numérique du territoire du fait qu’ils produisent de la valeur et de la croissance.  En effet, l’implantation de centres de données crée de l’emploi (technicien, personnel de sécurité, ménage,..), attire l’installation, établissements scolaires, d’entreprises tournées vers le numérique mais pas seulement car toutes entreprises a besoin de stocker ses données. Et inversement, les entreprises attirent des data centers. Il y a une certaine relation d’interdépendance entre tous ces acteurs qui justifie leur localisation à proximité offrant un meilleur service. Il rend donc la ville attractive et participe à la transformation des villes en smart cities.

Paris intra-muros ou Aubervilliers : une approche territoriale contrastée des data centers

Tout d’abord, présentons-nous : nous nous appelons Eulalie Faucher et Alix Caudart et nous sommes deux étudiantes du master Médias, Communication et Villes numériques de l’Institut Français de Presse, rattaché à l’université Paris 2 Panthéon-Assas. A travers notre cours intitulé “Atelier d’écriture : outils d’observation de la ville” assuré par Monsieur Jaércio Da Silva, nous avons étudié les data centers, aussi appelés centres de données, c’est-à-dire les infrastructures composées d’un réseau d’ordinateurs et d’espaces de stockage pour conserver les données. Ces infrastructures sont notamment utilisées par les entreprises pour organiser, traiter, stocker et entreposer de grandes quantités de données. Ainsi, ce cours nous a permis de mieux comprendre les enjeux politiques, économiques, sociaux et environnementaux des data centers, en particulier grâce à la lecture de la thèse de Clément Marquet, intitulée Binaire béton : Quand les infrastructures aménagent la ville, ainsi que de son article “Les data centers enfoncent le cloud : enjeux politiques et impacts environnementaux d’internet”, co-écrit avec Guillaume Carnino. 

A la suite de ces lectures, nous avons réalisé deux sorties pour observer les data centers, le but étant de produire un compte-rendu de nos observations afin d’analyser à notre tour les data centers sous un angle précis. Pour la première sortie, nous sommes allées dans le quartier du Sentier dans le deuxième arrondissement de Paris. Lors de cette première visite, nous ne savions pas quoi observer concrètement. Nous avons suivi les autres étudiants et réalisé une observation collective des data centers du quartier. Ainsi, nous avons abouti à des réflexions communes, dans le sens où nous avons remarqué la même chose que les autres étudiants, à savoir les différents paradoxes que soulèvent les data centers : entre visibilité et invisibilité,  sécurité et fragilité, bruit et silence. A l’issue de cette sortie, nous ne savions pas encore quelle approche adopter et nos observations ne nous semblaient pas assez précises et étayées pour produire un compte-rendu. 

Par conséquent, nous avons décidé de nous démarquer lors de notre deuxième sortie d’observation des data centers à Aubervilliers. C’est pourquoi nous avons réalisé notre observation que toutes les deux, dans l’idée de ne pas être influencées par nos camarades de classe. Une évidence s’est alors imposée à nous : en réalisant nos observations ensemble, nous avons décidé de produire un compte-rendu à deux puisque nous allions partager nos observations et adopter la même démarche. Toutefois, même si nous rédigeons ce rapport à la première personne du pluriel, nous n’hésiterons pas à dissocier nos analyses si besoin. Ainsi, selon nous, ce n’est pas parce que nous avons réalisé nos observations ensemble et que nous écrivons notre compte-rendu ensemble que nos interprétations ne peuvent pas différer sur certains points, et nous ne manquerons pas de le noter si tel est le cas. 

Une fois à Aubervilliers, nous avons eu l’idée d’enregistrer les différents sons que nous entendions autour des data centers afin d’avoir une approche originale de ceux-ci. En réunissant l’ensemble de nos observations écrites et audiovisuelles des deux sorties, nous avons tout d’abord décidé d’adopter une démarche sonore des data centers. En effet, la plupart de nos observations était axée autour de ce que nous entendions, que cela soit à l’intérieur comme à l’extérieur des data centers. Mais en commençant à rédiger notre compte-rendu, nous nous sommes aperçues que cette démarche n’était pas la plus pertinente au regard de nos observations. Ce qui revenait le plus dans celles-ci était une différence marquante entre les data centers situés dans Paris intra muros et ceux situés à Aubervilliers, en termes d’environnement (ce qu’il y a autour des data centers) et de sécurité. Nous avons donc finalement opté pour une mise en évidence des comparaisons et différences des data centers selon leur localisation. Celle-ci s’appuiera sur nos observations de quatre data centers, deux dans Paris, deux à Aubervilliers. Néanmoins, nous souhaitons quand même appuyer notre compte-rendu sur les enregistrements sonores et les images que nous avons réalisés au cours des deux sorties car ils concordent avec notre démarche. Il s’agira donc d’une approche multimédia des data centers. Notre objectif est de répondre à la question suivante : comment les data centers s’inscrivent-ils dans leur espace et comment ce dernier est-il utilisé pour protéger l’existence du data center ?

Pour réaliser le compte-rendu, nous avons dû vérifier s’il était possible de poster nos enregistrements sur le blog en termes de questions de sécurité et de confidentialité. Nous avons pu poser la question à Clément Marquet, lors de son intervention au sein de notre cours. Ce dernier nous a précisé qu’il fallait masquer les noms qui pourraient être cités dans les enregistrements. Il a également ajouté que nous ne devions pas mentionner le nom et la localisation précise des data centers que nous avions observés. Nous allons donc rester évasives à ce sujet en dénommant les data centers que nous avons observés par des chiffres.

Par ailleurs, nous avons choisi de rédiger notre compte-rendu en trois langues : une partie en anglais écrite par Eulalie, une partie en espagnol écrite par Alix, le reste étant écrit en français par nous deux. Ce choix s’explique par le fait qu’Alix réalise son second semestre de master 1 à Madrid et trouve utile de commencer dès maintenant à s’entraîner en espagnol. Eulalie, elle, aimerait travailler à l’étranger plus tard et souhaite continuer à pratiquer l’anglais pour conserver le niveau qu’elle a acquis après sa double licence Finances – Anglais.

Notre compte-rendu prendra donc la forme suivante : la première partie sera axée autour des data centers de Paris intra muros et sera rédigée en espagnol par Alix. La deuxième interrogera les data centers d’Aubervilliers et sera écrite en anglais par Eulalie. Cette répartition s’explique par le fait qu’Alix est allée interroger toute seule deux passants au cours de la visite dans Paris et qu’Eulalie est plus à l’aise avec la retranscription et le bipage des enregistrements réalisés à Aubervilliers. Enfin, nous rédigerons une conclusion commune de nos observations en français afin de répondre à notre problématique. 

Para empezar, voy a analizar los centros de datos que se encuentran en el centro de París, alrededor del barrio Sentier. ¿Cómo se integran al urbanismo parisino? Con Eulalie, hemos notado que los centros de datos se adaptan al entorno en el que se implantan de manera que no fue fácil encontrarlos. Así, lo que más nos llamó la atención del primer centro de datos que visitamos (que vamos a llamar “el DC 1” por first data center) es lo bien escondido que estaba : parecía más un edificio que un centro de datos, que sea el estilo de arquitectura o la altura del edificio. En efecto, cuando llegamos, la puerta del patio estaba abierta y vimos un inmueble moderno.

Vistas del patio del DC 1

Está claro de que podríamos vivir en este edificio. Nos preguntamos: ¿estamos en el buen lugar? ¿Eso es un centro de datos? Nos dio la impresión de que estábamos en el lugar equivocado y que el centro de datos estaba en otro sitio. No había ninguna indicación de que hubiera un centro de datos aquí. Por eso, es realmente imposible adivinar que hay un centro de datos cuando pasas por delante, a menos que lo conozcas. Los dos transeúntes que preguntó frente al centro de datos me lo confirmaron : no tenían conocimiento de la presencia de ese centro de datos allí. El primero salió de un edificio de la calle donde se sitúa el centro de datos para sacar a pasear a su perro. Parecía tener unos treinta años, llevaba barba e iba vestido al estilo “bobo parisino” (pantalones elegantes, abrigo, zapatillas de moda). Me confirmó que sabía lo que era un centro de datos, pero me aseguró que no sabía que hubiera uno en su calle. El segundo transeúnte fue una mujer que estaba recogiendo su bicicleta a pocos metros del centro de datos. Parecía tener cuarenta años. Me dijo que no sabía que había un centro de datos en esta calle. Añadió que había trabajado en el barrio hace unos años, cuando “no había start-ups”. Revela que tiene poca idea de lo que es un centro de datos. En esta calle residencial, el DC 1 ha adoptado la apariencia de un edificio de viviendas para integrarse mejor en su entorno. Además, no está en primer plano: está bien escondido ya que se llega a él tras cruzar un patio. 

El segundo centro de datos que visitamos en el barrio Sentier (el DC 2) era un poco diferente del primero. Cuando llegamos enfrente de él, vimos empleados tomando café y fumando un cigarrillo. Nos preguntamos de nuevo si estamos en el lugar correcto ya que parecía más una sede de una empresa que un centro de datos. El edificio tenía una fachada atípica : los muros eran típicos de la arquitectura parisina (con los mascarones y los arcos del círculo de Haussmann) y se hacían eco del estilo del barrio, pero las ventanas eran modernas, con doble acristalamiento. Sin embargo, no llama la atención porque al lado del edificio, hay un café restaurante con el mismo tipo de arquitectura (mezcla de antiguo y de moderna).

Fachada del DC 1
Ejemplo de edificios frente al centro de datos : mismo tipo de arquitectura

No tuvimos tiempo de tomar una foto del edificio porque aprovechamos de un empleado que estaba entrando en el inmueble para entrar también. En este caso, está claro que el DC 2 responde a un doble reto: desaparecer en el entorno y responder a los problemas de seguridad y ruido (utilizando el doble acristalamiento).

 

Aunque se sabe que un centro de datos está en este edificio, todavía tenemos que ser capaces de encontrar el nivel en el que estaba: veremos ahora que esto no fue fácil. En efecto, cuando nos acercamos del DC 1, tras cruzar el patio, vimos a una limpiadora en la planta baja del edificio. Le preguntamos si podíamos entrar en el edificio y ella aceptó. Sin ella no habríamos podido entrar ya que la puerta estaba cerrada. Pero no sabía que había un centro de datos en el inmueble (se le preguntó) así que podemos interrogarnos si nos hubiera abierto si lo supo. En la entrada, un cartel sólo indicaba la presencia de un Starbuck en la segunda planta, y un club Maif Start Up en la primera.

No indicación sobre el piso del DC 1

Afortunadamente, estábamos determinados a encontrar el DC 1, decidimos seguir adelante subiendo los pisos uno a uno. Finalmente llegamos a la tercera planta, donde un cartel indicaba el nombre de la empresa propietaria del centro de datos con la especificación de subir a la cuarta planta “antes de cualquier acceso a la tercera”.

El nombre de la empresa ha sido eliminado por razones de confidencialidad

Era la primera vez que estábamos seguras de haber llegado al lugar correcto. Sin la limpiadora, nuestra audacia y determinación, está claro que nunca habríamos podido encontrar el DC 1.

Asimismo, el DC 2 también era difícil de encontrar. Como he dicho antes, pudimos entrar en el edificio gracias a un empleado que entró después de fumar. En la recepción, un hombre estaba presente en una especie de esclusa, para controlar quién entraba y vigilar las cámaras de vigilancia dentro y fuera del edificio. Pero no quisimos ir a decirle por qué estábamos allí (por miedo a tener que salir del inmueble) y seguimos al empleado para que nos abriera otra puerta, que conducía a unas escaleras y a un ascensor. Como ya teníamos experiencia del DC 1, decidimos subir directamente a la última planta del edificio. Cabe señalar que el inmueble tenía una puerta por planta, todas ellas fuertemente vigiladas por una cámara y un timbre. En el último piso, nadie respondió cuando llamamos al timbre, así que bajamos un piso. Finalmente, tras hablar con un hombre por el interfono, vino y nos abrió la puerta y nos dijo que el DC 2 no estaba en ese piso, sino más abajo. Trabajaba en una empresa de videojuegos y nos precisaba que no utiliza un centro de datos para su empresa. Después, fuimos al piso que nos indicó, tocamos el timbre, un hombre respondió, confirmó la presencia del DC 2 en esta planta y aceptó hablar con nosotras en persona. Como el DC 1, nuestro valor y nuestra obstinación nos permiten encontrar el DC 2. Pero las personas que trabajan en el edificio que alberga los centros de datos también son cruciales para dar información. Por último, cabe señalar que algunas señales sobre la puerta nos permitieron estar seguras de que estábamos frente a la puerta de entrada de los DC 1 y 2 : indican videovigilancia 24 horas por razones de seguridad y prohibición de hacer fotos.

Señales sobre la puerta del DC 1

Señales sobre la puerta del DC 1
Señal sobre la puerta del DC 2

Estas señales pretenden ser disuasorias, pero paradójicamente nos han permitido estar seguras de la ubicación exacta de los centros de datos en su inmueble.

 

Ahora que habíamos llegado frente al centro de datos, teníamos que entrar. Cuando llamamos al DC 1, el hombre nos abrió la puerta tras presentarnos. Así, pudimos entrar pero en realidad, aterrizamos en la recepción del DC. El hombre aceptó responder a nuestras preguntas sobre el DC. Sin embargo, ha habido ocasiones en las que se ha negado a responder a preguntas que pudieran comprometer la seguridad del DC o la privacidad de sus clientes. Asimismo, se negó a permitirnos visitar el tercer piso, donde estaba la sala que contenía los centros de datos, porque no tuvimos la autorización, pero nos animó a ir a la página web de la empresa para solicitar una visita a otro centro de datos más grande de la misma empresa situado a pocas manzanas de distancia. Era interesante porque cuando acababa de decir esto, un hombre llegó y preguntó si podía ir al tercer piso para realizar manipulaciones para el DC de su empresa. Presentó su documento de identidad y el hombre de la recepción lo comprobó en su ordenador.

Aquí un hombre está presentando su identidad para ir al centro de datos afiliado a su empresa

Por consiguiente, vimos que el acceso a las salas está muy regulado y casi imposible sin autorización. No pudimos ir más allá de la recepción. Fue peor con el DC 2 : no entramos, quedamos frente a la puerta del DC. En efecto, el hombre que aceptó hablar con nosotras en persona vino sobre el rellano y luego cerró la puerta del DC detrás de él. El gesto fue explícito: no se nos permitió ir más allá del descansillo. Igualmente al primer DC, nos dio el correo electrónico del responsable del DC para que pudiéramos pedirle una visita. Añadió que “hay que preparar la visita al DC”, por lo que no se puede visitar ahora. Me hizo pensar en lo que dijo Clément Marquet cuando vino a reunirse con nosotros el 30 de noviembre: notó una “teatralización de la seguridad” durante sus visitas, es decir que tuvo la impresión de que el técnico que daba la vuelta al DC estaba aparentando para mostrar a los visitantes la infalibilidad del sistema de seguridad (como: no hice esta acción entonces una alarma se dispara…). Al decir que hay que preparar una visita en el DC, implica que todo tiene que ser perfecto como si fuera una performance. 

Para concluir esta parte, podemos decir que esos dos centros de datos situados en Paris intra muros funcionan sobre el mismo modelo : se adaptan al entorno en el que se implantan para no llamar la atención. Además, se disimulan en el inmueble para que no se encuentren y finalmente, impiden y regulan los accesos para limitar los riesgos y aumentar la seguridad. Ahora, se puede preguntar si es el caso de otros centros de datos fuera de Paris. Por eso, Eulalie va a analizar nuestras observaciones de dos DC situados en Aubervilliers.

 

Now that we have studied the characteristics of two parisian data centers, let’s move a little bit up north on the suburbs, in Aubervilliers, a city conducive to the development of these buildings. In this part, let DC3 be the first data center we visited in Aubervilliers, and DC4 the second.

We will see that just as their parisian similars, they use three main ways in order to stay as invisible and discreet as possible, and to thus keep people out. The first one is an architectural means.

Indeed, the neighborhood of Aubervilliers we visited in order to find the DC3 and 4 can easily be described, as we noticed that all the buildings were designed the same. What better way of hiding an enormous data center, if not by designing it similarly than the surrounding buildings? The principal colors used to paint the different constructions were all the same: grey, dark blue, old browns… We could also notice the presence of huge fences in the form of grids surrounding the nearby buildings, just like those of the data centers. We crossed a passerby (who appeared to be in the 24-30 age group) and asked him if he knew what the data centers were, and if there were any here. The latter had absolutely no idea of what it was, and quickly asked us to help him find his way. He was obviously not from here.

We took the above pictures in the neighborhood of Aubervilliers, to show the similarity of all the buildings

The location of these data centers is ideal on another point: the neighborhood seemed pretty deserted. We crossed almost no people wandering, and even if we must consider the fact that our observation took place on a Tuesday at 10am, which is not a rush hour, we can definitely notice a huge difference with the density of people we crossed in Paris in front of the DC 1 and 2, even though our observations there took place in the same time slot. 

While walking from the DC1 to the DC2, another element struck us: the noises we heard in the streets were really different from those from Paris. The district seemed to be under construction everywhere, one could notably hear loud noises of workers and tools. We could also hear numerous school noises. According to us these elements could perfectly be part of the distraction and hiding-noises policies which are often set up around the data centers. Thus, an audio extract of sounds we can hear on the street shows us this. 

 

The second means which is used by data centers in order to keep people out, is to use physical barriers. Thus, if one must penetrate inside a data center, he will have to be invited to it.

We managed to enter inside DC4 without further difficulties. Indeed, once we arrived there, we found that there were many people circulating from in to out, as well as around it. We just had to catch the door before it closed to penetrate the enclosure. But this doesn’t mean that there is no surveillance, no security. Indeed, we just penetrated the part between the grid and the building, but we weren’t inside yet. There was already a big queue of people waiting inside of the building when we arrived. We found out there was thus a big difference between the Paris intra-muros and the Aubervilliers data centers: during our observations there were way more people at the Aubervilliers’ one. Once again, we must however specify that as we did our observations only one time, on Tuesday 16th of November around 10 am, this can’t be generalized. Maybe there were especially a lot of people just when we arrived, but it didn’t seem so according to us, as they seemed used to that situation. A man was sitting in a van, and another one was standing between the fence and the building, both waiting for their colleagues, and they seemed used to it. 

People were waiting to talk to the female host in charge of the security, who was at a counter behind a glass. In the line we could see a man with a big computer in his backpack, and a keyboard in his hands, which according to what we heard was coming for an intervention, for the first time. 

When our turn came, we mentioned that we were 2 students in communication and that we wanted to eventually visit or ask a few questions, and without further consideration the receptionist sent us to the other building. We will see with the DC3 that we didn’t have this welcome everywhere. We must specify that to go out of the enclosure of these buildings, the grid must be opened by a security agent. The need of a badge or the company of an authorized person is a must-have element to penetrate the data centers, whether in Paris or Aubervilliers. 

But in some cases, even with that you can’t penetrate them. It was the case of the DC3, which we didn’t manage to observe closer than… from the outside of the grid. In terms of physical barriers, this data center was the perfect example: we couldn’t use an exterior authorized person to enter it due to the architecture of the door: as we can see on the following picture, the passageway is allowed only for one person at the time: one must ring or present its pass, and then the grid turns just enough for him/her to pass. It is not worth thinking about climbing above the grid as there are some peaks above, and no possibility to put your feet somewhere to lift your body: these are just naked bars, which look slippery. And in addition to that they measure more than 2 meters in height. The same grill surrounded all the buildings.

Picture of the true human barrier that represent this grid in the DC3 of Aubervilliers

As we got near the entrance, we saw two men within the fence and by the building, who we tried to coax in order to get them help us getting into. As we asked them if we could enter, they answered something that we found very interesting: “it depends on who is asking”. We presented ourselves, and the men told us it wouldn’t be possible for us to get nearer. We can definitely say this data center was the most hostile we tried to get inside. In front of the impossibility of digging on this side, we however did not deflate ourselves, and went to observe what was happening at the entrance for cars/trucks and deliveries.

Picture of the cars and trucks’ entry we observed

There again, we caught some very interesting elements that we recorded: there were a lot of entries, and we decided to stay around 20 minutes to observe it. Here follows an analysis and interpretation of the five audios we recorded.

Retranscription of the audios: The retranscription is in french because it’s the language which is spoken in the audios. Each retranscription is followed by an interpretation. 

AUDIO 1: 2 men on a blue truck

Voix d’un homme : “oui bonjour on est du Saisi on vient chercher du matériel s’il vous plaît”

Voix de l’interphone : *inaudible*

Voix de l’homme : *inaudible*

*bruit de déverrouillage de la grille*

The first thing these audios made us think about was that we were at a jail entry. Between the noise of the unlocking of the grid and the fact that people must state their name, the reason they came here for and also the seriousness they all carried in their voices while speaking, associated with the tension we could detect when we were there made us feel like that at least.

AUDIO 2 : lonely man, with a grey car 

Voix d’homme : “oui bonjour Madame, [prénom et nom de l’homme] du Saisi s’il vous plaît”

Voix de femme interphone : “je n’ai pas entendu”

Voix d’homme : [prénom et nom de l’homme] du Saisi

*bruit de déverrouillage de la grille*

This audio gave us an indication of a company which visibly is in a partnership with this data center. Indeed, we hear a man coming from the same company as in the first audio. The data centers probably have big clients renting their services.

 

AUDIO 3 : 2 women on a black car 

Voix de femme : “oui bonjour, nous avons rendez-vous avec monsieur [nom de l’homme]”

Voix de femme interphone : “[…]je vais vous ouvrir la barrière et du coup vous avez[…]” (explications d’où se diriger)

Voix de femme : “ok donc on va voir le panneau jaune [nom de l’homme avec qui elles ont rendez-vous] euh d’accord, merci […] merci, au revoir”

Voix de femme interphone : “au revoir”

For what concerns the women we heard on the third audio, it seemed to us that they could be some clients. We do not eliminate the possibility of being wrong of course, but the fact that one must indicate them the way, as well as the manner with which they pronounced the name of the person they came to meet made us think that at least. It’s just like when you arrive at the bank and that you have an appointment with your consultant.

 

AUDIO 4 : lonely woman on a red car

*bip interphone*

Voix de femme interphone : “oui bonjour”

Voix de femme : “oui bonjour la police nationale j’ai rendez-vous”

*réponse interphone inaudible*

Voix de femme : “merci beaucoup”

*bruit de déverrouillage de la grille*

This fourth audio was the one which made us the most curious about: when we saw this little red car arrive with a woman inside, we never doubted it could be the national police: there was absolutely no signs of it: no uniforms, no badge. It’s like she came as an undercover agent. As she didn’t want to be seen or recognized. But still she had to mention it in order to enter the building.

All this little carousel made us guess that there were some identity controls inside, but this wonder was to unfortunately stay a wonder as we couldn’t penetrate further in the enclosure as mentioned before.

 

AUDIO 5: lonely man

“oui bonjour, je suis là pour une intervention de *inaudible*

*bruit de déverrouillage de la grille*

 

The fifth audio confirms what could be, according to us, a great vulnerability about data centers: in case of problem, they need a technician’s intervention, and the quickest possible. We crossed technicians coming for an intervention in DC3 and 4. We could however question the fact that with such high security implemented, a necessary quick intervention could be compromised.  

This audio part led us to think that for this DC4, the entry for cars and trucks seemed maybe less regulated than the entry by foot: perhaps we could have tried to ring and present ourselves but by lying. Indeed, the police officer didn’t show any proof of being from that official institution. On the other hand, as we said, we guess some ID controls follow once inside the building, so we would have found ourselves stuck at a moment or another.  

 

Last but not least, we’ve observed that a third way of keeping people out of data centers was by using deterrence.

Just as we got nearer from the data centers in Aubervilliers, we could observe a similar phenomenon as in Paris which was: the demultiplication of warning and preventing signs. The heavy door of the DC3 was full of such signs: “this establishment is under video surveillance for reasons of safety of goods and persons.” The grid of the DC4 was covered with similar signs: “this site is under CCTV 24h/24”. It is clear that, with these elements and the ones we found in Paris, we can conclude that no data center is left with no video surveillance. We guess there must sometimes also be an observation room of the cameras, but probably on the bigger data centers. 

The signs are often made of very bright colours, which more easily attract the observers’ looks, and make sure to make the link with their brain: “don’t do this”. “Don’t enter without authorization”. “Don’t forget everything you do is filmed and registered”. “I would be you, I would therefore wisely return home”. It’s all in the deterrence. But the paradox of that is surely that by attracting people’s looks and by preventing them from doing something, it also points the finger at a place that first and foremost tries to remain discreet and to blend into its environment like a chameleon…

Sign warning of CCTV surveillance, using a bright yellow

Ainsi, nos observations nous ont amenées à conclure qu’il existe trois façons de décourager les gens d’entrer dans les data centers. 

Une première stratégie consiste à les cacher pour ne pas interpeller l’attention des habitants/des gens. Cette solution ne peut pas être mise en place par tous les data centers. En effet, nous avons vu que les plus gros data centers d’Aubervilliers par exemple sont difficiles voire impossibles à cacher… L’emplacement reste néanmoins un élément important pour cacher au moins les bruits si cela ne peut être fait pour le bâtiment lui-même. Pour ceux qui sont situés dans Paris intra-muros, la dissimulation reste cependant une des solutions les plus utilisées, du fait de leur petite taille.

Ensuite, si jamais les gens sont au courant de la présence d’un data center à tel emplacement, une deuxième stratégie de dissuasion est mise en place. Celle-ci repose sur le fait d’empêcher physiquement les gens d’entrer dans le data center à l’aide de barrières concrètes : il y aura toujours une porte très sécurisée pour nous empêcher d’entrer.  Parfois, il y en a plusieurs, notamment à Aubervilliers: entre grillages extérieurs qui mènent au parking, puis portes d’entrées qui mènent à l’accueil qui se présente sou forme de sas, et enfin porte qui mène plus loin dans le data center, et notamment qui donne accès à la salle des machines où sont entreposées les millions de données qu’ils cherchent tant à protéger. Le parcours est parsemé d’obstacles. Selon nous, il est plus facile d’atteindre l’accueil pour les data centers de Paris intra muros: il semble en effet ne pas y avoir autant de protections qu’à Aubervilliers, surement parce que l’immeuble n’héberge pas seulement un data center (il y a aussi des sièges d’entreprises), et donc limiter l’entrée se fait plus compliqué. Nous pensons que c’est aussi une manière de ne pas attirer l’attention (paraître moins sécurisé à l’entrée pour se fondre dans la masse des autres immeubles environnants). Aubervillier est entouré d’autres bâtiments avec des grilles extérieures, comme nous avons pu voir sur les photos, ce qui n’est pas le cas de Paris. Mais les portes d’entrée des data centers (une fois qu’on est à l’étage où se trouve le data center) restent néanmoins (de ce que l’on a observé) des portes blindées, impossibles à casser.

Enfin, pour ceux qui connaîtraient l’emplacement précis des data centers et voudraient franchir leur porte d’entrée, un dernier moyen est mis en œuvre: tenter de les décourager et de les effrayer. C’est le rôle des nombreux panneaux que nous avons vus à chaque fois que nous nous sommes approchées d’un data center. Ils se déclinent en différents messages mais sont présents dans tous les data centers, que ce soit à Aubervilliers ou à Paris intra-muros. Ils préviennent de la présence d’une vidéosurveillance 24h/24, du fait qu’il faut être autorisé à entrer dans ce bureau, et qu’autrement il faut rester dehors… 

En définitive, bien que nous ayons parfois pu avoir l’impression qu’il était plus facile de rentrer dans un certain data center plutôt qu’un autre, nous devons pointer le fait que cela ne restera finalement qu’une impression. En effet, ce n’est pas parce que nous n’avons pas été bloquées au portail que nous avons pu pénétrer plus loin que dans le hall d’entrée…